Europe et Frères musulmans : qui détient la clé de l’interdiction ?
La confrontation entre l’Europe et les Frères musulmans entre dans une phase décisive, alors que des démarches sérieuses poussent les institutions de l’Union à envisager l’adoption de propositions visant à interdire le mouvement sur le territoire du Vieux Continent.
Cette dynamique déclenche un processus parlementaire et juridique progressif, tandis qu’une question centrale demeure : qui décide de classer une organisation comme terroriste au sein de l’Union européenne ?
Lundi, l’Italie a demandé l’inscription du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. En France, des députés souhaitent engager une démarche similaire concernant les Frères musulmans.
À l’heure actuelle, cette liste comprend 35 individus ou groupes actifs à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne.
Jeudi dernier, les membres du Parlement français ont adopté une proposition de résolution présentée par le parti Les Républicains, appelant à l’inscription des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.
Toutefois, cette résolution n’a pas de caractère juridiquement contraignant pour le gouvernement français ni pour les institutions européennes. Si l’Union venait à accepter ces propositions, les deux entités concernées seraient alors ajoutées à la liste européenne des organisations terroristes.
Selon le quotidien français La Croix, cette liste a été établie pour la première fois à la suite des attentats du 11 septembre 2001, avec l’adoption initiale d’un ensemble de mesures restrictives à l’encontre des personnes et entités impliquées.
Actuellement, la liste de l’Union européenne comprend 13 individus et 22 groupes actifs au sein de l’Union et en dehors de celle-ci.
Quelles organisations figurent sur la liste ?
Le site du Conseil de l’Union européenne précise que l’objectif de cette liste est de sanctionner les entités reconnues coupables d’« actes intentionnels susceptibles de porter gravement atteinte à un État ou à une organisation internationale ».
Ces individus sont ceux qui « commettent, tentent de commettre, facilitent ou participent à des actes terroristes ». La liste inclut également les groupes et entités placés sous leur contrôle direct ou indirect, ou agissant en leur nom.
La liste vise des entités impliquées dans des actes terroristes commis partout dans le monde. Il n’est donc pas nécessaire que ces actes aient été perpétrés sur le territoire de l’Union européenne pour justifier une inscription.
Parmi les organisations déjà inscrites figurent le mouvement palestinien Hamas (2003), la branche militaire du Hezbollah (2013), ainsi que d’autres organisations telles que le Sentier lumineux péruvien, le Parti des travailleurs du Kurdistan, les Tigres tamouls (Sri Lanka) et la Direction de la sécurité intérieure relevant du ministère iranien du Renseignement.
Qui décide de l’inscription d’un groupe ?
Le Conseil de l’Union européenne détient la compétence d’ajouter ou de retirer tout nom de la liste. Celle-ci fait l’objet d’un réexamen périodique, en principe tous les six mois au minimum. Toutefois, une décision peut être prise à tout moment en fonction de l’évolution de la situation.
Les États membres proposent au Conseil l’examen d’un nom donné. Ce point est déterminant, car l’évaluation et l’inscription d’une entité nécessitent l’existence d’une décision judiciaire ou administrative liée à des faits terroristes dans un État membre ou dans un pays tiers.
Par ailleurs, toute entité figurant sur la liste des organisations terroristes des Nations unies est, dans la plupart des cas, automatiquement inscrite sur la liste de l’Union européenne.
Après l’inscription d’un nom à l’ordre du jour, le Conseil doit statuer à l’unanimité. Cette exigence peut rendre difficile, voire impossible, l’inscription de certains cas ne faisant pas l’objet d’un consensus entre les États membres.
Quelles sanctions sont appliquées ?
Les sanctions imposées aux individus et groupes inscrits sur la liste européenne des organisations terroristes reposent sur deux volets principaux. Le premier consiste en le gel de leurs fonds et de leurs avoirs financiers. Aucune ressource économique ne peut être mise, directement ou indirectement, à la disposition de ces personnes, groupes ou entités.
Des mesures supplémentaires peuvent également être adoptées à l’encontre de groupes spécifiques, notamment toute personne impliquée dans la « planification, la préparation ou la facilitation d’actes de violence » par des organisations telles que Daech et Al-Qaïda, ainsi que le Hamas et le Jihad islamique palestinien.
En outre, l’ensemble des personnes affiliées à Daech ou à Al-Qaïda se voient interdire l’entrée sur le territoire européen, selon le quotidien français.
La seule exception à l’application de ces sanctions concerne certaines organisations et agences humanitaires agréées par l’Union européenne, les Nations unies ou les États membres.
Dans des cas exceptionnels, ces entités peuvent être autorisées à déroger aux obligations de gel des avoirs et à « effectuer des transactions avec des personnes et entités inscrites sur la liste », lorsque l’objectif est de fournir une aide humanitaire ou de soutenir d’autres activités destinées à répondre aux besoins humanitaires essentiels des populations vulnérables.
