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Comment l’Arabie saoudite a-t-elle renforcé son influence au Soudan et protégé ses intérêts en mer Rouge ?


La guerre au Soudan n’est plus seulement un affrontement interne entre l’armée et les Forces de soutien rapide. Alors que le conflit entre dans sa quatrième année, le Soudan est devenu partie intégrante d’un réseau plus vaste de rivalités régionales et internationales, tandis que la mer Rouge constitue désormais l’une des principales raisons poussant les puissances régionales à tenter d’influencer l’évolution de la guerre.

Au cœur de cette situation se trouve l’Arabie saoudite, qui est passée du statut de pays accueillant des pourparlers de paix à celui d’acteur politique plus présent dans la détermination de la forme que pourrait prendre le prochain règlement.

Riyad ne cache pas que ses principaux intérêts au Soudan consistent à préserver l’unité de l’État, protéger les institutions, garantir la sécurité de la mer Rouge et empêcher que le Soudan ne devienne un espace livré au chaos, aux groupes armés et aux puissances étrangères.

Mais cette politique, bien qu’elle soit officiellement présentée comme un effort en faveur de la paix, a contribué à créer un alignement politique clair avec la direction de l’armée soudanaise, selon plusieurs analyses et rapports.

Le Soudan, porte d’entrée vers la mer Rouge

Pour comprendre la position saoudienne, il faut commencer par la géographie. Le Soudan possède un littoral stratégique sur la mer Rouge, tandis que le territoire saoudien se trouve directement de l’autre côté de cette voie maritime.

Par conséquent, tout changement radical du pouvoir au Soudan ne peut être considéré par Riyad comme une affaire exclusivement soudanaise.

Si l’État soudanais venait à s’effondrer, si ses institutions se désintègrent ou si plusieurs groupes armés prenaient le contrôle des zones côtières, cela pourrait ouvrir la voie à de nouvelles menaces pour la sécurité maritime saoudienne. C’est pourquoi Riyad considère la stabilité du Soudan comme une extension de sa sécurité nationale.

Cette considération explique également pourquoi le discours officiel saoudien a régulièrement mis l’accent sur l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Soudan. En juin 2026, le Royaume a affirmé devant le Conseil de sécurité que la préservation de l’unité du Soudan et de ses institutions constituait une priorité, parallèlement à un cessez-le-feu et à une solution politique.

Le soutien à l’État signifie-t-il, dans les faits, un soutien à l’armée ?

C’est ici que se trouve l’un des aspects les plus sensibles. L’armée soudanaise dirige l’autorité centrale dans les zones qu’elle contrôle, tandis que les Forces de soutien rapide mènent une guerre de grande ampleur contre les forces armées.

Lorsque l’Arabie saoudite affirme soutenir les institutions de l’État soudanais et préserver l’unité du pays, ce discours bénéficie politiquement au camp qui se présente comme l’institution militaire officielle de l’État. Cela ne signifie pas automatiquement que tout soutien saoudien à l’État constitue un soutien militaire à l’armée, mais cela signifie que la politique saoudienne a des effets évidents sur l’équilibre des forces au Soudan.

Des analyses régionales publiées en 2025 et 2026 ont décrit l’évolution de la politique saoudienne comme un passage de la médiation à un soutien accru à l’armée soudanaise, notamment face aux inquiétudes grandissantes concernant l’avenir de l’État soudanais. C’est dans ce contexte que l’importance des relations entre Riyad et Abdel Fattah al-Burhan peut être comprise.

Al-Burhan à Djeddah

En avril 2026, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré Abdel Fattah al-Burhan à Djeddah. Cette rencontre n’était pas une simple réunion protocolaire. Le ministre de la Défense, le ministre des Affaires étrangères, le conseiller à la sécurité nationale et le directeur général des renseignements saoudiens y ont participé, aux côtés de hauts responsables soudanais.

L’Arabie saoudite a indiqué que les discussions avaient porté sur les développements de la situation au Soudan et sur les efforts visant à y remédier, tout en mettant l’accent sur la sécurité, la stabilité, l’unité et la souveraineté du Soudan. Ce niveau de représentation montre que le dossier soudanais est désormais directement lié à la sécurité et à la politique étrangère saoudiennes. Riyad ne considère pas Khartoum uniquement comme un dossier humanitaire, mais comme une question liée à la sécurité de la mer Rouge et à l’équilibre des forces dans la région.

L’influence financière et politique

Dans les guerres prolongées, l’influence extérieure ne se limite pas aux armes. L’argent peut aider les gouvernements à verser les salaires, financer les institutions de l’État, maintenir l’appareil administratif et préserver leurs relations extérieures.

C’est précisément ce qui confère une importance politique aux rapports faisant état d’un soutien financier saoudien aux dirigeants soudanais.

Un rapport publié par Africa Intelligence en juillet 2026 faisait état de fonds saoudiens destinés à soutenir des personnalités liées à la direction de l’armée, établissant un lien entre ces fonds et le soutien politique et diplomatique apporté à Abdel Fattah al-Burhan. Toutefois, ces informations ne constituent pas une annonce officielle saoudienne et doivent donc être considérées comme des allégations journalistiques nécessitant une vérification indépendante.

Néanmoins, la simple publication de tels rapports reflète l’ampleur du débat sur la nature du rôle croissant de l’Arabie saoudite au Soudan.

Djeddah : la diplomatie devenue influence

Depuis le début de la guerre, Djeddah est devenue un centre important des négociations soudanaises. Cela a donné à l’Arabie saoudite un avantage dont disposent peu d’autres États : la capacité de communiquer avec les parties soudanaises, de connaître leurs positions dans le détail et d’influencer l’agenda politique.

Même lorsque les négociations n’ont pas réussi à instaurer un cessez-le-feu durable, le processus de Djeddah est resté l’un des principaux canaux associés aux tentatives visant à mettre fin à la guerre. En juin 2026, Riyad a renouvelé son appel à revenir à la Déclaration de Djeddah et au dialogue politique, estimant que la poursuite de la guerre et le non-respect des engagements antérieurs avaient contribué à aggraver la crise humanitaire.

Ainsi, l’Arabie saoudite dispose désormais simultanément de deux instruments : celui de la médiation et celui de l’influence.

L’aide humanitaire

Sur le plan humanitaire, l’Arabie saoudite cherche également à consolider sa présence au Soudan. Le Royaume a annoncé la poursuite de son aide humanitaire au peuple soudanais et condamné les attaques visant les convois humanitaires ainsi que les violations commises contre les civils.

Cette aide revêt une importance accrue dans un contexte d’effondrement de l’économie soudanaise et d’augmentation des besoins humanitaires. Toutefois, dans les conflits, l’aide n’est pas toujours totalement dissociée de la politique. Un État capable d’acheminer une aide et de fournir un soutien humanitaire dispose d’un réseau de relations locales et devient davantage en mesure d’influencer la période qui suivra la guerre.

Pour l’Arabie saoudite, l’aide peut ainsi devenir un élément d’une stratégie plus large visant à maintenir sa présence et son influence au Soudan.

Empêcher l’effondrement de l’État

L’une des principales motivations de Riyad est la crainte d’un scénario d’effondrement de l’État soudanais. Le Soudan n’est ni un petit pays ni un État marginal. Il est vaste, partage des frontières avec plusieurs pays, possède un littoral stratégique et dispose d’importantes ressources naturelles. Son effondrement complet aurait des conséquences qui s’étendent aux pays voisins et à la mer Rouge.

La poursuite de la guerre menace également d’accroître les déplacements de population et les migrations, tout en créant un environnement propice au développement des réseaux de contrebande, de la criminalité et des groupes armés.

L’Arabie saoudite considère donc qu’une autorité centrale forte à Khartoum constitue un intérêt stratégique. C’est sur ce point que la sécurité saoudienne rejoint les intérêts des dirigeants soudanais.

La guerre pour l’influence

Le conflit soudanais n’est plus seulement une lutte pour le contrôle de Khartoum, du Darfour ou des ressources. Il s’agit également d’une lutte autour de l’avenir de l’État soudanais et de la question de savoir qui est habilité à le représenter. Cela rend la position saoudienne particulièrement importante.

Si l’armée réussit à imposer son contrôle sur le pays, Riyad sera l’une des principales puissances régionales en mesure d’établir une relation avec la nouvelle autorité.

Si la guerre s’achève par un règlement politique, l’Arabie saoudite sera également en position d’influencer la forme de cet accord grâce à son rôle dans le processus de Djeddah et à ses contacts avec les dirigeants soudanais.

Ainsi, l’investissement saoudien dans le dossier soudanais n’est pas uniquement lié à l’issue des combats actuels, mais également à la période qui suivra.

Riyad veut-elle mettre fin à la guerre ou gérer ses conséquences ?

C’est la question qui se pose avec le plus d’insistance. L’Arabie saoudite affirme officiellement vouloir mettre fin à la guerre et parvenir à une solution politique entre Soudanais.

Mais sa politique repose parallèlement sur la préservation des institutions de l’État et le renforcement des contacts avec la direction militaire.

Riyad se trouve ainsi face à une équation complexe : comment peut-elle être un médiateur neutre tout en entretenant des relations étroites avec l’une des parties au conflit ?

Du point de vue saoudien, Riyad peut ne pas considérer que la préservation des institutions de l’État soit incompatible avec la médiation. Au contraire, elle peut estimer que l’effondrement de l’État rendrait la paix encore plus difficile.

Mais du point de vue des adversaires de l’armée, cette position peut être interprétée comme un alignement politique en faveur de l’institution militaire.

Par conséquent, l’avenir du rôle saoudien dépendra largement de sa capacité à transformer son influence politique en une pression réelle en faveur de l’arrêt des combats, plutôt qu’en un simple soutien à une partie capable de poursuivre la guerre.

Que veut l’Arabie saoudite du Soudan ?

Les intérêts saoudiens peuvent être résumés en quatre objectifs principaux.

Premièrement, protéger la sécurité de la mer Rouge et empêcher que le littoral soudanais ne devienne une source de menace pour le Royaume.

Deuxièmement, préserver un État soudanais unifié, capable de contrôler son territoire.

Troisièmement, empêcher les puissances régionales et internationales concurrentes d’acquérir une influence excessive au Soudan.

Quatrièmement, garantir à Riyad une voix influente dans les arrangements de l’après-guerre.

Pour cette raison, l’Arabie saoudite n’a pas nécessairement besoin d’envoyer des forces au Soudan pour exercer une influence importante sur la guerre. L’influence politique et diplomatique, les contacts directs avec les dirigeants, l’accueil des négociations, un éventuel soutien financier et l’aide humanitaire constituent autant d’instruments susceptibles de donner à Riyad une large capacité d’influence.

L’Arabie saoudite a contribué à la dynamique de la guerre au Soudan par différents moyens, mais la nature de ce rôle diffère de l’image d’une intervention militaire directe.

Ce qui est officiellement établi, c’est un rôle politique, diplomatique et humanitaire clairement identifiable, ainsi qu’une relation directe et croissante avec les dirigeants de l’État soudanais. Quant aux rapports faisant état du financement de personnalités militaires ou d’un soutien financier lié à la guerre, ils doivent être clairement distingués de ce qui est documenté et de ce qui relève de l’allégation journalistique.

Néanmoins, l’influence politique n’a pas toujours besoin de s’appuyer sur des armes.

Au Soudan, celui qui dispose de la capacité de communiquer avec les dirigeants, d’offrir des plateformes politiques, d’agir sur la scène internationale et de fournir un soutien économique et humanitaire devient un acteur influent dans le cours de la guerre.

C’est là l’essence du rôle saoudien : Riyad cherche à protéger ses intérêts en mer Rouge, à préserver l’État soudanais et à se construire une position solide dans les arrangements de l’après-guerre.

Mais le véritable test de ce rôle ne réside ni dans le nombre de rencontres ni dans celui des déclarations, mais dans une seule question : l’Arabie saoudite sera-t-elle capable d’utiliser son influence pour contraindre les parties à mettre fin à la guerre, ou son influence deviendra-t-elle partie intégrante de la lutte autour de la forme que prendra le Soudan de demain ?

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