La guerre contre l’Iran déterminera l’avenir de la Cisjordanie
Le gouvernement israélien pourrait exploiter tout renforcement de sa supériorité militaire pour étendre l’ampleur de son contrôle, y compris en relançant des projets d’annexion de nouveaux territoires.
Alors que les opérations militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran s’intensifient, les experts s’interrogent sur les répercussions potentielles de cette guerre sur les territoires palestiniens, en particulier la Cisjordanie, qui pourrait connaître des transformations stratégiques en fonction de l’évolution de la confrontation régionale. Le conflit ouvert opposant Tel-Aviv et Washington d’un côté à Téhéran de l’autre ne constitue pas seulement un affrontement éloigné de la scène palestinienne, mais pourrait également influencer les politiques israéliennes futures dans cette région.
Le politologue palestinien Ahmed Aboulheija affirme que les résultats de cette guerre pourraient redessiner la carte stratégique de la région. Selon lui, tout changement significatif dans l’équilibre des forces au niveau régional se répercuterait directement sur la nature des politiques israéliennes à l’égard de la Cisjordanie. Aboulheija estime que le gouvernement israélien pourrait exploiter tout renforcement de sa supériorité militaire et diplomatique pour étendre l’étendue de son contrôle, notamment en relançant des projets d’annexion de nouvelles terres ou en consolidant son influence dans des zones sensibles.
Ces analyses interviennent dans un contexte marqué par une série d’attaques intensives contre l’Iran, comprenant des frappes aériennes américaines et israéliennes auxquelles Téhéran a répondu par des missiles et des drones visant des cibles en Israël ainsi que des bases américaines dans la région. Dans ce contexte, la question se pose de savoir si Tel-Aviv s’appuiera sur les résultats militaires pour mettre en œuvre sa vision régionale en Cisjordanie, d’autant plus que la population palestinienne y fait face à une réalité démographique complexe, composée d’environ trois millions de Palestiniens et de plus de sept cent mille colons israéliens répartis dans de nombreuses colonies et avant-postes.
L’expert palestinien ajoute que toute initiative israélienne visant à renforcer la supériorité stratégique pourrait se traduire par des mesures concrètes sur le terrain, telles que l’intensification de la colonisation ou la mise en œuvre de projets visant à annexer de vastes zones de manière informelle, en s’appuyant sur des instruments juridiques et administratifs destinés à consolider le contrôle sur les terres palestiniennes. Il souligne que le gouvernement israélien a récemment adopté des mécanismes juridiques permettant de transformer des terres situées dans la zone classée « C » en propriétés de l’État, une décision considérée comme l’une des initiatives les plus sensibles depuis 1967, cette zone couvrant environ 61 % de la superficie de la Cisjordanie.
Selon Aboulheija, ces mesures s’inscrivent dans une politique israélienne plus large visant à instaurer progressivement une réalité d’annexion graduelle. Celle-ci inclut notamment la restructuration de l’administration locale conformément aux priorités sécuritaires et politiques israéliennes, ainsi que l’intégration progressive de l’économie palestinienne dans l’économie israélienne. Un tel processus réduit la capacité des Palestiniens à développer une structure économique indépendante et renforce leur dépendance vis-à-vis du contrôle israélien.
D’après l’analyste, la stratégie israélienne comprend également une politique de « déplacement lent », reposant sur une série de mesures progressives telles que des restrictions sur la construction, la confiscation de terres et l’expansion des colonies, accompagnées d’un renforcement des mesures de sécurité. Ces politiques visent à pousser indirectement les Palestiniens à quitter certaines zones, sans recourir à des expulsions collectives directes. Il note que ces démarches se sont accélérées dans certaines régions, malgré le fait que l’attention régionale et internationale soit largement focalisée sur d’autres conflits, notamment la guerre à Gaza et la confrontation avec l’Iran.
Les récentes mesures israéliennes comprennent également un durcissement des restrictions à Jérusalem, notamment l’imposition de limitations à l’accès à la mosquée Al-Aqsa et l’interdiction d’organiser les prières de tarawih pendant le mois de Ramadan, ainsi que des restrictions accrues visant les activités des institutions civiles dans la ville. Ces actions s’inscrivent dans une tentative de remodeler l’espace public conformément aux politiques israéliennes de long terme.
Dans ce contexte, l’expert palestinien estime que l’avenir de la Cisjordanie est étroitement lié aux résultats de la guerre régionale. Si Israël parvient à renforcer sa position stratégique, cela pourrait l’encourager à annoncer l’annexion officielle de certaines parties de la Cisjordanie et à accélérer l’expansion des colonies ainsi que les processus de déplacement de population. En revanche, si l’équilibre régional demeure relativement stable, la situation actuelle pourrait se maintenir, avec une intensification progressive des tensions et des violences sans modification majeure du statut juridique et politique.
Bien que l’impact direct de la guerre sur Gaza soit considéré comme moins important que sur la Cisjordanie, la poursuite du conflit ou sa transformation en guerre d’usure pourrait également redéfinir les dynamiques dans ce territoire. Cela met en évidence l’ampleur de l’interconnexion entre les différents dossiers du conflit dans la région. Le lien étroit entre la confrontation avec l’Iran et les évolutions sur la scène palestinienne fait de la Cisjordanie un espace déterminant où les résultats du conflit régional pourraient se manifester de manière directe, que ce soit par l’accélération des projets d’annexion ou par la gestion du conflit à une intensité plus faible en attendant un changement dans les rapports de force.
Le rapport conclut que la Cisjordanie restera un reflet des effets de la guerre régionale. Chaque évolution militaire ou politique en Iran ou dans la confrontation israélo-américaine pourrait avoir des répercussions sur la population palestinienne et sur les politiques israéliennes, ce qui rend le suivi de l’évolution du conflit essentiel pour comprendre l’avenir du contrôle et de l’expansion en Cisjordanie.
