Politique

L’Iran après Khamenei : les lignes rouges américaines


Après la mort du guide suprême Ali Khamenei, à la suite d’une attaque israélo-américaine, l’Iran est entré dans l’une des phases de transition du pouvoir les plus incertaines depuis 1979.

En quelques heures après l’annonce, des cartes ont commencé à circuler à Washington et via les canaux de l’opposition iranienne en exil, évoquant une Iran fédérale dotée de régions kurdes, arabes, baloutches et azéries autonomes, ou une Iran confédérale évoluant vers une partition souple, voire un ensemble de petits États issus de l’effondrement du pays.

Dès lors que la crise de succession de Khamenei est devenue une réalité, la tentation de remodeler l’Iran de l’extérieur ne pourra que s’intensifier — une tentation à laquelle les États-Unis devraient résister, selon un rapport publié par le site américain The National Interest.

Face à l’ébranlement de la structure dirigeante du régime et à la compétition entre factions pour le contrôle, la pire réaction américaine serait de recourir à un schéma constitutionnel préconçu, susceptible d’aboutir à un enlisement qui pourrait durer des générations.

Le rapport estime que, que l’Iran devienne un État centralisé, une fédération ou un système plus souple, cette décision doit relever des Iraniens eux-mêmes, à travers un dialogue interne, et non être imposée par des juristes américains, des experts de think tanks ou des responsables politiques en exil sur la base de cartes préparées à l’avance.

Selon The National Interest, le rôle prudent des États-Unis consiste à définir des lignes rouges claires et des préférences générales, puis à s’abstenir d’intervenir dans les affaires intérieures du pays. Le site évoque deux de ces lignes rouges.

Empêcher le démantèlement de l’Iran

Les États-Unis ne doivent ni adopter, ni soutenir, ni même laisser entendre une stratégie de démantèlement de l’Iran. Dans le climat tendu qui a suivi l’assassinat de Khamenei, toute allusion à un agenda de partition renforcerait le discours ancien du régime selon lequel l’Occident chercherait à fragmenter l’Iran.

Une telle posture encouragerait les puissances régionales et mondiales à considérer les régions iraniennes comme des terrains ouverts à la rivalité. Le démantèlement de l’Iran ne constituerait pas une solution, mais une invitation à des guerres frontalières, à des conflits par procuration et à des épurations ethniques sur les décombres du pays.

La politique américaine devrait affirmer clairement que Washington « ne cherche pas à redessiner les frontières de l’Iran ni à le transformer en une mosaïque de micro-États ».

Ne pas soutenir un homme fort unique

Les premiers mouvements des Gardiens de la révolution après l’assassinat de Khamenei illustrent la rapidité et la capacité de l’appareil sécuritaire à se présenter comme le seul garant de l’ordre. Toutefois, remplacer un régime autoritaire hautement centralisé par un autre ne ferait que perpétuer la logique ayant contribué à la fragilisation de l’Iran : un centre dominant, des régions traitées comme des colonies internes et un État sécuritaire loyal envers une personne plutôt qu’envers la loi.

Si Washington apportait son soutien à un nouveau chah, à un nouveau guide suprême ou à un nouveau général, il assumerait la responsabilité de sa répression et de sa corruption, comme il a porté celle des échecs en Irak et en Afghanistan après les invasions.

Entre ces deux lignes rouges se situe ce que les États-Unis devraient privilégier : un Iran démocratique et territorialement uni, dont les fondations seraient établies par les Iraniens eux-mêmes. Cela pourrait signifier un État unitaire doté de larges prérogatives locales, ou une véritable fédération où les provinces élisent leurs gouverneurs, gèrent leurs forces de police locales, définissent leurs politiques éducatives et linguistiques et reçoivent une part des revenus nationaux.

Quelle que soit la formule retenue, l’essentiel réside moins dans l’intitulé que dans le transfert effectif du pouvoir d’un centre hégémonique vers des institutions locales autonomisées, tout en respectant des règles nationales communes. L’orientation américaine devrait ainsi pencher vers une décentralisation rationnelle fondée sur une véritable autonomie des périphéries, des contre-pouvoirs effectifs au centre, un seul drapeau et une politique étrangère unifiée.

L’assassinat de Khamenei a créé un vide que les États voisins et les grandes puissances chercheront à combler. Le rôle des États-Unis ne devrait pas être de concevoir l’architecture interne de l’Iran, mais de garantir le cadre extérieur dans lequel les Iraniens négocieront leur avenir.

Cela implique de dissuader les acteurs régionaux de s’approprier des zones d’influence alors que l’Iran traverse une phase de vulnérabilité, d’apporter un soutien économique et technique à une assemblée constituante et d’appuyer une supervision crédible de tout référendum ou élection.

Les États-Unis ne devraient pas être neutres quant aux résultats, mais disciplinés quant aux moyens employés, en définissant clairement ce qui est inacceptable — à savoir la partition du pays ou l’instauration d’un nouveau régime dictatorial — puis en laissant les Iraniens négocier un nouvel équilibre entre le centre et les périphéries dans ces limites.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page