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L’armée soudanaise entre sanctions américaines, alliance avec l’Iran et tensions avec les mouvements armés


En 2026, la crise soudanaise est entrée dans une nouvelle phase, où le conflit ne se joue plus uniquement sur les lignes de front. Parallèlement aux combats, les dossiers des armes chimiques, des relations militaires avec l’étranger et des dissensions au sein du camp opposé aux Forces de soutien rapide ont pris de l’importance, notamment avec les tensions croissantes entre le commandement de l’armée et certains mouvements armés.

Ces trois dossiers semblent distincts à première vue, mais ils renvoient en réalité à une même question : qui détient le pouvoir de décision militaire et politique au Soudan ?

Les États-Unis avaient officiellement arrêté leur position sur les armes chimiques en annonçant, en 2025, que le gouvernement soudanais en avait utilisé en violation du droit international. En juillet 2026, des sanctions supplémentaires sont entrées en vigueur après que Washington a estimé que le Soudan n’avait pas rempli les conditions nécessaires pour les éviter.

Ces mesures sont intervenues plusieurs mois après les sanctions visant le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, que Washington avait justifiées par les violations commises et les entraves à la transition politique.

Le développement le plus marquant est toutefois survenu en septembre 2026, lorsque des journaux américains ont publié des enquêtes fondées sur des documents, des messages et des photographies qui, selon eux, faisaient apparaître un programme militaire soudanais de production de munitions à base de chlore. D’après ces enquêtes, le programme comprenait des essais sur le terrain ainsi que des activités de fabrication et de stockage, avant l’apparition d’indices laissant penser que des efforts avaient été entrepris pour en dissimuler les traces.

Le gouvernement soudanais a rejeté ces accusations, affirmant que les informations publiées étaient inexactes. Il a assuré que le chlore présent au Soudan était destiné à des usages civils et industriels et s’est déclaré disposé à soumettre ses stocks à une vérification internationale.

Le dossier ne peut néanmoins plus être ignoré, d’autant que Washington n’a pas fondé sa décision uniquement sur des enquêtes journalistiques, mais a officiellement annoncé sa propre conclusion concernant l’utilisation d’armes chimiques.

Que sont devenus les substances et les équipements ?

La question la plus délicate est de savoir si une opération organisée a été menée pour éliminer les substances, les équipements et les documents liés au programme présumé. Des enquêtes ont fait état de messages évoquant le nettoyage de sites militaires ainsi que l’élimination de traces et de déchets.

Si ces informations étaient confirmées, l’affaire ne concernerait pas seulement l’utilisation d’armes, mais aussi une tentative d’empêcher les enquêteurs d’accéder aux preuves.

Toute enquête internationale devrait donc couvrir l’ensemble des éléments pertinents : sites de stockage, installations de fabrication, substances chimiques, registres de transport, communications, ordres opérationnels et documents susceptibles d’avoir été détruits ou déplacés.

L’Iran : une relation militaire qui ne prouve pas, à elle seule, une implication dans le dossier chimique

Dans le même temps, il est difficile d’ignorer le développement des relations militaires entre l’armée soudanaise et l’Iran. Des sources européennes ont documenté des transferts d’équipements militaires iraniens à l’armée soudanaise, notamment des drones. Des travaux de recherche ont également conclu que les livraisons d’armes iraniennes à l’armée, via Port-Soudan, s’étaient poursuivies durant la période étudiée.

Il serait toutefois contraire à la rigueur journalistique de présenter cette coopération comme une preuve de transferts d’armes chimiques vers l’Iran. Les sources publiques disponibles ne fournissent pas suffisamment d’éléments pour établir une telle conclusion.

Cette relation mérite néanmoins d’être examinée, en particulier concernant les circuits d’approvisionnement, les acteurs chargés de superviser les importations et les services qui géraient le transport et le stockage.

Les mouvements armés : le début d’une nouvelle phase ?

Sur un autre front, le commandement de l’armée fait face à une difficulté différente : ses relations avec les mouvements armés qui ont combattu à ses côtés.

La Force conjointe des mouvements signataires de l’accord de Juba est devenue un élément important de l’équilibre militaire. Mais l’intégration de ces forces dans les institutions de l’État risque d’affaiblir l’influence de certains de leurs dirigeants. Cela explique leur volonté d’obtenir des garanties politiques avant de renoncer à leurs capacités militaires indépendantes.

Ce différend pourrait se transformer en une crise politique plus profonde si le commandement militaire tentait de restructurer la Force conjointe sans accord clair avec ses dirigeants.

En juillet 2026, des signes d’un réexamen du rôle de la Force conjointe dans les villes sont apparus après un incident sécuritaire à Port-Soudan, relançant le débat sur les limites de son déploiement et de ses prérogatives.

Affirmer que l’armée a définitivement décidé de se débarrasser de la Force conjointe pour éviter de l’associer au gouvernement relève toutefois d’une interprétation politique qui nécessite des documents ou des déclarations explicites pour être étayée. Le différend concernant l’influence politique après la guerre existe néanmoins bel et bien, ce qui fait de l’intégration des forces l’un des principaux dossiers de la prochaine phase.

Les difficultés financières accentuent les tensions

La question du financement constitue une autre difficulté. Un État éprouvé par la guerre et le recul de l’activité économique peine de plus en plus à financer simultanément plusieurs formations militaires et sécuritaires.

Des chiffres précis sont toutefois nécessaires pour évaluer l’ampleur réelle de cette charge financière. Une chose peut être affirmée avec certitude : la reconstruction de l’État après la guerre exigera de mettre fin à la multiplicité des armées et des centres de commandement.

Le différend entre l’armée et les mouvements armés s’inscrit ainsi dans une crise plus large : comment construire une institution militaire nationale unique à partir de forces constituées dans des circonstances différentes, dotées de commandements distincts et d’intérêts politiques divergents ?

Une lutte pour l’État, au-delà du contrôle territorial

Le Soudan est confronté à une lutte qui dépasse le contrôle des villes. L’enjeu fondamental sera la forme du futur État, le contrôle des armes, le pouvoir de décision et la participation au gouvernement.

Le dossier des armes chimiques accentue la pression internationale sur l’armée. Les relations avec l’Iran soulèvent des questions sur les sources d’armement, tandis que les dissensions avec les mouvements armés menacent la cohésion du camp militaire lui-même.

La poursuite de la guerre ne permettra donc pas de régler ces dossiers. Elle pourrait, au contraire, les rendre plus complexes.

Au-delà d’un cessez-le-feu, il faut reconstruire un appareil sécuritaire soumis au droit et au contrôle civil, mener une enquête indépendante sur les accusations relatives aux armes chimiques, garantir la transparence des relations militaires extérieures et parvenir à un accord politique clair avec les mouvements armés.

Sans cela, une bataille militaire pourrait prendre fin pour laisser place à une autre, portant cette fois sur la forme même de l’État.

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