Moyen-Orient

Kalachnikov au lieu d’un stylo : Les étudiants des universités du Yémen, carburant des fronts Houthis


Le 6 février dernier, la province de Taëz, au Yémen, s’est réveillée sur une nouvelle choquante après qu’un groupe d’étudiants a essuyé un déluge de tirs dans un camp d’entraînement des Houthis.

L’incident, survenu à Al-Hawban, à l’est de Taëz, a coûté la vie à au moins deux étudiants et blessé plusieurs autres à des degrés divers. Ces jeunes avaient été contraints par la milice houthie de suivre des formations militaires dans le cadre de son programme de militarisation des universités, ciblant ainsi 1 500 étudiants des branches des universités Al-Hikma et Sciences et Technologie.

D’après une source militaire, les Houthis ont gardé l’événement sous un secret absolu. Le massacre a eu lieu lors d’un exercice avec des munitions réelles, après que le groupe a imposé une formation armée aux étudiants universitaires.

Depuis décembre 2024, les Houthis mènent une vaste campagne de mobilisation dans les zones sous leur contrôle, forçant les étudiants à intégrer des formations militaires. Cette campagne s’inscrit dans l’état d’alerte que le groupe justifie par un prétendu « préparation à l’affrontement avec Israël et ses agents à l’intérieur du pays », selon ses déclarations.

Une milice inspirée du Basij iranien

Une enquête menée sur les comptes des universités, instituts et écoles situés en territoire houthi révèle que la milice est en train de bâtir une force similaire au Basij iranien, en enrôlant des étudiants universitaires.

Les Houthis ont confié cette mission au « Forum des étudiants », un organe sécuritaire actif au sein des universités, ainsi qu’aux responsables de la mobilisation dans les districts et provinces, et aux cadres éducatifs chargés d’obliger les étudiants à suivre ces formations militaires de force.

Des milliers d’étudiants issus de dix universités publiques sous contrôle houthi, notamment celles de Sanaa, Ibb, Dhamar et Hodeïda, ainsi que d’institutions privées et d’instituts comme le « Institut Ma’bar pour les sciences de la santé » à Dhamar, ont été enrôlés de force.

À Sanaa, la campagne de mobilisation est dirigée par Abdelkader Al-Gharbani, haut responsable du « Forum des étudiants dans les universités publiques et privées », qui pousse les jeunes à suivre ces formations sous le nom de « Session du Déluge d’Al-Aqsa ».

La milice houthie a reconnu avoir imposé des formations militaires à 6 714 étudiants, y compris à l’Université de Sanaa, la plus grande université publique du pays.

La province de Hodeïda arrive en deuxième position en termes de recrutement forcé, les Houthis imposant également ces entraînements aux lycéens et élèves d’instituts, notamment ceux de l’Institut Al-Amal pour les sciences médicales à Bajil, l’Université de Hodeïda et l’Université des sciences et technologies.

À l’Université de Hajjah, les Houthis ont forcé tous les étudiants à porter l’uniforme militaire et à effectuer une parade militaire, dirigée par le président de l’université, Mohammed Al-Khaled, un fidèle du groupe. Ils ont ensuite été entraînés aux tactiques de combat, d’attaque et de défense.

Dans la province d’Ibb, les Houthis ont imposé ces formations à 1 200 étudiants de l’Université des sciences et technologies et menacé de licencier des enseignants refusant d’inciter les étudiants à rejoindre la milice.

La milice a même lié l’obtention des notes de contrôle continu à la participation obligatoire aux entraînements militaires quotidiens dès 8h du matin, pour tous les niveaux et toutes les spécialités, selon une circulaire.

Une éducation militarisée

Le porte-parole militaire de Taëz, le colonel Abdelbasset Al-Bahr, affirme que cette mobilisation vise à transformer les étudiants en chair à canon pour les guerres de la milice.

Selon lui, « face à une grave pénurie de combattants, la milice exploite les étudiants d’universités et d’écoles pour renforcer ses fronts de guerre », en leur imposant des formations militaires et idéologiques obligatoires avant de les envoyer au combat.

L’officier militaire rappelle que les agissements des Houthis, qui mélangent éducation et militarisation forcée, contreviennent aux principes humanitaires et aux lois internationales, qui interdisent toute activité militaire au sein des institutions éducatives.

Il souligne que cette mobilisation forcée constitue un crime de plus dans la longue liste des exactions commises par les Houthis contre l’éducation, un secteur qu’ils ont saccagé et détourné à des fins militaires, exploitant la précarité des étudiants et la misère de leurs familles.

De son côté, Jabr Al-Falahi, un activiste yéménite sur les réseaux sociaux, qualifie cette militarisation des écoles et universités de « violation flagrante de la liberté de l’éducation ».

Il estime que la mobilisation générale imposée par les Houthis est en réalité une formation militaire sectaire visant à enrôler de force les jeunes et à transformer les universités en camps d’entraînement.

L’activiste appelle les organisations internationales et locales à documenter ces crimes, afin que les dirigeants houthis ne restent pas impunis et que les étudiants soient protégés de cette radicalisation forcée.

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