Moyen-Orient

Désarmement du Hezbollah : une occasion rare et des craintes d’escalade rebattant les cartes


Le Liban a connu ces dernières semaines une dynamique diplomatique et politique sans précédent, plaçant la question du désarmement du Hezbollah au premier rang des priorités.

Alors que les pressions occidentales s’intensifient pour mettre fin à toute présence militaire en dehors du cadre de l’État, les visites officielles et les initiatives parlementaires se multiplient, traduisant une volonté internationale claire de soutenir l’armée libanaise dans la restauration de son rôle exclusif de défense de la souveraineté nationale.

Dans ce contexte, la récente visite du commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à Washington a constitué une étape clé. Selon la revue The National Interest, il y a discuté avec des responsables américains des moyens de renforcer la coopération militaire et de soutenir les capacités des forces armées libanaises dans leur mission visant à imposer l’autorité de l’État et à garantir la sécurité, notamment dans les zones où le Hezbollah est armé.

Parallèlement, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est rendu à Beyrouth pour coordonner la tenue d’une conférence internationale prévue à Paris en mars prochain, consacrée au soutien de l’armée libanaise et au renforcement de ses capacités logistiques et opérationnelles.

Le plan de l’armée libanaise

Dans une démarche traduisant une volonté gouvernementale affirmée, l’armée libanaise a présenté à la mi-février un plan intégré en cinq phases pour le désarmement du Hezbollah, sollicitant un délai de quatre mois, extensible à huit, afin d’achever la deuxième phase couvrant la zone comprise entre les fleuves Litani et Awali.

En janvier, l’armée avait annoncé l’achèvement de la première phase et l’établissement d’un contrôle opérationnel au sud du Litani, malgré les doutes persistants exprimés par Israël.

Le plan prévoit une extension progressive de l’action du sud vers la banlieue sud de Beyrouth et la plaine de la Bekaa, jusqu’à l’affirmation de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, marquant le passage d’une gestion de crise à l’élaboration d’un nouvel ordre sécuritaire pour le Liban.

Refus du Hezbollah

Le plan a été catégoriquement rejeté par le secrétaire général du parti, Naim Qassem, qui a estimé que l’accent mis sur le désarmement « sert les intérêts israéliens ». Le Hezbollah soutient publiquement que son arsenal demeure indispensable à la défense du Liban face à Israël, tandis que des informations évoquent des démarches en coulisses visant à obtenir des garanties politiques assurant son maintien au sein des institutions étatiques après le désarmement.

Ses dirigeants ont également laissé entendre qu’ils pourraient s’engager dans une confrontation régionale si l’Iran venait à subir une frappe militaire, dans ce qu’ils qualifient d’« ambiguïté stratégique ».

Une fragilité stratégique

Malgré un discours ferme, le Hezbollah traverse une phase de vulnérabilité sans précédent. La campagne israélienne de l’automne 2024 a infligé des pertes sévères à sa structure militaire, et l’effondrement du régime de Bashar al-Assad en Syrie a compromis ses principales lignes d’approvisionnement.

Les frappes israéliennes continues ont entravé sa capacité de réorganisation, plus de 400 de ses membres ayant été tués depuis le cessez-le-feu.

Le signe le plus manifeste de ce recul a été son abstention d’intervenir lors de la guerre irano-israélienne de juin 2025, malgré la pression exercée sur Téhéran, décision révélatrice de calculs internes tenant compte de l’épuisement populaire et de divisions organisationnelles.

Bien qu’il disposerait encore d’environ 25 000 roquettes au nord du Litani, le transfert de l’essentiel de ses capacités vers des zones reculées traduit une posture davantage défensive qu’une préparation à une offensive d’envergure.

L’armée libanaise : une institution capable d’assumer la confrontation

L’expérience récente met en évidence la cohésion de l’armée libanaise lors de moments sensibles, notamment la saisie d’une cargaison de munitions du Hezbollah à Kahaleh en 2023 et l’encerclement d’éléments armés à Tayyouneh en 2021.

Malgré la mort de six soldats dans l’explosion d’un dépôt dans le sud, la première phase du plan de désarmement s’est déroulée sans affrontement direct.

Des responsables libanais jugent improbable l’éclatement de combats d’envergure lors de la deuxième phase, d’autant que le soutien international à l’armée se poursuit, celle-ci étant perçue comme un contrepoids au Hezbollah.

Risque de guerre

La question du désarmement s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Téhéran, tandis que des médias israéliens ont évoqué un état d’alerte à la frontière nord.

Dans ce cadre, le président Joseph Aoun mène d’intenses consultations pour préserver le Liban de toute implication dans une confrontation, alors que les appels à proclamer une neutralité officielle et à éviter toute dérive vers un nouveau conflit se multiplient.

Selon la revue, l’élan actuel constitue une occasion rare de réaffirmer la souveraineté de l’État libanais. Elle estime que la réussite de la deuxième phase du plan dans les mois à venir représentera un test décisif de la capacité du gouvernement à traduire la volonté politique en réalité opérationnelle.

Toutefois, les complexités confessionnelles, les calculs régionaux du Hezbollah et le risque d’une confrontation élargie entre l’Iran et Israël pourraient, selon la revue, rebattre les cartes.

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