Les objectifs de la guerre contre l’Iran laissent présager un différend entre Trump et Netanyahou
Le président américain fait face à des pressions internes qui pourraient influencer ses calculs, alors que la guerre se poursuit sans bénéficier d’un large soutien aux États-Unis.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a concrétisé une ambition qui l’a accompagné tout au long de sa carrière politique : la chute du leadership iranien. Cependant, son alliance étroite avec le président américain Donald Trump est mise à rude épreuve, alors que les signes d’une campagne militaire prolongée et d’un glissement des objectifs stratégiques se multiplient pour les semaines à venir.
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Au lancement de la campagne de bombardements samedi dernier, Trump et Netanyahou affichaient un objectif commun : le changement de régime. Pourtant, lors de ses déclarations à la Maison-Blanche lundi — deux jours après l’élimination du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et de la majeure partie de l’état-major iranien dans des frappes israéliennes — le président américain n’a pas réitéré que le renversement du gouvernement iranien constituait sa priorité absolue.
Il a précisé que l’objectif des États-Unis était de détruire l’arsenal balistique et la flotte navale de l’Iran, tout en l’empêchant d’accéder à l’arme nucléaire. Le même jour, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a affirmé lors d’une conférence de presse que l’opération n’était pas « ce qu’on appelle une guerre de changement de régime ».
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À l’inverse, Netanyahou a continué jusqu’à lundi soir d’appeler les Iraniens à descendre dans la rue pour renverser leurs dirigeants. « Nous travaillerons d’abord à créer les conditions nécessaires pour permettre au peuple iranien de prendre son destin en main », a-t-il déclaré sur Fox News.
Interrogé sur cette divergence, un responsable américain au fait des dossiers de la Maison-Blanche a admis que les deux pays poursuivaient des finalités distinctes. « Le changement de régime est l’un de leurs objectifs israéliens, mais pas nécessairement le nôtre », a confié ce responsable sous couvert d’anonymat.
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Avant le conflit, Netanyahou avait réussi à convaincre Trump qu’il était temps de neutraliser les ambitions nucléaires de Téhéran et ses capacités balistiques. Le président américain avait alors estimé que l’opération pourrait durer « quatre ou cinq semaines » ou « le temps qu’il faudra ». Lundi, questionné sur sa capacité à maintenir son attention sur ce front à long terme, Trump a balayé les doutes : « Je ne m’ennuie jamais, jamais. »
Toutefois, en coulisses, les responsables israéliens reconnaissent que c’est le président américain qui décidera in fine du terme des hostilités. Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, estime que Trump pourrait privilégier une « sortie prématurée ». « Si le président Trump décide que le processus est achevé avant que Netanyahou ne le souhaite, il y mettra fin de toute façon », explique-t-il.
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Trump est en effet soumis à des contraintes domestiques majeures. Selon un sondage Reuters/Ipsos, l’opération ne bénéficie que du soutien d’un Américain sur quatre. Par ailleurs, les primaires ont débuté mardi au Texas et en Caroline du Nord, deux États pivots qui détermineront le contrôle du Congrès lors des prochaines élections de mi-mandat.
L’envolée des prix du carburant, due aux perturbations du transport maritime et de la production d’énergie, vient rappeler quotidiennement la crise du coût de la vie aux électeurs américains. Le prix de l’essence a déjà grimpé de 11 cents par gallon cette semaine, et les marchés mondiaux laissent présager de nouvelles hausses. Enfin, le soutien à Israël devient un enjeu de plus en plus partisan : une étude du Pew Research Center montre que 59 % des Américains ont désormais une image négative du gouvernement israélien.
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La planification de la guerre
Malgré ses heurts passés avec les administrations Obama et Biden, Netanyahou a rencontré Trump à sept reprises depuis le retour de ce dernier au pouvoir en 2025. Il l’a exhorté sans relâche à détourner son attention de Gaza pour se focaliser sur la « menace commune » que représente l’Iran.
Selon un responsable israélien, alors que Trump dépêchait des émissaires à Genève et à Oman pour des pourparlers nucléaires, les deux alliés planifiaient secrètement l’offensive militaire depuis des mois. Leur dernière rencontre, le 11 février 2026 à la Maison-Blanche, s’est tenue à huis clos total. Dès le lendemain, le porte-avions Gerald Ford quittait les Caraïbes pour se repositionner en Méditerranée.
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Survie politique
Pour Netanyahou, 76 ans, cette guerre est l’ultime chance de sceller son héritage avant les élections d’octobre. Bien que sa coalition soit divisée et qu’il soit toujours jugé pour corruption, une victoire rapide pourrait le réhabiliter en tant que « protecteur d’Israël ».
Toutefois, les analystes restent sceptiques. Le traumatisme du 7 octobre 2023 et les deux années de guerre dévastatrice à Gaza ont profondément entamé la confiance des électeurs. « Les événements des trois dernières années ont été si tragiques qu’aucun résultat en Iran ne suffira probablement à apaiser la colère des électeurs indécis », conclut l’analyste Amotz Asa-El.
