Année de l’ombre et du repli : comment Mahmoud Ezzat a consolidé l’État organisationnel au sein des Frères musulmans
L’année 2010 a constitué une étape décisive dans l’histoire des Frères musulmans, marquée par l’émergence de Mahmoud Ezzat comme l’architecte de la phase dite « de l’ombre », qui a rééquilibré les rapports de force à l’intérieur de l’organisation. Sa présence n’était pas retentissante dans les médias, mais elle s’est révélée déterminante dans les coulisses, où il a restructuré la hiérarchie pour servir une approche plus fermée et plus stricte dans la gestion du groupe.
Selon un rapport publié sur le site Sawt Al-Umma, Ezzat a joué un rôle central dans la résolution du conflit interne précédant les élections de l’Assemblée du Peuple en 2010, alors que le débat opposait un courant prônant une ouverture politique accrue à un autre favorisant le rigorisme organisationnel et le repli sur le renforcement interne.
Le choix en faveur de la « protection organisationnelle » a clairement prévalu, option que représentait et défendait vigoureusement Ezzat. Cette transition n’était pas seulement administrative, mais également idéologique et structurelle. L’influence du courant conservateur a été renforcée au sein des institutions du groupe, tandis que les voix appelant à des révisions politiques plus larges ont été écartées.
Avec la montée des mouvements sociaux à cette époque, la direction, dont Ezzat était devenu l’un des piliers principaux, a préféré adopter une approche prudente, basée sur des calculs précis plutôt que sur l’impulsion populaire, reflétant ainsi la priorité accordée à la cohésion interne avant toute autre considération.
Grâce à cette stratégie, l’organisation s’est progressivement transformée en une entité plus centralisée et disciplinée, mais également moins flexible face aux évolutions rapides du paysage politique. L’« année de l’ombre » n’a pas été une phase transitoire, mais a jeté les bases d’une culture organisationnelle axée sur le secret et le contrôle strict, influençant ultérieurement le comportement du groupe lors des moments cruciaux vécus par l’Égypte après 2011.
L’analyse de cette période montre que l’ascension d’Ezzat n’était pas le fruit d’un vide passager, mais l’expression d’un choix stratégique au sein des Frères musulmans, privilégiant la logique d’un « État au sein de l’État » plutôt qu’un partenariat politique ouvert.
Bien que cette approche ait renforcé la poigne de la direction à court terme, elle a contribué à l’isolation politique du groupe et a consolidé l’image d’une organisation qui privilégie la loyauté interne stricte au détriment d’une participation nationale plus large.
