Santé

Les jeux vidéo peuvent-ils stimuler l’intelligence des enfants plus que les réseaux sociaux ?


À l’ère du numérique, les écrans occupent une place centrale dans la vie des enfants et des adolescents. Longtemps considérés comme une source quasi exclusive de distraction nuisible, les jeux vidéo font l’objet d’une réévaluation progressive de la part des chercheurs en sciences cognitives et en psychologie du développement. Parallèlement, l’essor des réseaux sociaux a profondément transformé les modes de communication et de socialisation, tout en soulevant de nombreuses inquiétudes quant à leurs effets sur la concentration, l’estime de soi et le développement intellectuel. Dans ce contexte, une question mérite d’être posée : les jeux vidéo peuvent-ils réellement renforcer l’intelligence des enfants davantage que les réseaux sociaux ?

Il est essentiel, pour répondre à cette interrogation, de distinguer les usages et les types de contenus. Les jeux vidéo ne constituent pas un ensemble homogène. Certains sont purement récréatifs et peu exigeants sur le plan cognitif, tandis que d’autres sollicitent intensément la mémoire, la logique, la planification stratégique et la coordination visuospatiale. Les jeux de stratégie, de réflexion, de simulation ou d’énigmes, exigent du joueur qu’il analyse des situations complexes, anticipe les conséquences de ses choix et adapte ses décisions en temps réel. Ce type d’activité favorise le développement de fonctions exécutives essentielles à l’intelligence, telles que l’attention soutenue, la flexibilité mentale et la résolution de problèmes.

Plusieurs études ont montré que la pratique modérée de certains jeux vidéo améliore les capacités visuospatiales, la rapidité de traitement de l’information et la mémoire de travail. Ces compétences sont directement liées à la réussite scolaire, notamment dans les disciplines scientifiques et mathématiques. De plus, les jeux coopératifs encouragent la communication, la gestion des conflits et la prise de décision collective, renforçant ainsi des formes d’intelligence sociale et émotionnelle.

À l’inverse, les réseaux sociaux reposent principalement sur une consommation passive de contenus et sur une recherche de validation sociale à travers les mentions « j’aime », les commentaires et le nombre d’abonnés. Ce fonctionnement peut favoriser des comportements de comparaison sociale permanente, parfois au détriment de la concentration et de la profondeur cognitive. Les interactions y sont souvent brèves, fragmentées et émotionnellement chargées, ce qui limite le développement de la pensée critique et de l’analyse approfondie.

De nombreuses recherches suggèrent que l’exposition prolongée aux réseaux sociaux est associée à une diminution de la capacité d’attention, à une augmentation de l’anxiété et à une fragilisation de l’estime de soi chez les enfants et les adolescents. Ces effets psychologiques peuvent indirectement entraver les apprentissages et le développement intellectuel. À l’inverse, les jeux vidéo bien choisis et pratiqués dans un cadre structuré peuvent devenir de véritables outils pédagogiques, capables de susciter la curiosité, la persévérance et le goût de l’effort mental.

Il serait toutefois réducteur d’idéaliser les jeux vidéo sans nuance. Une pratique excessive, même de jeux cognitivement stimulants, peut entraîner une sédentarité, des troubles du sommeil et un isolement social. De même, certains jeux violents ou très répétitifs n’apportent que peu de bénéfices intellectuels. L’enjeu n’est donc pas de promouvoir les jeux vidéo contre les réseaux sociaux, mais de réfléchir à la qualité des contenus et au temps qui leur est consacré.

Le rôle des parents et des éducateurs est à cet égard fondamental. Accompagner les enfants dans le choix de jeux adaptés à leur âge et à leurs capacités, limiter le temps passé sur les plateformes sociales, encourager une diversité d’activités incluant la lecture, le sport et les échanges réels, permet de créer un environnement propice au développement harmonieux de l’intelligence.

En conclusion, les jeux vidéo, lorsqu’ils sont choisis avec discernement et pratiqués avec modération, peuvent effectivement contribuer davantage au développement intellectuel des enfants que les réseaux sociaux, en stimulant activement leurs capacités cognitives, leur créativité et leur esprit stratégique. Toutefois, ni les jeux vidéo ni les réseaux sociaux ne sauraient remplacer les expériences éducatives fondamentales liées à la vie réelle. L’intelligence se construit dans l’équilibre, la diversité et la qualité des interactions, qu’elles soient numériques ou non.

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