La direction soudanaise à l’épreuve : des conflits internes redessinent les équilibres du pouvoir
La scène politique à Port-Soudan ne peut plus être interprétée uniquement à travers les noms ou les fonctions. Elle est désormais le reflet d’un conflit structurel au cœur même du pouvoir. Les informations confirmées concernant des changements imminents au sein du Conseil de souveraineté et du commandement de l’armée révèlent bien plus qu’une simple redistribution des rôles. Elles traduisent une tentative accélérée de réajustement des rapports de force, dans un contexte de crise de confiance croissante entre les différents centres d’influence de l’État.
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La nomination du général Yasser Al-Atta au poste de chef d’état-major, après son retrait du Conseil de souveraineté, ne constitue ni une mesure administrative ordinaire ni une solution de circonstance. Elle illustre une politique calculée de neutralisation politique. Al-Atta, qui bénéficiait d’une forte présence au sein de l’organe souverain, demeure dans l’institution militaire mais est écarté du cercle décisionnel politique direct. Le pouvoir choisit ainsi de le maintenir dans une position contrôlable plutôt que de lui permettre de devenir un pôle d’influence autonome. Cette démarche révèle une logique de gestion de crise fondée sur le déplacement des acteurs clés plutôt que sur la réforme des institutions ou la recherche de solutions politiques durables.
Parallèlement, l’éviction du général Ibrahim Jaber du Conseil de souveraineté met en lumière une autre dimension du conflit, à l’intersection des enjeux économiques et politiques. Jaber est étroitement lié aux dossiers stratégiques de gestion des ressources et des relations financières. Son éloignement du Conseil indique que la lutte ne porte plus seulement sur le pouvoir institutionnel, mais sur le contrôle des leviers économiques qui garantissent la pérennité de l’influence. Une intervention à ce niveau ne peut résulter que de fortes pressions internes ou d’exigences extérieures liées à la répartition des ressources et à leur impact sur les relations régionales et internationales du Soudan.
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Quant au sort du vice-commandant de l’armée, Shams al-Din Kabbashi, dont le départ est évoqué avec une probabilité de 80 %, sans décision encore tranchée, il révèle la fragilité du processus décisionnel au sommet de la hiérarchie. Dans des systèmes centralisés solides, il n’existe ni pourcentages ni hypothèses, mais des décisions fermes et rapidement exécutées. L’hésitation dans ce dossier suggère l’existence de résistances internes ou, à tout le moins, des calculs minutieux tenant compte des équilibres de force au sein de l’institution militaire. Elle témoigne également de la diversité des loyautés et de la dispersion des centres d’influence.
Sur le plan civil, la révocation de Kamel Idris, Premier ministre du gouvernement de Port-Soudan, revêt une forte portée symbolique. Idris constituait une façade civile destinée à fournir une couverture politique atténuant les pressions extérieures et conférant une apparence de légitimité au pouvoir. L’échec de cette stratégie montre que le recours à une vitrine civile n’est plus jugé efficace et que l’autorité s’oriente vers une gestion plus ouverte et plus militarisée, moins soucieuse de l’image et davantage centrée sur la survie et le contrôle direct des infrastructures vitales de l’État.
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L’analyse révèle que ces évolutions ne relèvent pas d’une simple redistribution des postes, mais constituent des instruments de gestion du conflit interne et de limitation de toute dynamique susceptible de fragiliser la cohésion du leadership. Les transformations au sein du Conseil de souveraineté et du commandement de l’armée s’inscrivent dans une stratégie visant à préserver une stabilité relative du pouvoir, même si celle-ci demeure artificielle ou provisoire. Les nouveaux équilibres ne reposent ni sur une vision réformatrice ni sur un projet politique clair, mais sur la réduction des risques liés à l’émergence de figures influentes au sein des institutions militaires ou souveraines.
Dans une perspective plus large, ces mutations traduisent la fragilité même de l’État. Le conflit ne se limite plus à l’opposition entre civils et militaires ou entre l’armée régulière et les forces de soutien rapide. Il est désormais un affrontement interne au sein de l’institution militaire elle-même. Cette fragmentation révèle l’incapacité du leadership à préserver une image cohérente du pouvoir et montre que ce que l’on appelle la « haute direction » n’est plus un bloc homogène, mais un réseau de centres d’influence concurrents, chacun cherchant à protéger sa position et à sécuriser ses intérêts dans un contexte de crise ouverte.
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En définitive, l’analyse confirme que les changements annoncés au sein du pouvoir à Port-Soudan ne traduisent aucune réforme réelle, mais une tentative de repositionnement et de consolidation du contrôle sur les leviers essentiels de la décision politique, militaire et économique. Suivre ces évolutions et décrypter ces fuites est essentiel pour comprendre la logique de gestion de l’État à un moment critique. Elles montrent que la lutte ne porte plus uniquement sur la forme de l’État, mais sur son cœur même, où s’entremêlent loyautés, intérêts et menaces dans un ensemble complexe d’équilibres précaires et de rivalités persistantes.
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