Politique

Par la porte du Yémen : des initiatives iraniennes pour intégrer les Frères musulmans à l’Axe de la Résistance


Des sources sécuritaires de haut niveau ont révélé que l’Iran œuvre actuellement à intégrer les Frères musulmans dans ce qui est connu sous le nom d’« Axe de la Résistance », tout en favorisant un rapprochement entre l’organisation et les Houthis sur la scène yéménite.

Selon ces sources, qui suivent de près ces discussions et démarches, « les responsables iraniens ont demandé aux dirigeants houthis, y compris au chef de la milice, Abdul-Malik al-Houthi, d’adopter une nouvelle approche à l’égard des Frères musulmans au Yémen ».

Le Hezbollah libanais, le Hamas, les milices houthis ainsi que les factions irakiennes soutenues par l’Iran sont considérés comme faisant partie de ce que Téhéran appelle l’« Axe de la Résistance ».

Des points communs

Selon ces mêmes sources, qui ont requis l’anonymat, la partie iranienne « a demandé aux milices houthis d’ouvrir un dialogue direct avec les Frères musulmans du Yémen et leur branche politique, le Al-Islah Party, afin d’identifier des points de convergence entre les deux parties ».

Les sources ont confirmé que « les responsables iraniens ont fixé plusieurs orientations aux Houthis, notamment la nécessité d’adopter un nouveau mécanisme de relation avec les Frères musulmans du Yémen, d’examiner le dossier des membres du parti Al-Islah détenus ou enlevés, et de procéder à leur libération comme première étape susceptible de préparer un rapprochement entre les deux mouvements ».

Selon ces mêmes sources, la partie iranienne a également demandé aux Houthis « d’informer les Frères musulmans du Yémen de préparer une délégation composée de leurs dirigeants présents à Sanaa afin de rencontrer de hauts responsables iraniens dans un pays de la région qui sera désigné ultérieurement par Téhéran ».

Des canaux de communication

Les sources indiquent que « l’orientation actuelle de l’Iran consiste à ouvrir une relation avec les Frères musulmans et à considérer la position du mouvement opposée à la guerre contre l’Iran comme un critère de coopération, tout en utilisant le soutien de Téhéran au Hamas comme modèle d’intégration des Frères musulmans au sein de l’Axe de la Résistance ».

Plusieurs responsables affiliés aux Frères musulmans ont adopté publiquement des positions favorables à l’Iran. Parmi les exemples cités figure une fatwa émise par le mufti de la province de Taëz, Ali al-Qadi, lié au parti Al-Islah, appelant à soutenir l’Iran malgré ce qu’il qualifie d’agressions contre plusieurs pays arabes, révélant ainsi la nature de certaines alliances transnationales.

Les sources ont également révélé que l’Iran a demandé à son principal allié au Yémen, les milices houthis, « d’ouvrir des canaux de communication avec les branches et dirigeants des Frères musulmans à l’échelle régionale et d’engager un dialogue bilatéral afin de construire des positions communes sur les questions régionales ».

Selon ces sources, l’objectif de Téhéran est « de parvenir à la publication de déclarations conjointes entre les différentes composantes de la résistance en tant que mouvements islamistes, et de faire des Frères musulmans un instrument d’influence au service de l’Iran, à l’image des Houthis et du Hamas ».

L’Iran et les Frères musulmans : les racines d’une relation

La relation entre Téhéran et les Frères musulmans ne se limite pas à une alliance apparue dans le contexte de la guerre actuelle avec les États-Unis. Les deux parties partagent des fondements idéologiques issus d’un même courant fondamentaliste.

À titre d’exemple, le Guide suprême iranien décédé, Ali Khamenei, aurait été influencé par les idées du théoricien des Frères musulmans Sayyid Qutb. Il a notamment traduit en persan plusieurs de ses ouvrages, dont ceux contenant ses idées radicales sur l’ignorance préislamique de la société et la nécessité de la transformer par la force, notamment l’ouvrage Milestones.

Cette proximité idéologique a facilité le rapprochement entre l’Iran et les Frères musulmans dès la révolution iranienne de 1979. L’organisation et plusieurs de ses branches régionales avaient rapidement exprimé leur soutien à cette révolution.

Plusieurs hauts responsables du mouvement, notamment Youssef Nada et Ibrahim Salah al-Din, se sont rendus à Téhéran pour féliciter l’ancien Guide suprême iranien Ruhollah Khomeini et lui promettre leur soutien.

Un mariage d’intérêt

Selon plusieurs observateurs, les initiatives iraniennes envers les Frères musulmans s’inscrivent dans une logique d’adaptation aux bouleversements et aux revers récemment subis par son axe régional.

Téhéran chercherait ainsi à élargir horizontalement son réseau d’alliances et à établir un « mariage d’intérêt » avec une organisation confrontée à une forte pression régionale, à un recul de son influence et à la perte de plusieurs refuges sûrs dans un contexte marqué par des sanctions internationales.

Au Yémen, l’Iran chercherait, à travers un rapprochement avec le parti Al-Islah, à consolider l’autorité des Houthis et à légitimer leur domination. De leur côté, les Frères musulmans recherchent une protection régionale susceptible de les préserver d’une marginalisation accrue si les États-Unis venaient à les désigner officiellement comme organisation terroriste.

Tarek al-Bashbishi, spécialiste des Frères musulmans et des mouvements islamistes, a estimé que le soutien récemment affiché par l’organisation à l’égard de Téhéran était « prévisible ».

Selon lui, cette position s’explique par le fait que « le système du Guide suprême en Iran appartient au même courant de l’islam politique radical et entretient des liens directs ou indirects avec d’autres mouvements islamistes, au premier rang desquels figurent les Frères musulmans ».

Il a ajouté que l’organisation, inscrite sur les listes terroristes de plusieurs pays à travers le monde, « comprend qu’un effondrement du système du Guide suprême iranien constituerait un coup sévère pour un mouvement tel que les Frères musulmans, compte tenu de la solidité, de la complexité et de l’interdépendance des relations qui les unissent ».

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