Du sport à la politique : Motsepe aux portes du pouvoir en Afrique du Sud
Les spéculations s’intensifient dans les milieux politiques et médiatiques sud-africains quant à une éventuelle entrée du président de la Confédération africaine de football dans l’arène politique.
L’homme d’affaires et milliardaire sud-africain Patrice Motsepe, qui s’est illustré dans le monde de la finance et des affaires avant de s’imposer dans l’univers du football, est évoqué dans les cercles politiques comme un possible candidat à la présidence du African National Congress, le parti au pouvoir en Afrique du Sud.
Malgré les démentis répétés de Motsepe concernant toute ambition politique, son récent retrait du poste de directeur général de la société African Rainbow Minerals a renforcé les spéculations sur une possible transition vers la vie publique, d’autant qu’il demeure au sein de l’entreprise en qualité de président non exécutif du conseil d’administration.
Le site Business Insider Africa rapporte, citant des observateurs, que cette décision pourrait constituer le prélude à un repositionnement politique soigneusement préparé.
L’analyste politique Dr Frans Cronje a estimé que le calendrier de cette décision ne pouvait être dissocié du contexte interne du parti, considérant que la retraite exécutive de Motsepe pourrait ouvrir la voie à une initiative politique structurée.
Toutefois, ces hypothèses relèvent encore de l’analyse et de la projection, aucune déclaration officielle ni allusion explicite n’ayant été formulée par Motsepe quant à une éventuelle candidature.
Des spéculations croissantes
Des médias locaux, dont le journal Newsday, ont fait état d’une mobilisation interne au sein de l’ANC en faveur d’une candidature de Motsepe, allant jusqu’à l’impression de t-shirts arborant des slogans de soutien et ses initiales.
Selon des sources partisanes, une campagne informelle serait menée par certains membres du parti, convaincus que l’homme d’affaires pourrait incarner une option réformatrice susceptible de restaurer la confiance des électeurs.
À l’inverse, d’autres analystes mettent en garde contre les risques réputationnels liés à une association avec un parti confronté à un recul électoral, estimant qu’une entrée dans l’arène partisane pourrait exposer Motsepe à de fortes polarisations politiques.
S’il parvenait à accéder à la présidence de l’ANC, Motsepe deviendrait le premier dirigeant du parti, à l’ère démocratique, à ne pas avoir de passé militant direct contre le régime de l’apartheid.
L’ancien président Nelson Mandela a passé de longues années en prison, tandis que Thabo Mbeki et Jacob Zuma ont vécu des périodes d’exil, et que l’actuel chef de l’État, Cyril Ramaphosa, fut l’un des principaux dirigeants syndicaux opposés à l’apartheid.
L’ascension d’une figure issue exclusivement du monde économique traduirait ainsi un déplacement des priorités du parti, du legs militant vers un accent accru sur la gestion économique et l’efficacité institutionnelle.
Un capital économique et sportif
Le parcours professionnel de Motsepe est particulièrement remarquable. Né à Soweto en 1962, il a étudié le droit et exercé comme avocat avant de devenir, au début des années 1990, le premier associé noir du cabinet d’avocats Bowman Gilfillan à Johannesburg.
À la faveur des transformations économiques ayant suivi la fin de l’apartheid, il a fondé en 1994 la société Future Mining, avant de lancer en 1997 ARMgold, devenue par la suite African Rainbow Minerals, l’un des plus importants groupes miniers diversifiés du pays.
Depuis le 12 mars 2021, Motsepe occupe également la présidence de la Confédération africaine de football, ce qui lui confère une expérience de direction à l’échelle continentale, impliquant la gestion d’une institution complexe où se croisent considérations politiques, économiques et sportives.
Entre économie et politique
Les partisans d’une éventuelle candidature voient en lui le profil d’un dirigeant capable de transposer son expertise en matière de gouvernance et de management au service de l’intérêt public, et d’impulser des politiques industrielles plus audacieuses pour répondre au chômage et stimuler la croissance.
Néanmoins, la réalité politique sud-africaine demeure marquée par des équilibres délicats, où s’entremêlent héritage historique, dynamiques internes du parti et pressions sociales.
En l’absence d’annonce officielle, l’éventuelle entrée de Patrice Motsepe en politique reste du domaine des conjectures, oscillant entre l’image d’une opportunité réformatrice et celle d’un pari susceptible de redéfinir la trajectoire de l’un des hommes d’affaires les plus influents du continent africain.
