Moyen-Orient

Wall Street Journal : La force militaire prime sur l’idéologie… Les Houthis se détachent de l’Iran dans la guerre


Les analystes estiment que l’implication du Yémen dans le conflit avec l’Iran pourrait provoquer des crises maritimes dans la mer Rouge. Cependant, jusqu’à présent, les Houthis sont restés inactifs, non pas parce qu’ils seraient devenus une force pacifique, ni parce qu’ils auraient renoncé à leur soutien verbal agressif envers l’Iran.

Le Wall Street Journal souligne que la milice houthie, représentant les alliances tribales du nord du Yémen, privilégie le langage de la force militaire, un langage respecté à travers tout le Moyen-Orient.

Alliance avec l’Iran

Tant que l’Iran a armé et financé les Houthis, l’alliance avec Téhéran restait attrayante. L’Iran pouvait influencer des forces combattantes déstabilisatrices telles que le Hamas et le Hezbollah, tout en maintenant un arsenal de missiles et de drones capables de menacer des villes dans un rayon de 1 200 miles. Cette position régionale a conféré à l’Iran une influence considérable sur ses alliés au Yémen.

Cette situation a perduré lors de la guerre de douze jours en juin dernier, lorsque le guide suprême Ali Khamenei et le Corps des Gardiens de la révolution iranien ont riposté aux frappes israéliennes et américaines contre les trois principaux sites nucléaires iraniens.

Les Houthis ont participé en lançant des dizaines de missiles et de drones, montrant leur solidarité avec l’Iran, ce qui a entraîné des représailles israéliennes ciblant leurs dirigeants.

Depuis octobre 2023, les Houthis figurent parmi les rares acteurs à lancer régulièrement des missiles balistiques dans la région.

Impact de l’assassinat des dirigeants du Corps des Gardiens de la Révolution sur la position des Houthis

La mort de Khamenei et d’une grande partie de la direction du Corps des Gardiens de la Révolution iranien, suivie de frappes américaines et israéliennes, a poussé les dirigeants houthis à réévaluer la domination régionale de l’Iran.

Ils commencent à douter de la capacité de l’Iran à continuer de soutenir son réseau de mandataires régionaux et pourraient considérer la loyauté envers l’Iran comme un fardeau plutôt qu’un avantage.

Il est possible que certains membres du mouvement ou conseillers iraniens lancent un missile balistique de manière unilatérale, ce qui pourrait entraîner le Yémen dans un conflit supplémentaire. Cependant, cette situation régionale ouvre également des possibilités alternatives.

Expérience des Houthis dans les conflits précédents

Lorsque les Houthis ont combattu Israël en 2023, ils étaient contraints de négocier avec le gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite et reconnu internationalement à partir d’une position de faiblesse.

Le conflit civil au Yémen, qui dure depuis près de dix ans, était dans une impasse et les Houthis perdaient leur légitimité populaire.

Mais en lançant leur premier missile vers Israël, ils ont remporté un large soutien populaire au Yémen, la défense de la cause palestinienne unifiant l’opinion publique arabe comme aucune autre cause politique ne l’avait fait.

Leur popularité parmi les Yéménites a augmenté, consolidant leur rôle politique national pour de nombreuses années, tandis que le drapeau iranien n’a pas eu le même impact sur l’opinion publique locale.

Force militaire et loyautés historiques

Cette mentalité est ancrée dans l’histoire du Yémen, où la force militaire a toujours été déterminante pour maintenir le pouvoir.

Les alliances tribales yéménites avec les puissances étrangères ont toujours été basées sur la capacité à offrir le plus grand avantage au pouvoir, des Ottomans au XIXe siècle aux Britanniques au XXe, puis à l’Arabie saoudite, à Israël dans les années 1960 et à l’Iran ces dernières décennies.

Opportunités pour les Houthis et rôle américain dans la mer Rouge

Les démonstrations de force contre l’Iran ces dernières semaines ont montré aux Yéménites la vulnérabilité potentielle de la direction iranienne et souligné l’influence américaine au Moyen-Orient.

Cette situation pourrait offrir aux Houthis l’opportunité de coopérer avec les États-Unis pour sécuriser la navigation dans la mer Rouge, plutôt que d’aggraver l’incertitude.

Le président américain pourrait accorder une reconnaissance internationale aux Houthis et faciliter leur participation en tant que partenaires égaux dans un Yémen fédéral divisé entre le nord et le sud.

En revanche, la reconnaissance israélienne de la Somaliland et l’utilisation potentielle de la force contre des mouvements régionaux montrent que la fenêtre de diplomatie pour les Houthis reste très limitée. Cela constitue une opportunité pour les États-Unis d’exploiter cette hésitation afin de stabiliser durablement la mer Rouge et peut-être le Moyen-Orient dans son ensemble.

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