Jordanie 2025 : l’année des coups décisifs portés aux Frères musulmans
L’année 2025 n’a pas été une année ordinaire en Jordanie. Elle s’est imposée comme un tournant majeur dans le long affrontement entre l’État et une organisation habituée à évoluer dans l’ombre, à tisser des réseaux et à tenter de s’étendre au gré des turbulences régionales.
L’année 2025 a marqué un moment de révélation majeure, au cours duquel de nombreux masques sont tombés. La réalité de l’organisation des Frères musulmans est apparue au grand jour, alors qu’elle subissait une série de coups décisifs qui ont ébranlé sa structure interne, mis en lumière l’ampleur de son infiltration et révélé ses tentatives répétées d’exploiter les crises régionales pour se repositionner au sein de la société jordanienne.
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Au fil des mois, l’État jordanien est apparu plus ferme dans sa gestion de ce dossier, dans une phase politique sensible marquée par le recul des projets de l’islam politique aux niveaux arabe, régional et international, notamment après la décision du président américain Donald Trump d’examiner l’inscription de plusieurs branches des Frères musulmans, dont la branche jordanienne, sur les listes d’interdiction.
Dans ce contexte, la Jordanie a suivi une trajectoire claire : démanteler les instruments de l’organisation, dévoiler ses sources de financement, tarir ses leviers d’influence, consolider la stabilité de l’État et réajuster l’espace public face aux infiltrations exploitées par le mouvement pendant des années.
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Un coup sécuritaire décisif
La révélation d’une cellule de missiles à la mi-avril 2025 a constitué le tournant le plus dangereux, et sans doute le plus déterminant, dans la relation entre l’État et l’organisation. Les services de sécurité ont démantelé une cellule composée de 16 individus, parmi lesquels figuraient des membres ayant acquis à l’étranger des compétences opérationnelles dans la fabrication d’explosifs et le pilotage de drones.
Les enquêtes ont montré que les membres de la cellule avaient stocké plus de 300 missiles de courte portée, dont certains étaient prêts à l’emploi, ainsi que des équipements technologiques avancés pour le contrôle de drones et des cartes détaillées de sites civils et sécuritaires susceptibles d’être ciblés.
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La révélation la plus choquante résidait dans les aveux filmés des membres de la cellule, qui ont confirmé leur appartenance à une structure organisationnelle directement liée aux Frères musulmans, et que les opérations projetées ne relevaient pas d’initiatives individuelles, mais s’inscrivaient dans des activités coordonnées au sein de structures secrètes opérant en dehors des cadres officiels.
Cet épisode a mis en évidence l’ampleur des dérives dissimulées pendant des années sous les couvertures de l’action religieuse et politique, tout en révélant un réseau complexe de connexions à l’intérieur et à l’extérieur du royaume.
À partir de ce moment, la question des Frères musulmans a cessé d’être un simple dossier politique pour devenir un enjeu sécuritaire majeur, impliquant des activités illégales et une planification concrète du recours à la violence, dépassant largement les lignes rouges fixées par l’État au fil des décennies.
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L’interdiction totale
Moins d’une semaine après le démantèlement de la cellule, les autorités se sont engagées dans une course contre la montre pour dissoudre ce qu’il restait de la structure légale et organisationnelle du mouvement.
Le 23 avril 2025, une décision officielle sans précédent depuis la création des Frères musulmans en Jordanie a été prise, prononçant l’interdiction définitive de l’organisation.
Cette décision a entraîné la fermeture de tous les sièges, l’annulation de son enregistrement légal, la confiscation de ses biens et actifs, le gel de ses comptes
bancaires et l’interdiction d’utiliser le nom du mouvement dans toute activité politique ou sociale.
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Cette mesure a marqué la fin officielle d’une ère entière de la présence des Frères musulmans en Jordanie.
L’organisation, habituée à évoluer à la limite de la légalité et à s’appuyer sur des façades institutionnelles telles que des associations caritatives et des centres culturels, s’est soudainement retrouvée privée de tous ses instruments légaux, sans marge de manœuvre ni capacité de contournement.
Avec la fermeture des sièges, les membres du mouvement ont été confrontés à une nouvelle réalité : une structure sans locaux, sans ressources financières, sans couverture légale et sans ancrage social.
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Démantèlement du bras financier et tarissement des sources de financement
Le dossier financier des Frères musulmans s’est révélé être l’un des plus complexes en 2025. Les opérations d’audit et de contrôle lancées en mai et poursuivies pendant plusieurs mois ont mis en lumière de nombreuses irrégularités liées aux transferts de fonds et à leur circulation via des façades caritatives et éducatives.
Des dizaines de comptes bancaires ont été gelés, certains liés à des figures dirigeantes, d’autres à des associations servant de couvertures aux activités organisationnelles. Des biens immobiliers utilisés comme canaux de financement d’activités non déclarées ont également été saisis.
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Parallèlement, les enquêtes ont révélé des tentatives de transfert clandestin de documents et d’ordinateurs depuis certains locaux perquisitionnés, contenant des archives financières et organisationnelles liées à des connexions extérieures.
Ces éléments ont mis en évidence le degré d’imbrication entre la branche jordanienne et l’organisation internationale, ainsi que l’ampleur des flux financiers entrant et sortant du pays en dehors des cadres officiels.
Avec l’assèchement des ressources financières, l’organisation a perdu le pilier central qui lui avait permis de perdurer pendant des décennies. Le réseau financier, qui reposait sur des écoles, des associations et des centres éducatifs, s’est effondré en un laps de temps très court.
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Effondrement des réseaux sociaux et syndicaux
La présence sociale des Frères musulmans constituait l’une de leurs principales sources de puissance, notamment dans les universités, les syndicats professionnels, les associations caritatives et les institutions éducatives. L’année 2025 a toutefois marqué un effondrement rapide et sans précédent de cette influence.
Les autorités ont réorganisé le cadre de la prédication et de l’enseignement religieux dans les mosquées par de nouvelles mesures réglementaires, tout en restructurant les activités des syndicats professionnels qui connaissaient une forte présence d’éléments affiliés au mouvement.
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Ces mesures ont coïncidé avec la suspension de nombreuses activités étudiantes auparavant utilisées comme outils de recrutement ou d’influence politique au sein des universités.
En l’absence d’une direction centrale capable de coordonner l’action, cette influence s’est progressivement éteinte jusqu’à atteindre un stade de quasi-disparition.
En quelques mois, l’organisation est passée d’une force sociale influente à une entité marginale, incapable de mobiliser la rue, d’organiser des activités ou même de rassembler des soutiens.
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La paralysie du front politique
Le bras politique du mouvement, représenté par le Front de l’action islamique, a lui aussi subi un coup sévère. Bien que le parti n’ait pas été officiellement dissous, son activité a pratiquement cessé tout au long de l’année 2025.
Ses sièges ont fait l’objet d’inspections approfondies, ses comptes bancaires ont été gelés ou examinés, et plusieurs de ses activités publiques ont été interdites.
Avec l’affaiblissement de l’organisation mère, le parti s’est retrouvé dans une situation critique, perdant sa capacité d’interaction avec l’opinion publique et se fragmentant sous l’effet de profondes divisions internes.
Malgré les tentatives de la direction du parti de se présenter comme indépendante, l’imbrication des structures organisationnelles et l’absence de séparation réelle entre l’action religieuse et politique ont fait du parti un élément à part entière du processus d’effondrement global du mouvement, entraînant un recul de son influence populaire, son isolement politique et une pression juridique et réglementaire croissante.
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La décision américaine
La pression exercée sur l’organisation ne s’est pas limitée au contexte intérieur jordanien. La décision américaine d’étudier l’inscription de plusieurs branches des Frères musulmans dans le monde sur les listes d’interdiction, sous l’administration du président Donald Trump, a plongé la branche jordanienne dans une phase d’effondrement sans précédent.
L’organisation a compris qu’une telle décision porterait un coup fatal à l’un de ses principaux canaux internationaux, mettrait fin à sa capacité à obtenir des soutiens
extérieurs ou à opérer à travers des institutions et des structures basées hors de Jordanie, et exposerait ses liens transnationaux.
L’accumulation de ces pressions a entraîné un état de désorientation interne, perceptible à travers les tensions entre les cadres dirigeants, les désaccords sur la gestion de la phase critique et, finalement, la désagrégation de la cohésion organisationnelle, accompagnée du retrait de nombreux membres.
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L’érosion de la structure interne
Parallèlement aux mesures sécuritaires et aux pressions politiques, l’organisation a connu en 2025 un effondrement interne manifeste.
Les divergences se sont accentuées entre une génération ancienne refusant d’admettre la fin du cycle et une génération plus jeune convaincue que l’organisation avait perdu toute capacité de survie et devait être reconstituée en dehors de la Jordanie ou trouver de nouveaux refuges.
Ces conflits ont entraîné une augmentation des démissions, l’exil de certains membres et l’abandon des cadres organisationnels autrefois emblématiques de la discipline stricte du mouvement.
Le système de clandestinité qui régissait l’organisation depuis des décennies s’est également effondré, les mécanismes internes, les modes de communication et les chaînes de décision ayant été mis au jour à travers les documents et correspondances saisis lors des opérations sécuritaires.
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Du début à la fin
L’année a véritablement basculé en avril, lorsque les services de sécurité ont révélé la cellule de missiles, mettant au jour un vaste réseau de connexions entre les individus arrêtés et l’organisation.
Une semaine plus tard, la décision historique d’interdire les Frères musulmans et de fermer tous leurs sièges est tombée.
Entre mai et juin, les gels de comptes, les audits d’associations et les saisies d’actifs se sont succédé, suivis de tentatives infructueuses de certains membres de faire sortir clandestinement des documents des locaux fermés.
En juillet et août, le dossier jordanien s’est imposé au cœur des débats américains sur l’interdiction des branches de l’organisation, renforçant les attentes d’une décision imminente.
À l’automne, l’organisation avait perdu l’essentiel de ses outils, sa capacité d’action s’était effondrée, et son influence politique et sociale s’était considérablement réduite, jusqu’à ce que l’année s’achève avec une organisation privée de structure, de direction unifiée et de perspective de retour à court terme.
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Une nouvelle phase
À la fin de l’année 2025, les Frères musulmans en Jordanie avaient perdu tous leurs piliers fondamentaux : l’organisation, le financement, la légitimité, la présence sociale et l’horizon politique. Une longue page de leur présence dans le pays a été tournée, non par une seule décision, mais par une série de coups successifs ayant mis en lumière ce qui était dissimulé, démantelé ce qui semblait protégé et mis fin, de facto, à l’existence d’une organisation qui avait longtemps évolué dans les zones grises.
La Jordanie entre désormais dans une nouvelle phase, débarrassée de l’influence des Frères musulmans et renforcée par une vision politique et sécuritaire claire face aux organisations transnationales.
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