Moyen-Orient

L’armée israélienne pourrait perdre sa bataille contre elle-même !


Des avertissements, dont certains émanent du chef d’état-major, alertent sur le risque d’un effondrement interne de l’institution militaire israélienne en raison d’un déficit aigu pouvant atteindre 15 000 soldats, d’une usure sans précédent des forces de réserve sur plusieurs fronts, d’une « mutinerie silencieuse » et d’une aggravation des divisions politiques autour de la conscription des « haredim ».

Au rythme d’une guerre aux développements rapides et aux fronts multiples, l’armée israélienne semble mener une autre bataille que celle qu’elle s’est imposée face à l’Iran et à ses alliés dans la région, une bataille qui menace l’effondrement de « l’armée invincible » d’elle-même, si des réformes urgentes ne sont pas adoptées pour traiter la pénurie de soldats et les crises internes accumulées.

Alors qu’Israël poursuit une guerre prolongée sur plusieurs fronts, notamment contre l’Iran, au Liban, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et en Syrie, le chef d’état-major général, le général Eyal Zamir, a déclaré lors d’un briefing à huis clos devant le cabinet de sécurité que l’armée « a hissé 10 signaux rouges et pourrait s’effondrer sur elle-même » sous la pression continue des combats, selon le Times of Israel.

Il a ajouté que le système des réservistes, qui constitue l’épine dorsale des forces armées depuis leur création, fait face à une fatigue sans précédent et que la capacité de l’armée à accomplir ses missions courantes pourrait diminuer sensiblement sans intervention législative.

Épuisement des réservistes et manque d’effectifs

Des chiffres relayés par des médias hébraïques et internationaux reflètent la profondeur de la crise. Des rapports du Times of Israel et de « Politics Today » font état d’un déficit estimé entre 12 000 et 15 000 soldats, dont environ 8 000 dans des unités combattantes essentielles.

Le quotidien britannique The Times a indiqué que plus de 150 000 réservistes servent actuellement dans des missions de combat ou de soutien logistique sur plusieurs fronts simultanément.

Des analystes cités par des rapports internationaux ont souligné que de nombreux réservistes ont servi plus de cinq ou six rotations depuis la fin de l’année 2023, ce qui a entraîné des niveaux élevés d’épuisement physique et psychologique, ainsi qu’une baisse de la préparation opérationnelle chez beaucoup d’entre eux.

Indicateurs d’une « mutinerie silencieuse »

La crise ne se limite pas aux chiffres. Des rapports locaux en hébreu signalent une baisse de la réactivité aux convocations au sein des forces de réserve, avec des cas de refus ou de report non déclarés de rejoindre le service. Des analystes militaires du Times of Israel et du Jerusalem Post ont qualifié ce phénomène de « mutinerie silencieuse », résultant de l’épuisement prolongé et des charges sociales et économiques liées à la prolongation de la guerre.

La crise des effectifs est liée au dossier politiquement sensible de la conscription en Israël, en particulier en ce qui concerne l’exemption de milliers de jeunes juifs ultra-orthodoxes (haredim) du service militaire. Malgré des décisions antérieures de la Cour suprême demandant la réduction des exemptions, Yedioth Ahronoth a rapporté que le gouvernement n’a pas adopté de législation majeure à ce sujet, ce qui a provoqué des tensions au sein de la coalition.

Lors d’un briefing relayé par la chaîne israélienne Channel 12, le chef d’état-major a appelé à l’adoption de lois visant à élargir la conscription et à prolonger la durée du service obligatoire afin de réduire la pression sur les réservistes, face à l’opposition de partis religieux au sein de la coalition au pouvoir.

Ces avertissements interviennent alors que l’armée israélienne opère simultanément sur plusieurs fronts, notamment des opérations dans la bande de Gaza, une confrontation avec le Hezbollah à la frontière nord avec le Liban, des campagnes en Cisjordanie, des échanges de frappes en Syrie et des confrontations indirectes avec l’Iran, selon des rapports du Times of Israel et du journal français Le Monde.

Des analystes militaires cités par le Times of Israel estiment que cette double pression sur les ressources humaines et matérielles aggrave la crise d’usure que connaît l’institution militaire et rend difficile le maintien des capacités de combat de base à long terme.

Division politique et érosion du modèle de « l’armée du peuple »

Sur le plan politique interne, l’avertissement du chef d’état-major a suscité un vaste débat entre partisans et opposants du gouvernement.

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a critiqué le gouvernement, selon Israel National News, estimant que l’armée « se rapproche du point d’effondrement » en raison du manque de soldats et de l’absence de planification stratégique. Certains membres de la coalition ont, quant à eux, accusé la direction militaire de nuire à l’effort de guerre en soulevant la question des effectifs en temps de guerre, selon des rapports du journal Haaretz.

Des observateurs estiment que la crise actuelle menace l’un des piliers historiques de la doctrine militaire israélienne, connu sous le nom d’« armée du peuple », fondé sur une mobilisation massive et le recours aux réservistes en temps de guerre.

Le site Walla a indiqué que la baisse du taux de réponse aux convocations redéfinit la relation entre l’institution militaire et la société civile.

Cette crise s’entrecroise avec les négociations en cours sur le budget de la défense pour 2026, l’opposition conditionnant son soutien à des réformes du système de conscription, tandis que le gouvernement pousse vers une augmentation des dépenses militaires et un allongement de la durée du service obligatoire pour certaines catégories afin d’alléger la pression sur le système des réservistes, selon des rapports de Yedioth Ahronoth.

À l’étranger, des analyses médiatiques telles que celles de « LiveMint » et « Newsbook » considèrent que les défis actuels représentent une crise existentielle susceptible de contraindre Israël à réévaluer son système de conscription et ses politiques de mobilisation s’il souhaite conserver sa capacité à gérer des conflits de longue durée.

Avec la poursuite de la guerre et l’aggravation des pressions sur les forces, des analystes et responsables locaux et internationaux ont averti que l’absence de consensus politique interne pour traiter la pénurie d’effectifs entraînera une érosion progressive de l’efficacité de l’armée israélienne et de sa capacité à faire face aux conflits futurs.

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