Iran

L’érosion de la dissuasion place le régime iranien dans une crise stratégique profonde


Selon un rapport occidental, la direction iranienne, malgré sa puissance militaire et sécuritaire, aurait perdu sa capacité de dissuasion psychologique tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays et se trouve désormais incapable de trouver une issue à ses crises.

Au milieu d’une vague continue de protestations et de l’élargissement du mécontentement populaire, le régime iranien fait face à l’une de ses crises stratégiques les plus complexes depuis la fondation de la République islamique. Les défis ne se limitent plus à la gestion de la rue en colère ou à la contenance des pressions extérieures, mais touchent désormais le cœur même du système, qui a reposé pendant des décennies sur une équation unique : gouverner par la peur.

Les analyses politiques occidentales, dont celle de Michael Singh, directeur exécutif et chercheur principal à l’Institute for Washington, indiquent que la direction iranienne semble aujourd’hui incapable de tracer une voie claire pour sortir de ce dilemme multidimensionnel. Malgré son arsenal militaire considérable et ses vastes services de sécurité, le régime aurait perdu ce qui était son arme la plus efficace face aux crises : sa capacité de dissuasion psychologique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Pendant près de cinq décennies, le pouvoir à Téhéran a reposé sur la répression systématique de toute contestation interne, parallèlement à une politique étrangère fondée sur l’exportation des tensions et la déstabilisation régionale. Cette approche, qui avait longtemps semblé efficace et relativement peu coûteuse, montre aujourd’hui des fissures évidentes, plongeant le régime dans une impasse stratégique sans précédent.

La survie du régime dépendait de la gestion de deux principales sources de menace. La première est interne : une société iranienne jeune, instruite, de plus en plus connectée au monde, exigeant des opportunités économiques et des libertés politiques accrues. La seconde est externe : des États régionaux et des puissances internationales, en tête desquels les États-Unis, considérant les politiques de Téhéran comme une menace directe pour leur sécurité et celle de leurs alliés. Face à ces deux vecteurs, la peur a constitué la pierre angulaire de la stratégie du régime, cherchant à convaincre l’extérieur qu’un affrontement avec l’Iran mènera à une guerre totale, et à l’intérieur que la contestation est inutile et privée de tout soutien international.

Selon le rapport, cette équation commence toutefois à se déliter rapidement. Sur le plan externe, les États-Unis et Israël ont rompu avec l’attentisme qui avait caractérisé leurs politiques pendant des années, passant à un niveau inédit de confrontation directe avec l’Iran, avec la menace de frappes supplémentaires. Ce changement a affaibli l’image de dissuasion que Téhéran s’efforçait de maintenir et a révélé les limites de sa capacité à intensifier les tensions.

À l’intérieur du pays, malgré la répression sévère, les protestations actuelles diffèrent radicalement des précédentes : elles s’étendent géographiquement, sont socialement plus diversifiées et combinent revendications économiques, politiques et de droits civiques. Leur persistance, malgré le coût humain élevé, reflète le déclin de l’efficacité de la politique de « victoire par la peur » qui avait longtemps empêché l’émergence de mouvements de grande ampleur.

L’attaque du 7 octobre constitue un tournant dans ce contexte : l’attaque menée par le Hamas contre Israël et ses conséquences ont mis à l’épreuve le réseau d’influence régionale que l’Iran a construit via ses groupes alliés. En peu de temps, l’État israélien, avec le soutien américain, a ciblé des infrastructures militaires et des agents régionaux liés à l’Iran, ainsi que des capacités défensives et balistiques sensibles, tandis que la réponse iranienne est restée limitée par rapport à l’ampleur des frappes.

Le dépassement de ce qui était considéré comme des lignes rouges, notamment des attaques directes sur le sol iranien sans déclencher de guerre totale dans la région, laisse penser aux analystes que ce type d’opérations pourrait devenir une politique durable, indépendamment des changements politiques à Washington ou Tel-Aviv. Cela renforce le sentiment de l’élite iranienne que sa marge de manœuvre se réduit rapidement.

Dans ce scénario sombre, le régime ne dispose pas de solutions faciles. Répondre aux demandes extérieures ou consentir des concessions internes serait en contradiction radicale avec les fondements idéologiques qui le soutiennent, notamment l’hostilité envers les États-Unis et le monopole du pouvoir par les religieux. Ces principes ne sont pas considérés comme des politiques révisables, mais comme des éléments identitaires et des piliers de survie.

Singh estime que la période actuelle n’est pas propice à des tentatives de sauvetage du régime par des accords ou un allègement de la pression, mais nécessite un renforcement simultané de la pression politique et économique par Washington, accompagné d’un soutien explicite au peuple iranien. Cependant, il avertit que la phase à venir est pleine de risques, le régime pouvant, par désespoir, accélérer son programme nucléaire, intensifier la répression ou mener des opérations extérieures.

Toutefois, de telles mesures, bien qu’elles puissent sembler à Téhéran des moyens de survie, risquent en pratique de produire l’effet inverse : accroître l’isolement du régime, attiser la colère populaire, ouvrir la voie à de nouvelles frappes et peut-être accélérer le processus d’effondrement que le régime cherche à éviter.

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