La Syrie maintient sa neutralité dans la guerre contre l’Iran
Deux experts estiment que les renforts militaires déployés par l’armée syrienne à la frontière avec le Liban sont nécessaires, considérant qu’il s’agit d’une mesure préventive visant à empêcher la contrebande d’armes et à faire face aux répercussions des tensions régionales.
L’engagement de Damas à adopter une position de neutralité face à la guerre qui se déroule dans la région entre Israël et les États-Unis d’une part et l’Iran d’autre part constitue une position positive, selon deux experts syriens.
Les deux spécialistes estiment que la Syrie cherche à éviter toute implication dans ce conflit, considérant que les renforts militaires déployés par l’armée syrienne à la frontière avec le Liban sont nécessaires en tant que mesure de précaution pour empêcher la contrebande d’armes et gérer les conséquences des tensions régionales.
Cette situation intervient alors que la région connaît une escalade des tensions à la suite de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran et de la riposte militaire de Téhéran.
Depuis le 28 février dernier, Israël et les États-Unis mènent des attaques contre l’Iran qui ont causé la mort de centaines de personnes, parmi lesquelles le guide suprême Ali Khamenei ainsi que des responsables sécuritaires. En réponse, Téhéran lance des missiles et des drones en direction d’Israël.
L’Iran cible également, par des missiles et des drones, ce qu’il qualifie d’intérêts américains dans plusieurs pays du Golfe ainsi qu’en Jordanie et en Irak. Certaines de ces attaques ont toutefois provoqué des morts et des blessés et causé des dommages à des infrastructures civiles, ce qui a été condamné par les pays arabes visés, qui ont appelé à leur cessation.
Vendredi, le président syrien Ahmad al-Shar’ a précisé lors d’un appel téléphonique avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam que la présence militaire syrienne à la frontière entre les deux pays vise à préserver la sécurité intérieure, selon un communiqué du gouvernement libanais.
Au début de la semaine dernière, des unités de l’armée syrienne ont été déployées le long des frontières avec le Liban et l’Irak dans le cadre de mesures préventives coïncidant avec les tensions régionales, selon l’agence de presse officielle syrienne Sana.
Commentant cette situation, l’écrivain syrien Ali Eid explique qu’il existe deux sources d’inquiétude dans le contexte de la guerre actuelle. La première concerne la contrebande d’armes, en raison de la présence de groupes affiliés au Hezbollah et aux Gardiens de la révolution à proximité de la frontière avec le Liban, ainsi que de restes des forces de l’ancien régime.
Il ajoute que les opérations de contrebande d’armes à travers la frontière libanaise existent historiquement, et qu’il existe aujourd’hui une crainte qu’elles se reproduisent dans les deux sens, et non dans un seul, en raison de tentatives visant à provoquer le chaos sur la scène syrienne.
Selon Eid, la situation interne au Liban laisse présager des troubles après la décision du gouvernement de désarmer le Hezbollah, ce qui pourrait constituer un lourd fardeau pour la Syrie, étant donné que les événements survenant au Liban ont historiquement des répercussions directes sur la Syrie en raison de l’interconnexion géographique entre les deux pays.
Cette interconnexion impose, selon lui, la nécessité pour le gouvernement syrien de faire preuve de prudence afin d’éviter toute implication dans la situation intérieure libanaise.
Concernant la guerre israélo-américaine contre l’Iran, l’écrivain syrien affirme qu’il existe une inquiétude constante quant à la politique de Tel-Aviv à l’égard de la Syrie, en raison de ses ambitions dans le sud du pays, malgré plusieurs cycles de négociations entre les deux parties au cours des derniers mois à Londres et à Paris.
Il estime également qu’Israël adopte une attitude hostile à l’égard de la Syrie et que, si Tel-Aviv atteint ses objectifs en Iran, elle pourrait se tourner vers ses voisins, portée par un sentiment de supériorité et de victoire, afin de mettre en œuvre ses projets.
Quant à l’Iran, l’écrivain considère qu’il n’est pas clair si Téhéran déplacera la nature de ses cibles, passant des bases américaines vers des infrastructures civiles afin d’exercer une pression plus forte sur ses adversaires, d’autant plus que l’Iran considère Damas comme un adversaire.
Concernant la position de son pays, Eid affirme que la Syrie tente d’éviter toute implication dans cette guerre et cherche à rester fidèle à sa stratégie axée sur l’économie et le développement.
Il avertit également que si la guerre se prolonge, elle pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie syrienne, en perturbant les plans visant à attirer des investissements et en ralentissant les programmes de redressement économique.
Il souligne que le principal atout dont dispose aujourd’hui Damas est le facteur humain, car la Syrie ne possède pas d’aviation militaire puissante ni d’armes stratégiques susceptibles d’influencer les évolutions du conflit.
Il insiste également sur le fait que l’orientation officielle se concentre sur la gestion de la situation intérieure, le contrôle des frontières, la promotion du développement dans la mesure du possible et la réparation des dommages subis par les champs pétroliers, estimant que l’équation actuelle est davantage interne qu’externe.
De son côté, l’analyste politique Aws Abu Atta estime que les renforts militaires syriens à la frontière libanaise sont tout à fait naturels pour deux raisons. La première est la volonté apparente de l’Iran d’élargir le conflit après que ses frappes ont touché onze pays de la région, dont les six États du Golfe, la Jordanie, l’Irak, l’Azerbaïdjan, la Turquie et Chypre.
Selon Abu Atta, journaliste palestinien résidant dans la ville de Deraa au sud de la Syrie, la seconde raison réside dans les relations tendues entre le gouvernement syrien et le Hezbollah, ce dernier ayant soutenu l’ancien régime syrien.
Il indique que le Hezbollah pourrait tenter de lancer des drones et des missiles vers Israël depuis le sud de la Syrie, ce qui entraînerait une riposte israélienne contre les zones de tir et pourrait ensuite conduire à accuser le gouvernement syrien de la situation chaotique qui pourrait s’ensuivre dans le sud du pays.
Concernant les répercussions de la guerre en cours dans la région, Abu Atta souligne qu’elle a déjà des conséquences en Syrie, notamment avec la chute de missiles dans le sud du pays, ce qui a conduit à la suspension temporaire des cours dans les provinces de Deraa, Quneitra et Soueïda.
Il ajoute que les écoles sont suspendues depuis maintenant deux semaines en raison de la chute de missiles interceptés. Plusieurs incidents ont été signalés dans les zones rurales orientales et occidentales de la province de Deraa, causant des dégâts matériels.
Concernant la position du gouvernement syrien, l’analyste politique affirme que Damas maintient une position de neutralité, ce qu’il considère comme positif, car le pays cherche à éviter d’être entraîné dans ce conflit et tente de contribuer à en limiter la durée par le biais de contacts diplomatiques intensifs.
Il estime également que la position de la Syrie, solidaire des pays du Golfe, de la Jordanie, de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, est appropriée, considérant que les attaques iraniennes contre ces États ne sont pas justifiées.
Selon lui, cette position reflète la profondeur des relations entre Damas et les pays arabes et régionaux ainsi que le retour progressif de la Syrie à sa place naturelle parmi ses partenaires.
Samedi, la Défense civile syrienne a signalé des dégâts matériels dans la ville de Jassem et dans la localité d’Al-Tayba, dans la campagne de la province de Deraa, au sud du pays, à la suite de la chute de drones iraniens.
La Défense civile n’a pas précisé si ces drones étaient tombés après avoir été interceptés ou s’ils s’étaient écrasés d’eux-mêmes, mais plusieurs régions du sud de la Syrie ont connu des incidents similaires ces derniers jours en raison de la guerre israélo-américaine contre l’Iran et de la riposte militaire de Téhéran.
