The New York Times et The Washington Post dévoilent les documents et retracent le parcours des armes chimiques, de leur fabrication aux tentatives d’effacement des preuves
Depuis l’apparition de nouveaux éléments concernant le programme chimique de l’armée soudanaise, les appels à l’ouverture d’une enquête internationale et à l’établissement des responsabilités se sont intensifiés, parallèlement aux démarches entreprises par des forces civiles soudanaises ainsi que par des organisations de défense des droits humains et des organisations internationales, en plus de prises de position officielles au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.
Ces démarches interviennent après la publication par les journaux américains The New York Times et The Washington Post d’enquêtes fondées sur un vaste ensemble de documents, de photographies, de vidéos et de messages faisant état d’un programme visant à développer, produire, stocker et tester au Soudan, en 2024, des munitions reposant sur le chlore.
Des appels soudanais à soumettre le dossier à une enquête internationale
Le gouvernement de la paix relevant de l’alliance « Ta’assis » a relevé le niveau de ses revendications, appelant à une position internationale sérieuse face aux accusations portées contre l’armée soudanaise concernant l’utilisation d’armes chimiques.
Le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement de « Ta’assis », Khaled Denaa, a déclaré que l’affaire n’était plus seulement liée aux différends politiques, notamment après l’apparition de documents faisant état d’un programme secret de production et d’utilisation de substances chimiques pendant la guerre.
De son côté, le ministre de la Santé du gouvernement de « Ta’assis », Alaaeddine Naqd, a indiqué que le gouvernement détenait des registres, des rapports médicaux et des signalements concernant des incidents liés à l’utilisation de substances chimiques, précisant que des informations à ce sujet avaient été transmises à l’Organisation mondiale de la santé, au Comité international de la Croix-Rouge et à l’UNICEF.
Il a affirmé que le gouvernement était prêt à remettre les documents et les éléments de preuve à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, demandant l’envoi d’équipes techniques au Soudan afin de vérifier de manière indépendante les sites, les faits et les substances faisant l’objet des accusations.
« Ta’assis » considère qu’une enquête technique internationale indépendante constitue le moyen de passer du stade des accusations et des rapports à l’établissement de la réalité des faits et à l’identification des responsables.
« Somoud » frappe aux portes de La Haye pour faire avancer l’enquête
L’Alliance civile démocratique des forces de la révolution, « Somoud », s’est rapidement saisie du dossier des armes chimiques, demandant à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques d’enquêter sur les rapports faisant état de leur utilisation pendant la guerre.
En novembre 2025, l’alliance avait appelé à une enquête urgente, estimant que l’utilisation d’armes chimiques constituait une violation du droit international humanitaire et de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.
Avec l’apparition de nouveaux éléments, « Somoud » a renouvelé son appel à une enquête technique indépendante et transparente, soulignant la nécessité de permettre aux experts d’accéder aux sites, aux documents et aux témoins afin d’établir les responsabilités.
Le porte-parole de l’alliance, le Dr Bakri al-Jak, a déclaré qu’une délégation de « Somoud » s’était rendue à La Haye et avait rencontré le directeur exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, demandant que le dossier soit activé au sein de l’organisation.
Il a indiqué que l’alliance entendait continuer à porter l’affaire devant les institutions internationales et judiciaires, soulignant que les préoccupations ne concernaient pas uniquement le présent, mais également l’avenir de l’utilisation de ces armes et leurs conséquences sur les civils et l’environnement.
Al-Jak a expliqué que l’ouverture d’une enquête officielle au sein de l’organisation nécessitait une initiative d’un État partie à la Convention, soulignant que les États-Unis siégeaient au Conseil exécutif et pouvaient prendre une initiative en ce sens.
Des accusations directes visant la direction militaire
Dans une nouvelle escalade de sa position, le dirigeant de « Somoud » et vice-président du Parti du Congrès soudanais, Khaled Omar Youssef, a appelé à une enquête immédiate et à ce que les responsables rendent des comptes, tout en demandant l’extension à l’ensemble du Soudan de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité.
Youssef a accusé les autorités dirigées par Abdel Fattah al-Burhan d’avoir transformé des substances initialement utilisées pour lutter contre les maladies et purifier l’eau en moyens meurtriers, estimant que les enquêtes révèlent non pas des violations individuelles et limitées, mais une implication à des niveaux de commandement.
Il a déclaré que les enquêtes du New York Times et du Washington Post avaient placé Abdel Fattah al-Burhan au cœur des efforts visant à développer et utiliser des armes chimiques, y compris contre des civils.
Youssef a estimé que l’utilisation d’armes interdites constituait une violation extrêmement grave du droit international, appelant la communauté internationale à considérer la situation au Soudan comme un dossier nécessitant une action urgente.
Des demandes pour une mission internationale et une collecte de preuves sur le terrain
De son côté, l’Initiative du Darfour pour la justice et la paix a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale urgente sur les accusations relatives au développement et à l’utilisation d’armes chimiques par l’armée soudanaise pendant la guerre.
Elle a demandé l’envoi d’une mission internationale sur le terrain afin de vérifier les faits, d’intégrer le dossier aux enquêtes portant sur les crimes commis au Soudan et de poursuivre toute personne dont la responsabilité dans la production ou l’utilisation d’armes interdites serait établie.
L’initiative s’est dite préoccupée par les rapports faisant état du développement d’armes reposant sur le gaz chloré, soulignant que la confirmation de leur utilisation constituerait une grave violation du droit international et de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.
Elle a également demandé au Conseil de sécurité et à la Cour pénale internationale d’intégrer l’utilisation d’armes chimiques et de substances toxiques aux enquêtes, et d’identifier les responsables de l’émission des ordres, de la planification et de l’exécution.
Elle a appelé l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à envoyer une équipe spécialisée afin de recueillir des preuves ainsi que des échantillons environnementaux et médicaux, et de vérifier les allégations.
Les revendications comprennent également l’arrêt de toute production, tout stockage ou toute utilisation d’armes chimiques, la divulgation des stocks et leur destruction sous supervision internationale, ainsi que la garantie de l’accès des équipes médicales et humanitaires aux zones soupçonnées d’avoir été exposées à des substances toxiques.
L’initiative a également insisté sur l’importance de documenter les témoignages, de protéger les témoins et les victimes, de préserver les preuves et d’empêcher les civils d’entrer dans les sites contaminés jusqu’à leur inspection et leur sécurisation.
Un ancien expert : les preuves ne suffisent pas à trancher les accusations, mais elles sont préoccupantes
Gareth Williams, ancien responsable de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et actuellement chercheur principal au Royal United Services Institute, a déclaré que les éléments disponibles suscitent de graves inquiétudes.
Il a expliqué que les seules preuves visuelles ne suffisaient pas à établir de manière concluante le stockage de munitions au chlore, mais qu’elles étaient largement compatibles avec l’existence d’un programme d’armes chimiques.
« Emergency Lawyers » : une enquête technique indépendante et urgente est nécessaire
Le groupe soudanais « Emergency Lawyers » a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale, technique et indépendante sur les rapports accusant les forces armées soudanaises d’avoir utilisé du gaz chloré, notamment aux abords de la raffinerie d’Al-Jili, au nord de Khartoum, en septembre 2024.
Le groupe a déclaré que les rapports publiés s’appuyaient sur des éléments visuels, des informations issues de sources ouvertes, des témoignages et des analyses d’experts, dont certaines concluaient que les images et les traces observées étaient compatibles avec le largage aérien de conteneurs contenant du gaz chloré.
Selon le groupe, l’accumulation de ces éléments de preuve, conjuguée à la conclusion américaine de mai 2025 selon laquelle des armes chimiques avaient été utilisées au Soudan, rend urgente la conduite d’une enquête indépendante.
Il a demandé que les experts internationaux soient autorisés à accéder en toute sécurité et sans conditions aux sites concernés, à examiner les conteneurs, les munitions, les aéronefs et les moyens de lancement, et à entendre les témoins et les victimes.
Il a également appelé l’armée soudanaise à coopérer à l’enquête et à divulguer les registres relatifs à l’importation, à la détention, au stockage, au transport et à l’utilisation du chlore et des substances chimiques associées, ainsi que les données relatives aux unités aériennes ayant participé aux opérations.
Le groupe a insisté sur la nécessité de protéger les preuves matérielles et numériques ainsi que les documents contre toute manipulation ou destruction, de protéger les témoins et les victimes et d’assurer des soins médicaux à long terme aux personnes soupçonnées d’avoir été exposées à des substances toxiques.
Il a souligné que l’utilisation du chlore à des fins industrielles ou pour purifier l’eau était légitime, mais que son utilisation dans le but de tuer, de blesser ou de provoquer une incapacité pouvait constituer l’emploi d’une arme chimique interdite, rappelant que le Soudan est partie à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.
Le groupe a demandé que les conclusions de toute enquête précisent la substance utilisée, les lieux et les dates de son utilisation, les moyens de dispersion, ainsi que les responsables ayant donné les ordres, participé à l’exécution ou dissimulé les preuves, si ces faits étaient établis.
Washington renforce la pression par des sanctions
Les États-Unis avaient pris des mesures officielles avant la publication des nouveaux éléments, après avoir conclu que l’armée soudanaise avait utilisé des armes chimiques en 2024.
Le 22 mai 2025, Washington a imposé des sanctions au gouvernement soudanais, comprenant des restrictions sur les exportations américaines et l’accès aux lignes de crédit.
En juin 2026, les États-Unis ont annoncé un deuxième train de sanctions en vertu de la loi sur le contrôle et l’élimination des armes chimiques et biologiques.
Washington a affirmé que le Soudan demeurait en situation de non-respect de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, exigeant qu’il fournisse une déclaration complète et exacte sur son programme chimique et qu’il autorise le secrétariat technique de l’organisation à accéder aux sites de manière transparente et sans entrave.
Les États-Unis ont souligné que la commission technique nationale soudanaise ne pouvait se substituer à une vérification internationale indépendante et que le respect de la Convention n’était pas une option.
En juin 2026, les États-Unis ont également imposé des sanctions à huit personnes et entités qu’ils accusent de fournir à l’armée soudanaise des armes, des explosifs et des combattants étrangers.
« Human Rights Watch » pousse en faveur de l’« inspection par mise en demeure »
En octobre 2025, Human Rights Watch a appelé les États parties à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques à soutenir une enquête transparente dirigée par le secrétariat technique de l’organisation, notamment en activant le mécanisme d’« inspection par mise en demeure ».
L’organisation a déclaré avoir identifié de manière indépendante les sites correspondant à des photographies et des vidéos liées à des incidents survenus autour de la base militaire d’Al-Jili et de la raffinerie d’Al-Jili, au nord de Khartoum, faisant état de l’apparition de conteneurs métalliques utilisés pour stocker du chlore ainsi que d’un nuage jaune-verdâtre.
Elle a également demandé aux États-Unis de publier les preuves sur lesquelles ils s’étaient fondés pour imposer des sanctions à Abdel Fattah al-Burhan.
Le mécanisme d’« inspection par mise en demeure » permet à tout État partie de demander une inspection sur place dans un autre État partie afin de clarifier des préoccupations concernant un éventuel non-respect de la Convention.
Des sanctions conditionnées à l’établissement des responsabilités
En juillet 2026, l’Alliance internationale des droits humains a appelé à une enquête internationale indépendante sur les allégations d’utilisation d’armes chimiques au Soudan.
Le 28 juillet, l’alliance a renouvelé son appel à des enquêtes urgentes, impartiales, indépendantes et transparentes, soulignant la nécessité de demander des comptes aux responsables si les enquêtes établissent leur responsabilité.
Elle a également soutenu l’imposition de sanctions ciblées contre les personnes impliquées, à condition qu’elles reposent sur les conclusions d’enquêtes indépendantes et crédibles.
En août, l’alliance a participé à un événement de la société civile à Genève, à l’issue duquel un appel a été lancé en faveur d’une enquête indépendante avec la participation de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, du renvoi de la situation devant la Cour pénale internationale et de l’absence d’immunité pour les personnes impliquées.
L’alliance a affirmé que la protection des civils et le respect de l’interdiction absolue des armes chimiques devaient constituer un élément essentiel de toute action internationale concernant le Soudan.
Les initiatives en matière de droits humains s’étendent au-delà du Soudan
De son côté, la Coalition soudanaise pour les droits humains s’est mobilisée dès l’apparition des accusations. En janvier 2025, elle a condamné l’utilisation d’armes chimiques et appelé les autorités soudanaises à y mettre fin et à respecter leurs obligations internationales.
Elle a demandé aux Nations unies et à l’Union africaine de mener une enquête indépendante et exhaustive, affirmant par la suite avoir adressé des communications officielles à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et à la Cour pénale internationale.
Avec la publication des nouveaux éléments, la coalition a estimé que les documents rendus publics apportent des éléments indépendants supplémentaires au dossier des accusations, renouvelant ainsi son appel à une action internationale.
Elle a également évoqué l’article 15 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qui permet au procureur de recevoir des informations provenant de différentes sources, notamment des organisations de la société civile.
Des coalitions africaines relient l’enquête à la justice politique
En août 2026, la « Coalition du Soudan », une alliance d’organisations africaines de défense des droits humains, a appelé à une enquête internationale indépendante et transparente sur l’utilisation d’armes chimiques par l’armée soudanaise.
Elle a appelé les autorités soudanaises à coopérer avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et à autoriser les équipes techniques à accéder aux sites, tout en ouvrant la voie aux missions internationales d’établissement des faits.
Elle a souligné que tout règlement politique du conflit ne devait pas se limiter à la cessation des combats, mais devait également inclure l’établissement des responsabilités concernant les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, le respect du droit international humanitaire et la transition vers un gouvernement civil.
Les femmes au premier plan des demandes visant à documenter les conséquences humanitaires
L’organisation « Femmes du Soudan pour la paix » a demandé, en juillet 2026, une enquête indépendante sur l’utilisation des armes chimiques et leurs conséquences humanitaires, en accordant une attention particulière aux femmes et aux filles.
Elle a déclaré que les dommages potentiels ne se limitaient pas aux effets sanitaires directs, mais pouvaient également s’étendre aux dimensions sociales et économiques, à la prise en charge, aux déplacements, à l’accès aux services de santé et à la santé reproductive.
L’organisation a appelé les Nations unies, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et les mécanismes de défense des droits humains à soutenir des enquêtes indépendantes et transparentes, à assurer protection, soins médicaux et justice aux survivants, tout en garantissant la prise en compte de la voix des femmes dans les processus de justice et de paix.
Des appels au renvoi du dossier devant la Cour pénale internationale
En août 2026, l’Alliance internationale des droits humains a de nouveau mis en avant la voie judiciaire en appelant conjointement à la création d’un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur le dossier des armes chimiques, avec la participation de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.
Elle a également demandé que la situation au Soudan soit renvoyée devant la Cour pénale internationale et que les personnes impliquées ne bénéficient d’aucune immunité, dans une démarche combinant vérification technique et responsabilité juridique.
« Qimam » se prépare à intensifier la pression devant les tribunaux internationaux
Les « Forces civiles unifiées » du Soudan, « Qimam », ont annoncé leur intention d’intensifier le dossier des armes chimiques au niveau international.
Leur porte-parole, Othman Abdelrahman Suleiman, a déclaré que les forces civiles s’emploieraient à documenter les preuves et à porter l’affaire devant les institutions internationales, avant d’engager officiellement une action contre l’armée devant les tribunaux internationaux.
Elles ont également demandé l’imposition de sanctions contre toute personne dont la responsabilité dans la planification, l’exécution ou la dissimulation de l’utilisation d’armes chimiques serait établie, jusqu’aux plus hauts niveaux de commandement.
Elles ont appelé les Nations unies, le Conseil de sécurité, l’Union africaine, l’IGAD, la Cour pénale internationale et les organisations de défense des droits humains à prendre des mesures urgentes et à créer une commission internationale indépendante chargée d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques dans le Nord-Kordofan.
Forces civiles : pas de règlement sans reddition de comptes
Les « Forces de la Déclaration de principes » soudanaises ont soutenu la documentation des violations par le biais de mécanismes internationaux indépendants et demandé l’ouverture d’enquêtes sur tous les crimes, y compris l’utilisation d’armes chimiques, ainsi que la poursuite des responsables.
Elles ont souligné que tout futur processus politique devait être dirigé par les Soudanais, avec un rôle central accordé aux forces civiles démocratiques, et que les parties au conflit ne devaient pas être autorisées à imposer leur agenda ou à contrôler les résultats du processus politique.
Une démarche officielle au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques
Parallèlement aux initiatives civiles, le dossier soudanais avait déjà intégré le processus officiel au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.
Lors de la 109e session du Conseil exécutif de l’organisation, en juillet 2025, le Conseil a reçu des demandes de clarification adressées au Soudan en vertu de l’article IX de la Convention. Ces demandes avaient été présentées par la Mauritanie, le Tchad et le Bénin, tandis que la Guinée-Bissau avait soutenu les demandes du Tchad et de la Mauritanie.
Les demandes ont été transmises au Soudan, qui a par la suite fourni des explications conformément aux procédures établies.
Les réunions du Conseil ont été marquées par des interventions de la Mauritanie, du Tchad et du Bénin, ainsi que par des positions exprimées par les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Brésil, le Japon, la France, la Chine, le Chili, l’Afrique du Sud et la Russie.
La demande de clarification constitue l’une des procédures officielles prévues par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques pour vérifier les questions de non-respect des obligations.
Londres fait pression par les canaux internationaux
En juillet 2025, le Royaume-Uni a exprimé, lors d’une réunion du Conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, sa préoccupation concernant l’évaluation américaine relative à l’utilisation d’armes chimiques au Soudan.
Londres a appelé le gouvernement soudanais à mettre en œuvre son engagement à mener une enquête exhaustive, soulignant l’importance de traiter le dossier par les mécanismes prévus par la Convention.
La position britannique s’inscrivait dans le cadre de discussions plus larges sur le respect par le Soudan de la Convention et sur le renforcement des mécanismes internationaux de vérification.
Comment passer des accusations à l’inspection ?
L’article IX de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques accorde à tout État partie le droit de demander une inspection sur place sur le territoire d’un autre État partie afin de clarifier des questions liées à un éventuel non-respect de la Convention.
Si la demande satisfait aux exigences de la Convention, les préparatifs de l’inspection commencent. Le Conseil exécutif peut toutefois empêcher la demande s’il la considère comme abusive, vexatoire ou manifestement en dehors du champ d’application de la Convention, à la majorité des trois quarts de ses membres.
L’article X prévoit une autre voie permettant d’obtenir une assistance et de mener des enquêtes sur l’utilisation d’armes chimiques. Elle permet aux équipes de l’organisation d’accéder aux zones touchées, aux hôpitaux et aux camps de réfugiés, de recueillir des échantillons chimiques, environnementaux et biologiques et d’entendre les victimes, les témoins et le personnel médical.
Cependant, le passage des rapports et des demandes à une enquête technique exhaustive demeure lié à l’initiative d’un État partie au sein de l’organisation et au lancement de la procédure diplomatique nécessaire.
De nouveaux documents dessinent les contours d’un programme chimique
La dernière vague de demandes s’appuie sur les enquêtes du New York Times et du Washington Post, qui ont révélé environ 150 documents, photographies, vidéos et messages vocaux, ainsi que des milliers de messages textuels.
Ces éléments font état d’un programme d’armes chimiques qui aurait duré près de six mois en 2024 et comprennent des informations sur la production et les essais de munitions à base de chlore, ainsi que des plans, des photographies, des vidéos et des échanges entre officiers.
D’autres éléments indiquent qu’environ 300 munitions auraient été stockées en octobre 2024.
Selon le New York Times, des messages liés à Abdel Fattah al-Burhan contiennent des indices laissant penser à une supervision directe des efforts de développement d’armes chimiques, ainsi que des informations sur des tentatives visant à effacer les traces du programme après sa découverte par les États-Unis.
Des experts ayant examiné les documents ont déclaré que les images indiquaient l’implication de l’armée soudanaise dans le développement d’armes chimiques. La prochaine étape décisive revient désormais à la communauté internationale : passer des preuves et des rapports à une enquête technique indépendante capable d’établir les faits et de déterminer les responsabilités.
