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Le rapprochement soudanais avec l’Iran et la Turquie : Gains économiques ou menaces géopolitiques ?


Dans un monde où les intérêts sont entremêlés et où les agendas s’affrontent, le Soudan émerge comme l’un des acteurs régionaux majeurs cherchant à redessiner ses alliances face à des défis internes et externes croissants.

Ces dernières années, les relations entre Khartoum, d’une part, et l’Iran et la Turquie, d’autre part, ont connu d’importants bouleversements, soulevant des questions sur les répercussions de ce rapprochement sur la stabilité régionale. Alors que le Soudan cherche à obtenir des gains économiques et politiques, des craintes apparaissent que ce tournant devienne une porte d’entrée pour renforcer l’influence des puissances régionales dans une zone déjà marquée par des tensions confessionnelles et politiques. Ce rapprochement représente-t-il une opportunité pour renforcer la stabilité, ou menace-t-il d’aggraver les divisions et d’approfondir la dépendance ?

L’Iran : Entre influence régionale et craintes sectaires

L’Iran, puissance régionale cherchant à étendre son influence au Moyen-Orient, a trouvé au Soudan un partenaire potentiel dans sa politique étrangère ambitieuse.

Depuis la reprise des relations diplomatiques entre Téhéran et Khartoum, les relations bilatérales ont connu un développement notable, avec la signature d’accords économiques et sécuritaires.

Ces démarches reflètent le désir iranien de renforcer sa présence dans la région de la Corne de l’Afrique, considérée comme une porte stratégique vers la mer Rouge et l’océan Indien. Cependant, ce rapprochement comporte des risques. L’Iran, connu pour son soutien aux milices armées dans des pays comme le Yémen, la Syrie et le Liban, pourrait utiliser ses relations avec le Soudan pour renforcer son agenda régional.

Cela suscite des inquiétudes parmi certains pays arabes, notamment ceux qui perçoivent l’influence iranienne comme une menace pour la sécurité nationale arabe. De plus, le rapprochement avec Téhéran pourrait attiser les tensions sectaires au Soudan, qui possède une structure démographique diverse et complexe.

La Turquie : Puissance douce et investissements économiques

D’autre part, la Turquie émerge comme un autre partenaire du Soudan, Ankara cherchant à renforcer son influence dans le monde arabe à travers des instruments de puissance douce et dure.

Sous la direction du président Recep Tayyip Erdoğan, la Turquie a réussi à s’implanter au Soudan par d’énormes investissements économiques et des accords militaires.

Parmi ces accords, la location par la Turquie du port soudanais de Suakin, un point stratégique sur la mer Rouge, se distingue. Toutefois, la coopération entre le Soudan et la Turquie n’est pas sans défis. Des observateurs ont exprimé leurs préoccupations sur le fait que ce rapprochement pourrait créer une dépendance économique déséquilibrée, le Soudan risquant de devenir trop dépendant des investissements turcs.

De plus, les relations étroites avec Ankara pourraient susciter l’hostilité de certains pays arabes, notamment en raison des divergences continues sur le soutien de la Turquie aux groupes islamistes dans la région.

Les risques géopolitiques et les défis futurs

Le rapprochement du Soudan avec l’Iran et la Turquie soulève des questions sur ses répercussions pour la stabilité régionale.

D’une part, cette alliance pourrait approfondir les divisions confessionnelles et politiques dans une région déjà marquée par des tensions croissantes. D’autre part, une dépendance excessive vis-à-vis des puissances régionales pourrait affaiblir les efforts internationaux visant à résoudre les conflits armés dans la région.

Dans ce contexte, le Dr. Mohamed Al-Munji, professeur de sciences politiques, estime que le Soudan doit trouver un équilibre entre la réalisation de ses objectifs économiques et politiques et la protection de sa souveraineté nationale. Il ajoute : « Face à la complexité du paysage politique au Moyen-Orient, les pays de la région doivent renforcer le dialogue régional et prendre des décisions souveraines qui équilibrent les intérêts et les risques. »

Il poursuit : « Il est évident que les principales motivations du rapprochement soudanais avec l’Iran et la Turquie sont d’ordre économique et politique. »

Sur le plan économique, Khartoum cherche à attirer des investissements étrangers et à sécuriser des sources d’énergie, notamment en raison des crises économiques que traverse le pays.

Il ajoute : « Sur le plan politique, le rapprochement avec des puissances régionales comme l’Iran et la Turquie pourrait aider le Soudan à alléger les pressions internationales et régionales auxquelles il fait face. »

Cependant, il souligne que ces gains potentiels ne sont pas sans risques. Le rapprochement avec l’Iran pourrait exposer le Soudan à des pressions internationales, en particulier de la part des États-Unis et de leurs alliés dans la région, tandis que la dépendance vis-à-vis de la Turquie pourrait placer le Soudan dans une position délicate en cas de montée des tensions entre Ankara et d’autres pays arabes.

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