Politique

Al-Charaa en réponse aux critiques de son gouvernement : Satisfaire tout le monde est une mission impossible


Le président syrien affirme que le nouveau gouvernement reflète la diversité de la société syrienne sans recourir au partage des quotas, tout en reconnaissant la difficulté de satisfaire toutes les parties, en réponse aux critiques de l’administration kurde et aux craintes d’un approfondissement des divisions.

Le président syrien de transition, Ahmad Al-Charaa, a déclaré lundi que le nouveau gouvernement avait pris en compte la « diversité » de la société syrienne sans recourir au « partage des quotas », tout en reconnaissant la difficulté de « satisfaire » tout le monde. Cette déclaration intervient en réponse implicite aux critiques concernant la composition du gouvernement, dont les principaux ministres sont des proches du président, notamment de la part de l’administration kurde.

Dans la nuit de samedi, un gouvernement de 23 ministres a été annoncé, sans nomination d’un Premier ministre. Bien que cette formation soit plus inclusive que le gouvernement intérimaire qui dirigeait le pays depuis la chute du régime de Bachar Al-Assad il y a plus de trois mois, elle a été critiquée, notamment par l’administration autonome kurde. Cette dernière a dénoncé « la poursuite du contrôle par une seule faction » et a déclaré qu’elle ne se sentirait « pas concernée » par la mise en œuvre des décisions de ce gouvernement.

L’administration kurde, qui exerce une influence importante dans le nord et le nord-est de la Syrie avec un soutien américain et occidental, pourrait percevoir cette formation gouvernementale comme une tentative de marginalisation de ses intérêts ou de restriction de son autonomie politique. Cette situation pourrait accentuer les tensions entre les différentes factions du pays et provoquer des conflits ethniques ou politiques.

Par ailleurs, le président syrien pourrait rencontrer des difficultés à coordonner les politiques de son gouvernement avec les forces locales et internationales, ce qui pourrait affecter l’efficacité de l’exécutif dans la gestion des crises économiques et sécuritaires en cours. Dans ces circonstances, la capacité du nouveau gouvernement à honorer ses engagements pourrait être remise en question, compliquant davantage la situation politique du pays.

Dans un discours prononcé après la prière de l’Aïd al-Fitr au palais présidentiel, Al-Charaa a déclaré : « Nous avons fait de notre mieux pour choisir des personnes compétentes… Nous avons pris en compte l’expansion géographique, les provinces, ainsi que la diversité de la société syrienne. Nous avons rejeté le partage des quotas, mais nous avons opté pour la participation » dans la formation du gouvernement et la sélection des ministres.

Il a ajouté : « Nous avons choisi des personnes compétentes et expérimentées, sans affiliations idéologiques ou politiques spécifiques. Leur seul objectif est de reconstruire ce pays, et nous leur fournirons tous les moyens nécessaires pour qu’ils réussissent. »

Reconnaissant qu' »il est impossible de satisfaire tout le monde », il a expliqué que « toutes les décisions que nous prendrons ne feront pas l’unanimité, et c’est une situation normale. Mais nous devons nous accorder sur un minimum de consensus possible ». Il a souligné que le pays se trouve face à « un long et difficile chemin », mais qu’il dispose de « tous les éléments nécessaires pour amorcer une renaissance ».

Les sunnites constituent la majorité écrasante du nouveau gouvernement, reflétant la composition démographique du pays, gouverné pendant des décennies par la famille Assad, issue de la minorité alaouite.

Le gouvernement compte également quatre ministres issus des minorités, occupant des postes secondaires : une ministre chrétienne, un ministre druze, un ministre alaouite et un ministre kurde qui ne fait pas partie de l’administration autonome kurde. Cette dernière avait conclu à la mi-mars un accord avec les nouvelles autorités pour intégrer ses institutions à l’État, mais certains analystes craignent que cet accord ne reste lettre morte.

Les postes clés, notamment les ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur et de la Justice, ont été confiés à des proches du président Al-Charaa.

L’Union européenne a salué lundi la formation du nouveau gouvernement syrien et a déclaré être prête à « coopérer » avec lui. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, et d’autres commissaires européens ont publié un communiqué affirmant que « l’Union européenne est prête à coopérer avec le nouveau gouvernement pour l’aider à relever les immenses défis qui l’attendent ».

De son côté, les États-Unis ont qualifié la formation du gouvernement de « pas positif », tout en précisant qu’il n’y aurait pas d’assouplissement des sanctions tant qu’ils n’observeraient pas de progrès sur des priorités telles que la lutte contre le « terrorisme ».

Le nouveau pouvoir espère achever le processus d’unification du pays après quatorze années d’un conflit meurtrier et dévastateur. Selon les analystes, il devra surmonter d’importants défis pour rassurer toutes les composantes syriennes et gagner la confiance des pays occidentaux et de la communauté internationale afin de lever les sanctions.

Après sa nomination en tant que président de transition en janvier, Al-Charaa a annoncé que la période de transition durerait cinq ans, après quoi des élections seraient organisées conformément à une nouvelle constitution.

En vertu de la déclaration constitutionnelle provisoire qu’il a signée le 15 mars, Al-Charaa détient des pouvoirs complets pour former les autorités législative, exécutive et judiciaire.

L’ONG Human Rights Watch a exprimé des inquiétudes quant à « l’ampleur des pouvoirs du président, qui soulève de sérieuses préoccupations sur le respect de l’État de droit et la protection des droits de l’homme, à moins que des mesures préventives claires ne soient mises en place ».

Lundi soir, l’épouse d’Al-Charaa, Latifa Al-Droubi, est apparue à ses côtés pour la première fois officiellement au palais présidentiel lors d’un événement lié à l’Aïd al-Fitr, où ils ont accueilli des « enfants de martyrs », selon des photos publiées par la présidence syrienne sur les réseaux sociaux.

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