L’abstention électorale en Libye : trois facteurs alimentant le boycott populaire
Dans un contexte de division politique persistante et d’enlisement du processus de transition démocratique, l’abstention électorale apparaît comme l’un des défis les plus graves auxquels est confrontée la scène libyenne. Cette situation s’inscrit dans un climat de frustration populaire prolongée depuis plus d’une décennie et dans une érosion progressive de la confiance dans l’efficacité de l’alternance pacifique au pouvoir.
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Des facteurs politiques, sociaux, culturels et législatifs s’entrecroisent pour créer un environnement dissuasif à la participation électorale. C’est ce qu’a souligné le président de la Haute Commission électorale nationale, Imad al-Sayeh, lors d’une conférence scientifique internationale organisée par la Commission sur les problématiques de l’abstention électorale.
Une conférence internationale
Mercredi s’est tenue la première session scientifique de la conférence internationale intitulée « Les problématiques de l’abstention électorale ». Le chef de l’équipe d’assistance électorale des Nations unies, Bantu Letts, y a présenté une étude sur les modèles de participation des électeurs et des expériences comparatives internationales. Il a analysé les facteurs influençant les taux de participation, notamment la confiance dans les institutions, la stabilité de l’environnement politique et la clarté du cadre juridique régissant le processus électoral.
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De son côté, la professeure Farha Awad al-Tarhouni, de la Faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université de Benghazi, a présenté une communication intitulée « L’impact des facteurs sociaux sur les élections législatives en Libye (2012–2014) », mettant en lumière les déterminants sociaux ayant influencé le comportement de l’électeur libyen durant cette période.
Le professeur de sciences politiques à l’Académie libyenne des études supérieures, Suleiman Sassi al-Shahoumi, a conclu les discussions avec une recherche sur l’impact de l’héritage social et culturel libyen sur l’abstention électorale, en soulignant le rôle de la culture politique dominante dans la formation des attitudes des citoyens vis-à-vis du processus électoral.
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Une frustration prolongée
Dans son discours, Imad al-Sayeh a affirmé que la frustration résultant d’un conflit politique qui dure depuis plus de dix ans sans progrès tangible vers une alternance pacifique constitue l’une des principales causes de l’abstention.
Il a expliqué que l’échec des élites politiques à adopter une voie transparente et claire pour l’alternance au pouvoir a renforcé la conviction, chez une large frange de la population, que les dirigeants en place ne quitteraient pas leurs fonctions par le biais des urnes, ce qui a affaibli la confiance dans l’ensemble du processus électoral.
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Il a également indiqué que les lois électorales adoptées lors des phases précédentes n’ont pas suffisamment pris en compte les spécificités du contexte politique et social. L’ouverture des candidatures sans critères ni garanties adéquats, au nom de la non-exclusion, a permis à des personnalités non qualifiées de se présenter dans une société qui n’avait pas connu d’élections depuis plus d’un demi-siècle. Cela a produit des résultats en deçà des attentes et accru les doutes quant à la pertinence du processus démocratique.
Il a ajouté que le retrait de certaines élites politiques et sociales du processus de transition, en raison du flou de l’horizon politique et de l’intensité du conflit, a réduit les choix offerts aux électeurs et incité nombre d’entre eux à s’abstenir.
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Les efforts de la Commission
En revanche, le président de la Commission a souligné l’engagement constant de la Haute Commission électorale nationale, depuis sa création, à respecter les normes internationales dans la gestion des opérations électorales, en mettant l’accent sur la crédibilité et l’augmentation des taux de participation. Il a affirmé que l’intégrité des résultats reflète véritablement les choix des citoyens et leurs aspirations au changement et à l’amélioration des conditions politiques et économiques.
Il a indiqué que le taux de participation aux dernières élections municipales était « acceptable », malgré un environnement qu’il a qualifié de peu fiable. Le nombre d’inscrits s’élevait à environ 800 000 électeurs, tandis que plus de 500 000 ont effectivement voté.
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Cette conférence intervient alors que les appels se multiplient pour traiter les causes de l’abstention électorale, considérée comme un indicateur direct du niveau de confiance entre les citoyens et les institutions politiques, ainsi qu’un facteur déterminant pour la réussite de tout futur processus démocratique en Libye.
Récemment, la Libye a connu plusieurs élections locales perçues comme une lueur d’espoir en vue de l’organisation des premières élections législatives depuis 2014 et des premières élections présidentielles de son histoire. Toutefois, le taux de participation aux élections locales a été jugé faible, la Commission attribuant cette situation à l’abstention des citoyens liée à la frustration provoquée par la division politique.
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