Trump exhorte des groupes kurdes iraniens à ouvrir le front occidental
La décision d’élargir la confrontation avec l’Iran semble s’apparenter à un pari politique majeur pour Donald Trump, dans un contexte où plusieurs indicateurs laissent apparaître un recul du soutien populaire à la guerre aux États-Unis.
Le président américain Donald Trump a exhorté des groupes kurdes iraniens basés dans le nord de l’Irak à lancer des attaques contre l’Iran, dans ce qui constitue le dernier épisode de l’opération militaire lancée samedi dernier par les États-Unis et Israël. Une telle initiative pourrait ouvrir un nouveau front à l’ouest du pays et ajouter une dimension plus complexe au conflit, alors que la guerre en cours au Moyen-Orient entre dans son septième jour, sur fond de signes d’implication de nouvelles parties régionales et d’une intensification des déclarations politiques et militaires.
Dans un entretien téléphonique, Trump a déclaré que les États-Unis soutiendraient toute action entreprise par les Kurdes iraniens contre les forces de sécurité iraniennes, ajoutant qu’il considérait une telle démarche comme « formidable ». Ces propos interviennent alors que des sources sécuritaires ont indiqué que des milices kurdes iraniennes ont mené ces derniers jours des consultations avec des responsables américains au sujet de la possibilité de mener des opérations à l’intérieur du territoire iranien et des modalités de leur mise en œuvre.
Selon trois sources bien informées, une coalition de groupes kurdes iraniens stationnés dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien mène actuellement des entraînements près de la frontière avec l’Iran, en préparation d’éventuelles attaques contre les forces iraniennes dans l’ouest du pays. Cette coalition espère que toute action militaire pourrait contribuer à affaiblir les capacités de l’armée iranienne, alors que des sites à l’intérieur de l’Iran continuent d’être visés par des frappes américaines et israéliennes.
Illustrant la montée des tensions liées à ces groupes, des sources sécuritaires ont rapporté qu’un camp d’opposition iranien situé au Kurdistan irakien a été la cible, jeudi soir, de deux attaques menées par des drones iraniens, dans ce qui a été interprété comme un message d’avertissement de Téhéran contre toute tentative de mouvement militaire à travers la frontière.
Ces développements interviennent parallèlement à une escalade militaire de grande ampleur entre l’Iran et Israël. L’armée israélienne a annoncé avoir lancé une vague « de grande envergure » d’attaques contre des infrastructures à l’intérieur de Téhéran, dans le cadre de la campagne militaire en cours depuis plusieurs jours. En réponse, l’Iran a poursuivi ses tirs de missiles et ses attaques de drones visant Israël ainsi que plusieurs pays de la région.
La portée des attaques iraniennes s’est étendue à plusieurs États, dont des pays du Golfe, Chypre, la Turquie et l’Azerbaïdjan, ce qui reflète l’élargissement du théâtre des hostilités et sa transformation progressive en conflit à fronts multiples. Les tensions ont également atteint l’océan Indien au large du Sri Lanka, où les États-Unis ont annoncé qu’un sous-marin américain avait coulé un navire de guerre iranien, un incident qui illustre l’extension du conflit à des zones maritimes éloignées de son centre traditionnel.
Dans un contexte politique controversé, Trump a également déclaré que les États-Unis « devront choisir » le prochain dirigeant de l’Iran, après la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes aériennes cette semaine. Il a ajouté que la sélection de la nouvelle direction iranienne devrait se faire « en coopération avec l’Iran », indiquant que Washington jouerait un rôle dans la désignation de cette personnalité.
Ces déclarations semblent toutefois entrer en contradiction avec la position du département américain de la Défense. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a affirmé que les États-Unis n’avaient pas l’intention d’élargir leurs objectifs militaires à l’intérieur de l’Iran, soulignant que Washington sait « clairement ce qu’elle cherche à accomplir ». Cette divergence de discours reflète des messages politiques différents au sein de l’administration américaine concernant la nature de la guerre et ses objectifs finaux.
La décision d’élargir la confrontation avec l’Iran est ainsi perçue comme un pari politique majeur pour Trump, alors que plusieurs indices montrent un recul du soutien populaire à la guerre aux États-Unis. Des sondages d’opinion révèlent une inquiétude croissante parmi les Américains face aux conséquences économiques du conflit, notamment la hausse des prix du carburant liée aux perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial.
Cette inquiétude s’est déjà répercutée sur les marchés financiers, où les indices de Wall Street ont reculé parallèlement à la hausse des prix du pétrole. La guerre a en effet perturbé une part importante de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Certaines estimations indiquent qu’environ un cinquième du commerce mondial de ces ressources a été affecté par les tensions dans la région.
Le secteur du transport aérien est également confronté à une situation chaotique en raison de la fermeture de plusieurs couloirs aériens au Moyen-Orient, tandis que les perturbations des chaînes d’approvisionnement et des réseaux logistiques mondiaux s’intensifient à mesure que les risques sécuritaires augmentent dans les principaux passages maritimes.
Dans un autre développement reflétant l’élargissement de la crise, l’Azerbaïdjan a annoncé avoir commencé à prendre des mesures en réponse à ce qu’il a qualifié d’attaque iranienne par drones ayant franchi ses frontières et blessé quatre personnes dans la région de Nakhitchevan. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré lors d’une réunion du Conseil de sécurité de son pays que Bakou « ne tolérera pas cet acte terroriste et agressif injustifié ».
L’Iran a toutefois nié avoir visé l’Azerbaïdjan, malgré les tensions croissantes entre les deux pays, notamment en raison de la présence d’une importante minorité azérie sur le territoire iranien.
Sur le front libano-israélien, le Hezbollah, soutenu par l’Iran, a émis un avertissement aux habitants des localités israéliennes situées dans un rayon de cinq kilomètres de la frontière libanaise, les appelant à évacuer. Le mouvement a déclaré que les attaques israéliennes contre le Liban et les infrastructures civiles ne resteraient pas « sans réponse », laissant entendre la possibilité d’ouvrir un nouveau front dans le conflit.
Ces évolutions rapides traduisent une tendance claire vers l’internationalisation et l’expansion géographique du conflit, tandis que la communauté internationale craint de plus en plus que la guerre ne se transforme en une confrontation régionale majeure dont les répercussions pourraient dépasser largement le Moyen-Orient.
