Politique

Washington se heurte à un armement stupéfiant à Gaza et à une politique israélienne irrationnelle 


Le désarmement est une question complexe qui concerne un vaste réseau militaire et sécuritaire comprenant les infrastructures, les tunnels, les capacités balistiques, les cadres et les équipements.

L’envoyé spécial américain Jared Kushner a reconnu lundi que Washington commençait à prendre la mesure réelle de l’ampleur de la militarisation dans la bande de Gaza, qualifiant la situation de « dépassant l’entendement ». Cet aveu illustre la difficulté de mettre en œuvre l’une des principales conditions envisagées pour passer à l’après-guerre, à savoir le désarmement des factions palestiniennes, auquel s’ajoutent les conditions israéliennes, qui tiennent compte des prochaines élections et de leurs complexités.

Les déclarations de Kushner interviennent alors que l’administration américaine tente de faire avancer une nouvelle démarche politique à Gaza, fondée sur la consolidation de la désescalade, la réorganisation de la situation sécuritaire et politique dans le territoire et l’ouverture de la voie à la reconstruction, parallèlement aux discussions sur l’avenir du Hamas et son rôle dans la prochaine phase.

Lors d’une conférence de presse à Kiev, Kushner a expliqué qu’aucun dispositif de gouvernance à Gaza ne pouvait être mis en place avant de régler la question des armes, affirmant qu’un gouvernement ne pouvait entrer dans une zone où les armes sont encore largement présentes.

Il a ajouté que les États-Unis travaillaient avec le Hamas depuis plus de quatre mois et que le mouvement avait signé un accord prévoyant le désarmement de Gaza, dans le cadre des efforts visant à mettre en œuvre la feuille de route proposée par l’administration Trump pour le territoire.

Cela signifie que les conceptions américaines de l’après-guerre se sont heurtées à une réalité plus complexe que prévu. Le désarmement ne consiste pas seulement à confisquer les armes, mais concerne également un vaste réseau militaire et sécuritaire comprenant les infrastructures, les tunnels, les capacités balistiques, les cadres et les équipements, ainsi que la question de savoir quelle partie sera chargée de faire respecter tout accord de désarmement et quels seront les mécanismes permettant d’en vérifier la mise en œuvre.

La réussite de tout plan nécessite la présence d’une partie capable de garantir l’application des engagements sur le terrain, alors qu’Israël continue de mettre en doute la possibilité que le Hamas conserve la moindre capacité militaire dans le territoire.

Mais la question du désarmement ouvre parallèlement l’un des dossiers les plus sensibles pour le Hamas, qui a toujours considéré ses armes comme faisant partie de son projet de résistance, tandis qu’Israël et les États-Unis estiment que la fin du contrôle militaire des factions constitue une condition essentielle à tout règlement durable.

Ainsi, parvenir à un accord sur le principe ne signifie pas nécessairement parvenir à un accord sur les modalités : qui désarmera les factions ? Comment ? Qui supervisera le processus ? Quel sera le sort des combattants armés ? Et qui garantira que les capacités militaires ne réapparaîtront pas une fois l’opération achevée ?

Ce qui ressort des déclarations de Kushner, c’est qu’il n’a pas limité les difficultés au volet palestinien. Il a également évoqué directement la situation politique intérieure en Israël, affirmant que les élections y étaient « chaotiques » et que cela rendait les Israéliens « quelque peu irrationnels » sur certains aspects.

Ces déclarations témoignent d’une prise de conscience américaine : l’avenir de tout accord concernant Gaza est désormais également lié aux calculs de la politique intérieure israélienne. Les élections poussent généralement les partis et les forces politiques à durcir leur position sur les questions sécuritaires, notamment sur Gaza, qui constitue l’un des dossiers les plus sensibles pour l’électorat israélien. Toute concession ou tout accord pouvant être interprété sur le plan intérieur comme un risque sécuritaire pourrait devenir un enjeu dans la compétition électorale.

Kushner a affirmé que Washington et Israël étaient d’accord sur l’objectif final concernant Gaza, malgré l’existence de questions politiques non résolues. Les États-Unis cherchent à mettre en place des arrangements permettant de mettre fin à la guerre, d’entamer la reconstruction et d’établir une nouvelle formule politique et sécuritaire, tandis qu’Israël se concentre davantage sur la garantie de l’absence de toute menace militaire provenant de l’intérieur du territoire.

Selon des observateurs, il est difficile de lancer un vaste processus de reconstruction stable sans des arrangements sécuritaires et politiques à long terme. Toutefois, parvenir à ces arrangements nécessite de régler la question des armes ainsi que celle de l’autorité qui gouvernera Gaza à l’avenir.

Les déclarations de Kushner montrent que l’administration américaine considère désormais Gaza comme un dossier à plusieurs niveaux, et non plus comme un simple accord de cessez-le-feu. Il y a le volet militaire, incarné par le désarmement du Hamas et des factions. Le volet politique concerne l’identité de l’autorité qui gouvernera Gaza et la nature de la future administration du territoire. Le volet humanitaire et économique porte notamment sur la reconstruction et la garantie des services essentiels à la population.

Le quatrième volet est la position politique intérieure israélienne, qui pourrait limiter la capacité du gouvernement israélien à prendre des décisions nécessitant des concessions ou des arrangements à long terme.

C’est précisément là que réside l’importance de l’aveu de Kushner : Washington ne fait pas seulement face à un différend entre Israël et le Hamas, mais à un réseau d’intérêts sécuritaires et politiques divergents, dont elle a découvert que l’ampleur était bien plus importante qu’elle ne l’avait prévu au début du processus.

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