Iran

La mort de Khamenei : là où réside la véritable puissance dans le monde


Moscou et Pékin se retrouvent reléguées en marge, impuissantes, tandis que Donald Trump exhibe la puissance militaire américaine au Moyen-Orient.

Les missiles guidés avec précision qui ont frappé le centre de Téhéran au début de l’opération « Colère épique » ne se sont pas contentés de tuer le Guide iranien Ali Khamenei et de bouleverser un demi-siècle d’histoire iranienne ; ils ont également confirmé une réalité fondamentale : où se situe la véritable puissance dans le monde.

Ces dernières années, de nombreux écrits ont évoqué le « monde multipolaire », concept selon lequel les puissances émergentes auraient récupéré une part de l’hégémonie exercée unilatéralement par les États-Unis après la guerre froide.

Ces arguments ne sont pas dénués de pertinence : la puissance industrielle considérable de la Chine et sa domination des chaînes d’approvisionnement en ressources stratégiques constituent un défi à l’hégémonie économique de Washington. De même, l’ascension de puissances moyennes a empêché les États-Unis de disposer d’une influence absolue dans toutes les régions du monde.

Cependant, lorsqu’il s’agit de puissance militaire, les États-Unis demeurent dominants — un point que le président américain Donald Trump s’emploie à souligner depuis son retour à la Maison-Blanche l’an dernier, selon le quotidien britannique The Telegraph.

Il ne fait guère de doute que Trump figure parmi les présidents américains les plus enclins à recourir ouvertement à la force militaire. En l’espace de deux mois seulement, il aurait contribué à la chute de deux dirigeants sur deux continents différents : Nicolás Maduro au Venezuela et Ali Khamenei en Iran.

Depuis près de deux décennies, la Chine et la Russie s’efforcent de bâtir une alliance mondiale destinée à contrer l’hégémonie américaine. Avec l’anéantissement de ces ambitions par Trump, Moscou et Pékin se retrouvent incapables d’agir autrement qu’en spectateurs, tandis que leurs alliés régionaux sont marginalisés.

À la suite de la mort de Khamenei, le président russe Vladimir Poutine a présenté ses « sincères condoléances » et condamné ce qu’il a qualifié de « meurtre odieux violant toutes les normes de la morale humaine et du droit international ».

Selon The Telegraph, les dirigeants dépendant du soutien de Moscou ne manqueront pas de constater que lorsque les missiles tombent, la Russie ne peut offrir guère plus que des paroles de compassion.

Pour Trump, l’heure serait désormais à la satisfaction d’une victoire qui a surpris ses détracteurs et bouleversé les équilibres.

Bien que la mort de Khamenei ne marque pas la fin du conflit, les premières phases de cette guerre auraient déjà accompli ce que beaucoup considéraient comme impossible.

Des experts estiment que les dirigeants iraniens étaient conscients des risques liés à tout rassemblement en un même lieu, après qu’Israël eut tué au moins vingt hauts responsables et un scientifique nucléaire lors de la guerre des douze jours en juin dernier, ou après l’élimination du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah et de son entourage au Liban en 2024.

Des sources informées indiquent que les dispositifs de sécurité entourant Khamenei et son cercle rapproché reposaient sur des déplacements à travers un réseau de maisons sécurisées, l’abandon de tout moyen de communication traçable, ainsi que des opérations de purge et d’exécutions visant à colmater les brèches exploitées par les services de renseignement américains et israéliens.

Toute tentative de localiser et de tuer Khamenei aurait dû, en théorie, nécessiter une campagne longue et risquée, à l’image de la Libye en 2011, où il fallut sept mois de bombardements de l’OTAN pour retrouver et tuer Mouammar Kadhafi.

Deux facteurs expliqueraient toutefois la différence entre le succès américain à Téhéran et l’expérience libyenne. Le premier tient au fait que l’ancien président Barack Obama avait opté pour une « direction par l’arrière », laissant le Royaume-Uni et la France conduire les frappes aériennes, avant de constater leur insuffisance en puissance de feu pour contraindre rapidement Kadhafi à capituler.

À l’inverse, Trump ne privilégie guère les coalitions, hormis son partenariat avec Israël. Comme à son habitude, il n’aurait ni consulté ni informé ses alliés européens avant le déclenchement des frappes.

Le second facteur réside dans le renseignement. Les capacités américaines seraient aujourd’hui bien plus avancées qu’en 2011. Outre le renseignement humain, Washington recourt désormais au piratage informatique, à l’intelligence artificielle et à des drones de longue endurance évoluant à haute altitude, capables d’identifier un individu par sa démarche, sa voix ou son empreinte électronique, avant le lancement de missiles dits « ninja », dont les lames d’acier déployables lacèrent leur cible.

Néanmoins, l’histoire — en particulier au Moyen-Orient — met en garde contre tout excès d’assurance. Après la prise de Bagdad par les forces américaines en seulement vingt-et-un jours en 2003, l’ancien président George W. Bush avait prononcé un discours historique à bord d’un porte-avions sous une bannière proclamant « Mission accomplie ».

Pourtant, des centaines de milliers de civils ont péri dans les années suivantes, alors que l’Irak sombrait dans le chaos. Trump ne pourra donc revendiquer une victoire définitive que si l’Iran ne suit pas la même trajectoire.

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