Moyen-Orient

Désarmement du Hezbollah : Damas hésite malgré le feu vert américain


L’agence Reuters a rapporté, citant cinq sources bien informées, que les États-Unis ont encouragé la Syrie à envisager l’envoi de forces dans l’est du Liban afin de contribuer au désarmement du Hezbollah.

Selon ces sources, Damas demeure réticente à s’engager dans une telle mission, craignant d’être entraînée dans une guerre au Moyen-Orient et d’attiser les tensions confessionnelles.

La proposition soumise au gouvernement syrien reflète l’intensification des efforts visant à désarmer le Hezbollah, soutenu par l’Iran, lequel a tiré sur Israël en soutien à Téhéran le 2 mars, incitant Israël à lancer une attaque au Liban.

Deux sources, toutes deux responsables syriens, ainsi que deux autres sources au fait des discussions, ont indiqué que cette idée avait été évoquée pour la première fois entre responsables américains et syriens l’an dernier. Toutes ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Des responsables américains ont relancé cette proposition parallèlement au déclenchement de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Deux responsables syriens affirment que la demande a été formulée peu avant le début du conflit, tandis qu’une source issue des services de renseignement occidentaux indique qu’elle est intervenue immédiatement après son déclenchement.

Dans le cadre de ce rapport, Reuters s’est entretenue avec dix sources, dont six responsables et conseillers gouvernementaux syriens, deux diplomates occidentaux, un responsable européen et une source issue du renseignement occidental. Tous ont indiqué que le gouvernement syrien, majoritairement sunnite, examine avec prudence la possibilité de lancer une opération militaire transfrontalière, tout en demeurant hésitant.

Aucun rapport antérieur n’avait évoqué l’encouragement par les États-Unis d’une opération militaire syrienne dans l’est du Liban, ni les réticences de Damas à la mettre en œuvre.

Un porte-parole du département d’État américain a refusé de commenter des « correspondances diplomatiques privées », renvoyant Reuters vers les gouvernements syrien et libanais pour toute réaction.

Après la publication de l’article, l’envoyé américain en Syrie, Tom Barrack, également ambassadeur des États-Unis en Turquie, a déclaré sur la plateforme X que « les informations selon lesquelles les États-Unis auraient encouragé la Syrie à envoyer des troupes au Liban sont fausses et inexactes ».

Malgré l’hostilité envers le Hezbollah et Téhéran, qui ont combattu aux côtés de l’ancien président syrien Bachar al-Assad durant la guerre civile syrienne entre 2011 et 2024, le président syrien Ahmad al-Char‘a fait preuve de prudence depuis le début des frappes aériennes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février.

Selon une source syrienne de haut rang, Damas et ses alliés arabes ont convenu que la Syrie devait rester en dehors du conflit et se limiter à des mesures défensives.

La Syrie a déployé des unités de missiles ainsi que des milliers de soldats à la frontière libanaise depuis début février, qualifiant ces mesures de défensives.

Les ministères syriens des Affaires étrangères et de l’Information n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

En réponse aux questions de Reuters, la présidence libanaise a indiqué n’avoir reçu « aucun indice ni avertissement » de la part des États-Unis, de l’Occident, des pays arabes ou de la Syrie concernant d’éventuelles discussions sur une opération transfrontalière.

Elle a ajouté que le président libanais Joseph Aoun avait eu un entretien bilatéral avec Ahmad al-Char‘a, ainsi qu’un échange tripartite incluant également le président français Emmanuel Macron, au cours duquel le dirigeant syrien a affirmé que la Syrie respectait la souveraineté du Liban et n’avait aucune intention d’y intervenir.

La présidence libanaise a également précisé que Beyrouth coordonne avec Damas sur les questions frontalières, sans jamais avoir abordé la question du Hezbollah.

L’armée libanaise a affirmé que les canaux de coordination avec la Syrie restent ouverts « dans le cadre du traitement des questions frontalières et des défis sécuritaires communs », afin de prévenir les tensions et garantir la stabilité.

Selon le Premier ministre libanais Nawaf Salam, Ahmad al-Char‘a lui a assuré que le renforcement militaire le long de la frontière vise uniquement à améliorer la surveillance et à préserver la sécurité intérieure syrienne.

Le président libanais Joseph Aoun poursuit une politique visant à désarmer le Hezbollah, mais Beyrouth agit avec prudence en raison de la puissance militaire du mouvement et de son large soutien au sein de la communauté chiite.

Ahmad al-Char‘a a affirmé soutenir les efforts de Joseph Aoun en ce sens.

Damas anticipe des risques et des troubles

Le haut responsable syrien a indiqué que Washington avait donné son feu vert à une opération dans l’est du Liban pour aider Beyrouth à désarmer le Hezbollah, le moment venu.

Toutefois, Damas redoute des risques, notamment des frappes de missiles iraniennes et des troubles au sein de la minorité chiite, susceptibles de compromettre les efforts de stabilisation en Syrie après les violences confessionnelles survenues l’an dernier.

Deux diplomates occidentaux ont confirmé que Washington soutenait l’idée d’une opération transfrontalière syrienne visant le Hezbollah. Une source de renseignement occidentale et un responsable européen ont également indiqué que les États-Unis avaient demandé à l’armée syrienne de jouer un rôle plus actif, y compris par une possible incursion à l’est du Liban.

Cependant, selon ces mêmes sources, la direction syrienne reste prudente, craignant qu’une intervention n’aggrave les tensions bilatérales.

Un responsable militaire syrien a déclaré qu’aucune décision finale n’avait été prise, bien que l’option d’une intervention demeure envisageable en cas de conflit entre l’État libanais et le Hezbollah.

Le porte-parole du ministère syrien de la Défense, le brigadier-général Hassan Abdel Ghani, a affirmé dans une interview accordée à la chaîne libanaise MTV le 13 mars que les renforcements à la frontière sont de nature défensive.

Il a ajouté qu’un haut niveau de coordination existe avec l’armée libanaise et que le président syrien soutient le renforcement de l’autorité de l’État libanais.

L’armée syrienne a déclaré la semaine dernière que des obus d’artillerie tirés par le Hezbollah étaient tombés sur un village frontalier, tandis que le Hezbollah a affirmé avoir repoussé une tentative d’infiltration israélienne dans cette même zone.

Des responsables israéliens ont indiqué ne pas avoir connaissance d’une telle opération, tandis que l’armée syrienne a précisé qu’elle examinait les options appropriées pour répondre à ces développements.

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