Politique

Burkina Faso : dix choses à savoir sur le général Diaouaré, le stratège sécuritaire de Traoré


Le général Ismaël Kieswendésida Swamba Diaouaré s’est imposé comme l’une des personnalités les plus influentes de l’entourage du président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, grâce à son parcours militaire et universitaire ainsi qu’à son expérience en communication et en planification stratégique.

Son rôle ne se limite plus au conseil sécuritaire auprès du président. Il s’étend désormais à la communication politique et à la mise en œuvre des orientations en matière de souveraineté économique, faisant de lui l’un des principaux artisans de la politique du pouvoir militaire à Ouagadougou.

Dans un reportage consacré à son parcours et à son influence dans les cercles du pouvoir, le magazine français Jeune Afrique révèle que cet officier, promu général de brigade en juillet dernier, est devenu un acteur central du dispositif présidentiel. Il exerce les fonctions de chef d’état-major particulier de la présidence et de conseiller en matière de sécurité.

Il participe également à la réalisation de projets économiques que les autorités présentent comme l’expression de leur politique d’autonomie.

Une loyauté affichée envers Traoré

Diaouaré occupe le poste de chef d’état-major particulier du président depuis novembre 2022, une fonction qui lui permet d’intervenir sur plusieurs dossiers au sein de la présidence.

L’officier tient à afficher sa fidélité à Traoré. Après sa promotion, il s’est engagé à traduire les directives présidentielles en actions concrètes, réaffirmant sa volonté de servir le pays sous son autorité.

Des liens antérieurs avec Damiba

Le rapprochement entre Diaouaré et Traoré n’allait pas de soi au départ. Son nom avait auparavant été associé à l’ancien président de transition Paul-Henri Sandaogo Damiba, arrivé au pouvoir après le renversement de Roch Marc Christian Kaboré.

En juin 2022, Damiba a rappelé Diaouaré des États-Unis, où il suivait une formation militaire, et l’a nommé au Conseil d’orientation et de suivi de la transition, un organe consultatif chargé des questions de gouvernance politique et sécuritaire.

Après l’arrivée de Traoré au pouvoir en septembre de la même année, Diaouaré a su s’adapter à la nouvelle direction, devenant par la suite l’un des proches du président.

Une expertise en communication et en gestion de crise

Diaouaré possède une expérience en communication politique et en gestion des messages médiatiques. Il a acquis une partie de ces compétences lors de ses études en sciences et techniques de l’information et de la communication à l’université de Ouagadougou, au début des années 2000.

Jeune Afrique cite un analyste burkinabè qui le décrit comme un habile communicant, maîtrisant le français et l’anglais et capable de gérer la communication en période de crise.

Ces compétences revêtent une importance particulière alors que les dirigeants militaires accordent une attention soutenue à leur discours, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

Un projet industriel au service de l’autosuffisance

L’influence économique de Diaouaré se manifeste dans sa supervision du projet d’usine Texforces-BF, consacrée à la production de textiles et de vêtements militaires. Il préside le conseil d’administration de l’entreprise chargée de construire cette installation près de Bobo-Dioulasso.

L’usine a été inaugurée en septembre, une initiative présentée par les autorités comme un élément de leur stratégie de réduction de la dépendance extérieure. Le projet a coûté environ 17 milliards de francs CFA, soit près de 26 millions d’euros, intégralement financés par le budget de l’État.

Selon les plans annoncés, l’usine doit traiter quelque 50 000 tonnes de coton par an, dans un pays où cette culture constitue une activité agricole importante. Le fait de confier ce projet à Diaouaré illustre l’imbrication des responsabilités sécuritaires, administratives et économiques dans l’entourage présidentiel.

Une promotion militaire qui renforce sa position

Diaouaré a été promu du grade de colonel à celui de général de brigade en juillet, une décision qui traduit sa position au sein de l’institution militaire. Sa promotion a coïncidé avec celle de Moussa Diallo, chef d’état-major général des armées, au grade de général de division.

Lors de la cérémonie de remise de ses nouveaux insignes, Diaouaré s’est engagé à faire preuve de loyauté et de discipline et à obtenir des résultats, soulignant ainsi la relation étroite qui le lie au président.

Des origines dans l’est du pays

Né en décembre 1980 à Fada N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, Diaouaré appartient à la communauté gourmantché. Il a effectué sa scolarité initiale dans sa ville natale avant d’intégrer, en 1992, le Prytanée militaire de Kadiogo, où il a obtenu son baccalauréat en 1999. Il a ensuite rejoint l’Académie militaire Georges-Namoano, à Pô.

Un parcours universitaire pluridisciplinaire

Parallèlement à sa formation militaire, Diaouaré a poursuivi des études universitaires et des formations spécialisées. Il a suivi des cours à l’Académie militaire du Ghana en 2006 et étudié aux États-Unis, où il a obtenu un master en arts et sciences militaires. En France, il a décroché un master en commerce et relations internationales à l’université Jean-Moulin Lyon 3.

Cette diversité de connaissances lui apporte une formation associant planification militaire, compréhension des relations internationales et gestion.

Une expérience dans la formation militaire

Diaouaré a dirigé le Prytanée militaire de Kadiogo de 2016 à 2021, l’établissement où il avait lui-même commencé sa formation militaire.

Selon le reportage, il y a conduit des réformes structurelles et introduit, à partir de 2020, des enseignements sur l’intelligence artificielle et ses applications dans le domaine de la défense.

Un officier davantage tourné vers la planification stratégique

Contrairement aux officiers dont la carrière repose principalement sur le commandement opérationnel, une grande partie du parcours de Diaouaré est consacrée à la formation, au travail d’état-major et au conseil stratégique. Il a été instructeur à l’Académie militaire Georges-Namoano de 2007 à 2012, puis a exercé plusieurs responsabilités, notamment à la tête de la division de l’information du groupement central de commandement des forces armées.

Ce parcours éclaire la nature de son rôle actuel, qui associe conseil sécuritaire, coordination institutionnelle et échanges avec le président.

Une expérience au sein de la CEDEAO

En 2012, Diaouaré s’est installé à Abuja pour devenir conseiller à la sécurité du président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Kadré Désiré Ouédraogo, qui venait alors de prendre la tête de l’institution.

Il y a travaillé pendant quatre ans, avant que les relations du Burkina Faso avec l’organisation ne changent profondément. En janvier 2025, le pays s’est retiré de la CEDEAO, aux côtés du Mali et du Niger. Les trois États ont choisi de renforcer leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Jeune Afrique conclut que l’ascension de Diaouaré illustre l’émergence de dirigeants militaires associant formation universitaire, expérience administrative et communication politique, dans un contexte où les enjeux sécuritaires et économiques s’entremêlent dans la gouvernance du Burkina Faso.

Le magazine souligne que sa proximité avec Traoré et la diversité de ses responsabilités font de lui l’un des principaux acteurs de l’entourage présidentiel. Son influence réelle sur les décisions internes reste néanmoins tributaire de la nature du pouvoir militaire et de l’organisation de ses différents centres d’influence.

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