Moyen-Orient

Comment Netanyahou a-t-il répondu aux questions du parquet israélien dans les affaires de corruption ?


La chaîne israélienne Channel 12 a révélé les détails du plus long contre-interrogatoire de l’histoire du pays. Selon son analyse, l’accusation a cherché à fragiliser la crédibilité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans les différentes affaires de corruption en mettant en évidence des contradictions présumées et une obsession du contrôle médiatique, tandis que la défense a soutenu que ses rencontres et ses échanges relevaient de manœuvres politiques légitimes.

Au moment où les milieux politiques et judiciaires israéliens retenaient leur souffle, l’une des pages les plus controversées de l’histoire judiciaire du pays s’est refermée à Jérusalem avec la fin du contre-interrogatoire de Benjamin Netanyahou dans ce que l’on appelle les « dossiers des milliers ». Cette phase de la procédure s’est achevée après une année et une semaine complètes de témoignages devant le tribunal de district de Jérusalem. Dans un long rapport analytique, Channel 12 est revenue sur les coulisses de cette confrontation particulièrement tendue entre l’accusation et la défense.

Selon la chaîne, cette étape a constitué un moment décisif durant lequel la crédibilité de l’homme politique le plus influent du pays a été soumise à un examen particulièrement rigoureux. L’objectif du parquet n’était pas tant d’obtenir des aveux directs que d’éroder progressivement sa crédibilité et de présenter ses réponses comme des récits évolutifs et parfois contradictoires.

Concernant le « dossier 1000 », qui porte sur les cadeaux de luxe — notamment des cigares et du champagne — offerts par le milliardaire Arnon Milchan, Channel 12 estime que l’accusation a marqué des points en démontrant, documents à l’appui, une augmentation spectaculaire des dépenses après le retour de Netanyahou au poste de Premier ministre. Les montants seraient passés d’environ 19 000 shekels sur les sept années précédant son mandat à plus de 261 000 shekels entre 2007 et 2009.

Le parquet s’est également appuyé sur les témoignages de proches collaborateurs, notamment celui de Hadas Klein, qui a affirmé que les cadeaux étaient destinés personnellement à Netanyahou. Par ailleurs, le procureur Yoni Tadmor aurait mis le Premier ministre dans l’embarras en révélant l’existence de rencontres secrètes non documentées avec Milchan, en contradiction avec certaines déclarations faites auparavant à la police.

De son côté, la défense, dirigée par l’avocat Amit Hadad, estime avoir remporté une victoire sur le plan de l’opinion publique. Elle a présenté certaines investigations portant sur des cadeaux jugés insignifiants, comme une figurine de Bugs Bunny, comme des affaires artificiellement amplifiées et déconnectées de la réalité. Les avocats ont également soutenu que les factures peuvent uniquement l’achat des objets, sans établir ni l’identité du bénéficiaire ni la date exacte de leur remise.

Netanyahou a, pour sa part, expliqué son intervention en faveur de l’obtention d’un visa américain pour Milchan comme une démarche servant directement les intérêts de l’État d’Israël. Il appartient désormais aux juges de déterminer s’il existait ou non un conflit d’intérêts et si les justifications avancées concernant ses relations avec Milchan et le milliardaire australien James Packer sont convaincantes.

S’agissant du « dossier 4000 », lié au site d’information Walla et au groupe Bezeq, qui comprend l’accusation la plus grave de corruption, la procureure Yehudit Tirosh a fait l’objet de critiques pour la longueur de certaines de ses questions, ce qui a conduit le juge Oded Shaham à qualifier l’interrogatoire d’inefficace.

Malgré ces critiques, l’accusation affirme avoir réussi à contester l’argument de Netanyahou selon lequel il ne s’intéressait pas particulièrement aux médias. Elle s’est notamment appuyée sur le témoignage de son ancien porte-parole, Nir Hefetz, qui l’a décrit comme une personnalité cherchant à exercer un contrôle étroit sur la couverture médiatique et considérant cette question comme un dossier de sécurité nationale.

Selon ce témoignage, Netanyahou intervenait jusque dans des détails relatifs à la publication d’informations concernant sa chienne Kaya. Le parquet a également rappelé que le site avait été utilisé pour attaquer certains de ses rivaux politiques de droite, dont Reuven Rivlin, et a tenté de relancer l’accusation concernant une prétendue « réunion d’orientation » avec Shlomo Filber avant sa nomination officielle.

La défense a néanmoins identifié ce qu’elle considère comme une faiblesse majeure de l’accusation : l’absence d’analyse détaillée des 315 contenus médiatiques mentionnés dans l’acte d’accusation. Selon elle, cela renforce l’argument selon lequel la couverture médiatique globale était plutôt défavorable à Netanyahou et que celui-ci n’avait pas connaissance de nombreux contenus incriminés.

Les avocats ont également soutenu que les décisions réglementaires favorables à Bezeq n’étaient que des formalités administratives ordinaires fondées sur les recommandations des professionnels compétents, et non des actes motivés par des intérêts personnels.

Dans le « dossier 2000 », qui concerne les conversations enregistrées entre Netanyahou et l’éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, au sujet d’une possible limitation de la diffusion du journal concurrent Israel Hayom en échange d’une couverture médiatique favorable, l’accusation a soutenu que Netanyahou avait engagé de véritables négociations afin d’obtenir une position plus favorable du journal.

Toutefois, devant le tribunal, Netanyahou a maintenu une version cohérente selon laquelle ces rencontres relevaient d’une stratégie politique destinée à neutraliser un adversaire médiatique influent, sans intention réelle de mettre en œuvre les propositions évoquées.

L’un des arguments les plus solides de la défense demeure le fait que Netanyahou lui-même avait enregistré ces conversations, ce qui, selon ses avocats, contredit l’existence d’une intention criminelle. L’accusation tente néanmoins de démontrer qu’il était conscient de la sensibilité juridique de ces discussions, notamment parce qu’il aurait consulté au préalable son avocat David Shimron.

Le rapport de Channel 12 conclut que la bataille judiciaire entre désormais dans une nouvelle phase. Les avocats des autres accusés, dont Mozes et les membres de la famille Elovitch, mènent des interrogatoires complémentaires, avant une ultime phase de réinterrogatoire dirigée par les avocats de Netanyahou afin de répondre aux éléments soulevés par l’accusation.

La décision finale reviendra ensuite au collège des trois juges, qui devront déterminer si les réponses du Premier ministre ont effectivement affaibli la thèse du parquet ou, au contraire, fourni à la justice les éléments nécessaires pour établir sa culpabilité.

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