Moyen-Orient

Après la mort de Khamenei, les Houthis au Yémen face à un destin « inconnu »


À la suite de la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors d’une attaque israélienne en début de semaine, les milices houthies au Yémen se sont réveillées face à la réalité d’un isolement étouffant.

Sanaa est ainsi passée d’un avant-poste avancé du projet iranien dans la région à un bastion isolé confronté à un avenir incertain, après l’effondrement du parapluie politique et militaire qui avait offert aux Houthis une couverture durant des années.

Des observateurs estiment que l’absence de Khamenei, en tant que figure spirituelle, militaire et politique, affectera considérablement la cohésion des milices houthies et de leur dirigeant, désormais confrontés à un défi existentiel réel.

Le dernier leader de l’« axe »

L’analyste politique yéménite Adonis Al-Dakhini a affirmé que la mort de Khamenei influencera effectivement la cohésion des Houthis, dont l’expansion s’est nourrie de la symbolique du « guide suprême » (Wali al-Faqih).

Al-Dakhini a indiqué que « Abdelmalek al-Houthi est le dernier dirigeant de ce que l’on appelait l’axe, après la chute successive de tous ses chefs, de Hassan Nasrallah à Bachar al-Assad, jusqu’à Khamenei, et avant eux tous Qassem Soleimani ».

Selon l’analyste, le chef houthi « attend sans aucun doute son tour ; cela est apparu clairement dans son discours de condoléances au guide iranien, où il n’a pas menacé de représailles comme à son habitude, dans une tentative de se sauver, mais une tentative sans véritable issue ».

Il a souligné que « l’impact est considérable au Yémen après les développements en Iran : il n’y a plus d’axe, plus d’Iran, plus de soutien militaire iranien ; dès lors, mettre fin au bras iranien au Yémen devient une évolution naturelle, comme c’est également le cas en Irak ».

Concernant l’absence du parapluie iranien, Al-Dakhini estime qu’elle entraînera « un effondrement moral suivi d’un affaiblissement militaire ; les milices tenteront sans doute de fabriquer un récit évoquant l’existence d’ailes internes, dont l’une rejetterait l’Iran, et chercheront à le promouvoir comme tentative de survie ».

Toutefois, « les chances de survie restent limitées, car l’héritage laissé par les milices houthies aux niveaux local, régional et international est considérable, au point d’unir tous les acteurs autour de la nécessité de les éradiquer », selon l’analyste.

Le cerveau du projet

Le départ d’Ali Khamenei constitue un tournant historique pour les Houthis au Yémen, dans la mesure où l’absence du « guide suprême » signifie la perte d’un allié central et l’effondrement du système sécuritaire et militaire qui liait le destin du mouvement à la décision iranienne.

Selon l’analyste politique Marwan Mahmoud, les milices houthies seront profondément affectées par « la mort de Khamenei, car le guide suprême était le fondateur effectif des bras iraniens dans la région, au premier rang desquels le mouvement houthi au Yémen. Il était le stratège et l’architecte de ce projet expansionniste sous couvert de dissuasion avancée ».

Mahmoud a ajouté que « la question ne relève pas principalement de la symbolique religieuse, mais plutôt de la référence intellectuelle, politique et militaire que représentait Khamenei pour les Houthis, en tant que véritable système d’exploitation du projet ; il supervisait personnellement les décisions cruciales des milices ».

Il a précisé que « la mort de Khamenei équivaut à l’élimination du système d’exploitation du projet houthi ; les milices font désormais face à un défi existentiel, ayant perdu l’homme qui traçait les politiques et définissait les orientations stratégiques et doctrinales ».

La dernière brique de l’axe

Pour sa part, l’expert militaire yéménite Adnan Al-Jabrani a déclaré que « avec la mort de Khamenei, Abdelmalek al-Houthi se retrouve seul dans l’arène de l’axe. Tout a commencé avec Soleimani et al-Muhandis, puis son héros personnel Hassan Nasrallah, les commandants des Gardiens de la révolution, et enfin le guide suprême ».

Il a expliqué que « Khamenei exerçait l’influence la plus déterminante sur la pensée et la doctrine d’Abdelmalek al-Houthi, façonnant sa vision stratégique du conflit avec l’Occident à travers ses orientations, ses discours et sa manière de gérer la confrontation avec les États-Unis avec obstination et fidélité à la ligne de la révolution iranienne ».

Il a ajouté que « le mouvement houthi, en tant que groupe, constitue la dernière brique de l’axe à s’y être ralliée et à avoir connu une croissance rapide ; toutefois, sa cote a grimpé rapidement en affichant défi et détermination, en s’emparant de territoires parfois au-delà même des limites fixées par l’axe ».

Il a conclu que « l’effondrement ou la mort clinique potentielle du régime iranien compliquera les ambitions du chef houthi et affaiblira inévitablement le mouvement sur des plans essentiels, car ce qu’il recevait de l’Iran n’était pas négligeable, notamment sur les plans matériel, technologique et logistique ».

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page