L'Europe

Le Royaume-Uni retournera-t-il dans le giron européen ?


Une vaste enquête publiée par The Guardian révèle que près de la moitié des Britanniques sont favorables au retour de leur pays dans l’Union européenne, alors que le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham commence à examiner plusieurs options, allant d’un rapprochement avec Bruxelles à une réadhésion complète.

Une vaste enquête publiée samedi par The Guardian a replacé le Brexit au cœur du débat politique britannique. Selon ses résultats, près de la moitié des Britanniques soutiennent le retour du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, tandis que le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham étudie différentes possibilités, d’un rapprochement avec Bruxelles à une réintégration complète de l’Union.

Réalisée par le groupe Messina auprès de 11 461 personnes entre le 12 et le 24 septembre, l’enquête indique que 49 % des Britanniques sont favorables à une réadhésion, contre 28,5 % qui s’y opposent.

Selon The Guardian, ces résultats revêtent une importance politique particulière. Ils suggèrent qu’une position plus proeuropéenne du Parti travailliste pourrait renforcer ses perspectives électorales, alors que celui-ci fait face à une concurrence croissante pour attirer les électeurs favorables à l’Europe.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas qu’une majorité de Britanniques souhaite nécessairement un retour immédiat dans l’Union européenne. L’enquête fait apparaître des divergences concernant le calendrier : certains participants souhaitent une réadhésion rapide, tandis que d’autres préfèrent attendre plusieurs années. Une autre partie des personnes interrogées rejette tout rapprochement supplémentaire avec Bruxelles.

Par ailleurs, 54,9 % des participants considèrent le Brexit davantage comme un échec que comme une réussite, signe d’une évolution de l’opinion publique dix ans après le référendum au cours duquel les Britanniques avaient voté en faveur de la sortie de l’Union.

La publication de ces résultats intervient alors que le débat politique britannique commence à dépasser l’un des principaux tabous imposés par le Brexit au cours des dernières années.

Andy Burnham a déclaré que les options envisagées pouvaient aller du maintien de la situation actuelle à une réintégration du marché unique ou de l’union douanière, voire à une réadhésion complète à l’Union européenne. Il a toutefois précisé que l’organisation d’un nouveau référendum n’était pas imminente et que son gouvernement abordait cette question dans le cadre d’une stratégie de long terme pour le Royaume-Uni.

Cette position constitue un changement notable après plusieurs années durant lesquelles les gouvernements britanniques successifs ont affirmé que le Brexit était une réalité irréversible.

Andy Burnham avait déjà estimé que la sortie de l’Union européenne avait causé davantage de dommages que de bénéfices au pays, critiquant particulièrement ses conséquences économiques et ses effets sur la question migratoire.

Londres se prépare à tenir un sommet avec l’Union européenne en novembre. Le Premier ministre espère que cette rencontre permettra de renforcer la coopération dans les domaines du commerce, de l’industrie et de l’immigration. Un rapprochement plus approfondi pourrait néanmoins contraindre le Royaume-Uni à accepter davantage de règles européennes, une perspective susceptible de provoquer de nouvelles divisions politiques dans le pays.

The Guardian avait révélé quelques jours auparavant que de hauts responsables du cabinet du Premier ministre avaient commencé à consulter des instituts de recherche et des sociétés de sondage afin d’évaluer le niveau de soutien populaire à une éventuelle réadhésion.

Les résultats publiés par le quotidien montrent que cette question ne concerne plus uniquement les électeurs traditionnellement favorables à l’Union européenne, mais gagne désormais des catégories plus larges de la population.

Le débat devient d’autant plus sensible avec la progression du parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, qui a fait de la défense du Brexit l’un des piliers de son discours politique.

Reform UK a vivement critiqué Andy Burnham, accusant son gouvernement de chercher à ramener le Royaume-Uni sous l’autorité de Bruxelles « par la porte dérobée ». Le gouvernement affirme, pour sa part, que l’examen des différentes options ne signifie pas qu’une décision de réadhésion a déjà été prise.

L’évolution de l’opinion publique ne se limite pas à l’enquête publiée par The Guardian.

Un sondage YouGov réalisé en juin indiquait que 55 % des Britanniques soutenaient une réadhésion à l’Union européenne, contre 34 % qui s’y opposaient. Il montrait toutefois que l’option la plus populaire consistait à établir une relation plus étroite avec l’Union sans redevenir membre : cette proposition recueillait 59 % de soutien, contre 20 % d’opposition.

Une autre enquête, menée par Ipsos, révélait que 52 % des Britanniques estimaient que leur pays devait déposer une nouvelle demande d’adhésion, tandis que 33 % souhaitaient qu’il demeure en dehors de l’Union. Parmi les électeurs susceptibles de participer à un éventuel référendum, le soutien au retour atteignait 58 %.

Ces résultats montrent néanmoins que le souhait d’améliorer les relations avec l’Europe ne se traduit pas automatiquement par un soutien à une restauration complète de la situation antérieure au Brexit.

Une étude publiée par British Future en septembre indiquait que 46 % des personnes interrogées voteraient en faveur d’un retour dans l’Union, contre 29 % qui choisiraient de rester en dehors. Un quart des participants demeuraient toutefois indécis.

Selon cette même étude, 56 % des Britanniques soutiendraient une relation avec l’Union européenne allant au-delà des « lignes rouges » définies par le Parti travailliste dans son programme électoral de 2024. Celles-ci excluaient, pour la durée du mandat en cours, un retour dans le marché unique ou l’union douanière ainsi que le rétablissement de la libre circulation des personnes.

Le soutien était encore plus élevé concernant une coopération concrète avec l’Europe dans certains secteurs : 62 % des personnes interrogées se prononçaient en faveur d’un renforcement des échanges commerciaux, 57 % souhaitaient une coopération accrue en matière de défense, 56 % dans le domaine de la santé et 54 % dans celui de l’agriculture.

Ces résultats montrent que l’évolution de l’opinion publique britannique ne suit pas une trajectoire unique. Une large part de la population semble souhaiter des relations plus étroites avec l’Europe, sans qu’un consensus se dégage pour autant sur une réadhésion complète ou sur le rétablissement de la libre circulation.

Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron s’est déclaré favorable à la possibilité d’un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Il a cependant averti Londres qu’elle ne pourrait pas sélectionner uniquement certains avantages de l’adhésion tout en rejetant les obligations qui lui conviendraient moins.

Selon Emmanuel Macron, si le Royaume-Uni souhaite revenir dans l’Union, il ne pourra pas choisir uniquement les libertés et les règles qui répondent à ses propres intérêts.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a également déclaré que le Royaume-Uni serait accueilli « à bras ouverts », signe que certaines capitales européennes voient d’un œil favorable la perspective d’un nouveau rapprochement avec Londres.

Une réadhésion ne serait toutefois ni immédiate ni automatique. Le Royaume-Uni devrait déposer une nouvelle demande d’adhésion et négocier ses conditions, tandis que l’Union européenne fixerait le cadre de toute future négociation.

Pour Bruxelles, la question ne porte pas uniquement sur la volonté des Britanniques de revenir dans l’Union. Elle concerne également la stabilité politique d’un tel choix au Royaume-Uni et sa capacité à résister aux changements de gouvernement.

Dix ans après le référendum qui avait mis fin à plus de quatre décennies d’appartenance britannique à l’Union européenne, la question européenne revient au centre de la vie politique du pays, mais dans un contexte profondément différent : une opinion publique devenue plus critique envers les résultats du Brexit, un gouvernement travailliste ouvrant la porte à des options jusqu’alors politiquement exclues et une Union européenne disposée au dialogue, mais peu encline à reproduire les arrangements particuliers dont Londres bénéficiait auparavant.

Le gouvernement britannique n’a, à ce jour, pris aucune décision en faveur d’une réadhésion et n’a annoncé aucun nouveau référendum. Néanmoins, le simple fait qu’un retour complet figure désormais parmi les options examinées par le gouvernement constitue un changement politique majeur, dix ans après le vote ayant conduit le Royaume-Uni à quitter l’Union européenne.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page