Terreur et colère dans le bastion du Hezbollah… des déplacés sans destination
Ils n’ont aucune destination précise. Ils fuient dans toutes les directions, mais leurs visages portent la même expression de colère, tandis que la même question traverse leurs esprits : pourquoi ?
Sur la plage de Ramlet el-Baïda, qui borde la banlieue sud de Beyrouth, des centaines de Libanais, accompagnés de leurs enfants, se sont installés à même le sol et ont passé la nuit à la belle étoile après avoir fui précipitamment à la suite d’un avertissement israélien sans précédent ordonnant l’évacuation de cette zone densément peuplée, au cœur de la guerre entre le Hezbollah et Israël.
Ces déplacés, qui n’ont trouvé aucun endroit où se réfugier, partagent la même expression de colère. L’un d’eux, s’adressant avec émotion à l’Agence France-Presse et refusant de révéler son identité, déclare : « Nous avons fui la banlieue sud, nous avons été humiliés. Nous dormirons dans la rue cette nuit et Dieu seul sait ce qu’il adviendra de nous. »
Panique et effroi
Comme beaucoup d’autres, un homme n’a rien emporté avec lui en quittant son domicile dans la banlieue sud de Beyrouth, où une vague de panique et de terreur a accompagné l’exode massif des habitants, selon les journalistes de l’Agence France-Presse sur place.
La zone, considérée comme un bastion du Hezbollah et dont la population est estimée entre 600 000 et 800 000 habitants, a été le théâtre d’embouteillages massifs après l’avertissement israélien, les résidents se précipitant pour partir alors que des tirs étaient entendus pour les alerter et les inciter à quitter les lieux.
Des vidéos diffusées par des médias locaux et par des utilisateurs des réseaux sociaux ont montré des centaines de familles quittant plusieurs quartiers à pied, tandis que les routes étaient saturées de voitures et de motos. Certains portaient leurs enfants, d’autres transportaient de petits sacs ou des valises contenant leurs biens essentiels.
Sous un soleil timide qui ne parvenait pas à atténuer la fraîcheur de l’air, les déplacés — parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées — sont arrivés sur la plage. Certains portaient leurs enfants, d’autres traînaient de petites valises ou des sacs contenant quelques effets personnels.
Un déplacé en colère s’est contenté de dire : « La situation est extrêmement mauvaise. »
« Pourquoi ? »
À quelques dizaines de mètres de là, Abou Ahmad, 61 ans, raconte à l’Agence France-Presse comment il avait déjà passé la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël — qui s’était terminée en novembre 2024 — dans une tente sur cette même plage.
Cet homme, qui a connu guerre après guerre depuis son enfance, affirme que « la chance » est ce qui l’a maintenu en vie. « Seul Dieu, qui t’a créé, décide de ton destin », ajoute-t-il.
Le sexagénaire, sans emploi et le visage marqué par la fatigue, s’interroge avec émotion : « Pourquoi cette guerre ? »
Abou Ahmad n’a toutefois pas l’intention de passer la nuit dehors. Il indique qu’il pourrait retourner chez lui, ajoutant : « Je ne crains pas pour ma vie parce que je suis seul », après avoir envoyé sa famille et ses enfants en Syrie pour assurer leur sécurité.
Presque vide
Après le vaste mouvement de déplacement depuis la banlieue sud de Beyrouth, l’Agence nationale d’information libanaise a indiqué que la zone était devenue « presque vide ».
Les embouteillages massifs ont paralysé plusieurs quartiers de Beyrouth pendant des heures, tandis que des institutions et des entreprises se sont empressées de fermer leurs portes et de renvoyer leurs employés avant la fin de la journée de travail.
Avant l’avertissement adressé aux habitants de la banlieue sud, les autorités libanaises estimaient déjà que plus de 90 000 personnes avaient été déplacées depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël, déclenchée dans le contexte de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran.
Avec l’afflux des habitants de la banlieue sud vers Beyrouth et le Mont-Liban, l’unité gouvernementale de gestion des catastrophes a appelé les déplacés à se diriger vers l’est et le nord du pays, les centres d’hébergement ayant atteint leur capacité maximale.
Jeudi, le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a menacé que la banlieue sud de Beyrouth subisse le même sort que Gaza en termes de destruction, en réponse à l’attaque du Hamas contre Israël.
Dans un message publié sur la plateforme X, la coordinatrice spéciale des Nations unies, Jeanine Hennis-Plasschaert, a écrit : « Un ordre d’évacuation vise de vastes zones de la banlieue sud de Beyrouth alors que les habitants continuent de fuir le sud du Liban en grand nombre. »
Elle a ajouté : « Le pays vit un nouveau cauchemar, mais aucune partie ne peut imposer une solution durable par la force. »
