Politique

La relation entre le Polisario et les Gardiens de la révolution iranienne sous la loupe américaine


Un sénateur américain met en garde contre les efforts de l’Iran visant à reproduire le « modèle houthi » en Afrique du Nord à travers le Front Polisario.

Les avertissements concernant l’infiltration iranienne dans la région du Sahel et du Sahara ne relèvent plus de simples fuites de renseignements. Ils sont désormais devenus un dossier débattu ouvertement dans les couloirs du Sénat américain (Congrès), où d’influences élites politiques, menées par le sénateur républicain Ted Cruz, défendent une vision stratégique alertant sur les tentatives de Téhéran de transposer le « modèle houthi » en Afrique du Nord via le Front Polisario, dans le but de créer un foyer de tension permanent menaçant à la fois les intérêts occidentaux et marocains.

Lors d’une audition au Congrès, le sénateur Ted Cruz a adressé des questions clés à Robert Palladino, chef du Bureau des affaires du Proche-Orient au département d’État américain, portant sur le rôle déstabilisateur joué par le Front.

Des rapports font état de l’implication du Corps des Gardiens de la révolution islamique dans la fourniture de drones au mouvement séparatiste, ainsi que de la participation de certains de ses éléments au transfert d’armes et de ressources à travers les couloirs désertiques au profit de groupes djihadistes, faisant du Polisario un maillon de la chaîne du terrorisme transfrontalier.

Selon des informations présentées par le sénateur américain, des cadres du Hezbollah libanais auraient supervisé sur le terrain l’entraînement de combattants du Polisario dans les camps de Tindouf, notamment aux techniques de creusement de tunnels et de manœuvres militaires.

La décision du Maroc de rompre ses relations avec l’Iran en 2018 ne relevait pas d’un simple geste diplomatique, mais constituait une mesure préventive fondée sur des preuves tangibles. Rabat avait alors mis au jour une coordination directe entre l’ambassade iranienne en Algérie et des responsables du Hezbollah en vue de livrer des cargaisons d’armes (missiles SAM-9 et SAM-11) au Polisario.

Les inquiétudes marocaines ne se limitent pas à la dimension militaire, mais s’étendent aux tentatives iraniennes de diffuser le « chiisme politique » en Afrique de l’Ouest et dans les camps de Tindouf, perçu comme un outil de déstabilisation du rite malékite, pilier de l’équilibre spirituel et religieux de la région.

Des membres du Congrès plaident activement pour l’inscription du Front Polisario sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères (FTO). Une telle évolution, si elle se concrétise, bouleverserait profondément les équilibres, en entraînant le gel de tous les avoirs financiers, la poursuite internationale de ses dirigeants et l’isolement total du mouvement.

L’Algérie se retrouverait alors sous une pression considérable, le maintien de son soutien à une « organisation classée terroriste » pouvant l’exposer à des sanctions indirectes en vertu des lois américaines relatives à la lutte contre le terrorisme.

Washington devrait, dans ce contexte, chercher à assécher les sources de soutien extérieur du Front sous l’angle de la « sécurité mondiale », ce qui conférerait un élan international accru à la proposition marocaine d’autonomie sous souveraineté du Royaume, présentée comme la seule solution capable de garantir la stabilité régionale.

L’association du Polisario à l’agenda iranien offre à Washington un « fondement juridique » pour redéfinir la nature du conflit, qui ne serait plus perçu comme un simple différend artificiel, mais comme une confrontation avec un « acteur régional par procuration » facilitant l’implantation des Gardiens de la révolution au cœur de l’Afrique.

La perspective de transformer le Polisario en une version des « Houthis » est considérée comme une ligne rouge susceptible de pousser les grandes puissances à trancher définitivement le dossier en faveur de la souveraineté marocaine, afin d’éviter une explosion sécuritaire incontrôlable dans la région du Sahel.

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