Politique

Un encerclement occidental autour des Frères musulmans : Washington ébranle la prudence européenne


La nouvelle approche américaine à l’égard des Frères musulmans indique une phase inédite de fermeté vis-à-vis des branches du mouvement à travers le monde, en particulier en Europe.

Dans de nombreux pays européens, les débats s’intensifient sur les moyens juridiques et politiques de faire face au groupe, classé organisation terroriste dans plusieurs États.

En janvier dernier, les États-Unis ont désigné les Frères musulmans en Égypte, en Jordanie et au Liban comme organisation terroriste, un tournant également reflété dans leur Stratégie de lutte contre le terrorisme pour 2026, publiée ce mois-ci par la Maison-Blanche.

Cette stratégie américaine a présenté une vision sans précédent établissant un lien direct entre les Frères musulmans et la matrice idéologique dont sont issus des groupes tels qu’Al-Qaïda, État islamique et Hamas.

Mesures supplémentaires et regard tourné vers l’Europe

Il est probable que cette décision soit suivie de mesures supplémentaires contre les branches du mouvement, selon Lorenzo Vidino, directeur du programme sur l’extrémisme à l’Université George Washington, dans un article sur le site du centre.

Ces mesures alimentent un débat sérieux et soutenu dans les milieux politiques, du renseignement et de l’application de la loi en Europe. Des projets de décisions visant à interdire le mouvement ont déjà été présentés dans plusieurs capitales européennes, reflétant une prise de conscience croissante de ce qui est perçu comme sa dangerosité.

Récemment, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a livré une analyse claire des dynamiques en cours, non seulement dans son pays — souvent considéré comme l’un des plus stricts du continent face aux Frères musulmans — mais également dans d’autres États européens.

À cet égard, Lorenzo Vidino affirme : « Il ne fait aucun doute que la position des États-Unis donne un élan aux mesures fermes contre les Frères musulmans en Europe, et il est également raisonnable de penser que les États-Unis pourraient désigner certaines organisations liées aux Frères musulmans présentes en Europe ».

Il ajoute : « En Europe, on ne peut ignorer les positions adoptées par les Américains, et certains acteurs des milieux européens chargés des politiques publiques, de l’application de la loi et du renseignement analysent la question des Frères musulmans de la même manière que l’administration de Donald Trump ».

Il souligne que cette perception négative des Frères musulmans ne se limite pas aux cercles les plus conservateurs du spectre politique européen, mais qu’elle est largement répandue au sein des services de renseignement, des forces de l’ordre et même des autorités judiciaires à travers le continent.

Les rapports des services de renseignement et des forces de l’ordre dans les pays européens convergent vers une vision très critique des Frères musulmans, évoquant parfois des liens directs ou indirects avec le terrorisme international.

Cependant, le cadre d’analyse adopté par les institutions européennes inclut également le rôle du mouvement dans l’entrave à l’intégration et à la cohésion sociales, ainsi qu’aux droits humains et à la démocratie.

Une prise de conscience croissante

En Espagne, par exemple, le Centro Nacional de Inteligencia (CNI) a exprimé son avis dans une affaire judiciaire en 2020, lorsqu’un tribunal a refusé d’accorder la nationalité à un membre des Frères musulmans.

Le centre a déclaré que « J. est un membre actif des Frères musulmans extrémistes, une organisation dotée d’une structure internationale étendue ».

Le service belge de Sûreté de l’État a indiqué dans son rapport annuel de 2020 que « les Frères musulmans et leurs membres hautement qualifiés se retrouvent souvent au sein de nombreuses organisations à but non lucratif et d’autres groupes dans tous les domaines de la société. Cela les rend plus influents qu’on ne pourrait le penser au regard de leur nombre limité ».

Il a ajouté que « le discours, les convictions et la vision adoptés en interne par le mouvement à long terme sont en contradiction avec le bon fonctionnement du système constitutionnel et de la démocratie. Il s’agit d’un mouvement extrémiste ».

De son côté, l’agence de renseignement autrichienne Bundesamt für Verfassungsschutz und Terrorismusbekämpfung (BVT) affirme que « les Frères musulmans ne tiennent pas de registres de leurs membres afin de garder leur composition secrète, et cherchent à établir un système totalitaire qui ne garantit ni la souveraineté du peuple ni les principes de liberté et d’égalité ».

Elle considère qu’« une telle position fondamentale est en contradiction avec les normes juridiques et sociales de la République d’Autriche ».

Quant au service de sécurité suédois, Säkerhetspolisen, il estime que « les objectifs des Frères musulmans sont en contradiction avec les libertés et les droits fondamentaux en Suède, et que leur stratégie dans le monde occidental repose sur l’isolement et le repli communautaire ».

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