Politique

La trajectoire de Hamza-1 traduit un rapprochement militaire entre l’Égypte et la Turquie sur fond de rivalités régionales


La société turque HAVELSAN et l’Organisation arabe pour l’industrialisation égyptienne sont parvenues à un accord pour vendre le drone « Hamza-1 », ce qui indique que cette coopération militaire est entrée dans une phase commerciale et rentable.

La société turque HAVELSAN et l’Organisation arabe pour l’industrialisation égyptienne sont parvenues à un accord pour commercialiser le drone « Hamza-1 », développé conjointement par les deux parties, dans un contexte de rivalité pour l’influence face à l’alliance israélo-grecque.

L’annonce de l’accord marquant l’entrée du drone dans sa phase de commercialisation a été faite lors du Salon international de l’aviation d’El Alamein 2026, organisé dans le nord de l’Égypte du 8 au 10 septembre.

Cet accord s’inscrit dans le prolongement de l’accord de coopération stratégique signé par les deux entreprises le 26 août 2025. Celui-ci prévoit notamment la production conjointe en Égypte de drones autonomes dotés de capacités de décollage et d’atterrissage verticaux.

Le « Hamza-1 » apparaît comme l’un des exemples importants de la mise à profit de l’expertise de HAVELSAN en matière d’ingénierie et de technologies des systèmes autonomes dans le cadre d’une coopération internationale.

Le programme « Hamza-1 » associe les compétences techniques acquises par la société turque grâce aux drones qu’elle a développés pour différentes missions, tels que « BAHA », « BÖZBEY », « POYRAZ » et « BULUT », aux capacités de production locales de l’Égypte.

Le drone « Hamza-1 » a été présenté pour la première fois lors du Salon des industries de défense EDEX 2025, organisé au Caire en décembre 2025.

Avec la signature de l’accord de vente, le programme « Hamza-1 » est passé de la phase de production conjointe à la phase commerciale. L’accord devrait notamment prévoir la livraison de drones à différents utilisateurs.

Le programme témoigne de l’évolution de la coopération entre la Turquie et l’Égypte dans le domaine des technologies de l’industrie de défense, ainsi que de l’approche de HAVELSAN fondée sur la production conjointe et la localisation industrielle au moyen de partenariats internationaux.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération militaire entre Le Caire et Ankara. Ces derniers temps, les deux pays tendent à élargir leur coordination dans le domaine de la défense afin d’y inclure des exercices conjoints, des échanges d’expertise, ainsi que le développement des capacités et des industries militaires. La fabrication conjointe de drones confère à ce rapprochement une dimension plus stratégique, puisqu’il ne repose pas uniquement sur l’achat d’équipements, mais également sur le transfert de technologies, la localisation de la production et la constitution de capacités susceptibles d’être développées localement.

Cette évolution intervient alors que la Grèce et Israël avancent dans la même direction afin d’approfondir leur partenariat en matière de défense, avec une attention croissante portée à la mise en place de systèmes militaires intégrés couvrant notamment la défense aérienne et antimissile ainsi que la lutte contre les drones. L’accord israélo-grec visant à établir un système de défense aérienne multicouche constitue l’une des principales manifestations de cette coopération. Il associe plusieurs systèmes israéliens au sein d’un réseau unique capable de répondre à différents types de menaces aériennes.

L’importance de cette coopération dépasse le cadre des accords d’armement traditionnels. Athènes cherche à mettre en place un bouclier défensif sophistiqué, tandis qu’Israël apporte son expertise dans les domaines des missiles, des radars, des systèmes anti-drones et du commandement et contrôle. Cette évolution traduit une volonté de construire entre les deux pays une capacité militaire interconnectée, dans une région marquée par une concurrence croissante autour de l’influence ainsi que des intérêts sécuritaires et stratégiques.

À l’inverse, le rapprochement entre l’Égypte et la Turquie offre au Caire et à Ankara une marge de manœuvre accrue pour bâtir une influence dans le domaine de la défense fondée sur la coopération industrielle et militaire. La Turquie dispose notamment d’une expertise avancée dans le développement des drones et des systèmes autonomes, tandis que l’Égypte possède une vaste base industrielle militaire susceptible de fournir un environnement favorable à la fabrication, à la localisation et à l’augmentation des capacités de production.

Cette rivalité revêt une importance accrue en Méditerranée orientale, où les questions de sécurité, d’énergie, de voies maritimes et de délimitation des frontières se mêlent aux considérations militaires. Ainsi, le passage de la coopération égypto-turque des exercices et de la coordination militaires à la production conjointe et à la commercialisation d’équipements de défense traduit une volonté de bâtir un partenariat plus solide, qui ne se limite pas à l’usage militaire, mais s’étend également à la création d’une base commune d’industries de défense.

Dans le camp opposé, la coopération israélo-grecque consolide la position d’Athènes et de Tel-Aviv au sein d’un réseau de défense en expansion, notamment dans le domaine de la défense aérienne, devenu l’un des principaux champs de la compétition militaire dans la région avec l’augmentation des menaces liées aux missiles et aux drones.

Ainsi, le paysage régional semble se structurer autour de deux trajectoires parallèles : un rapprochement égypto-turc qui s’oriente de plus en plus vers la coopération militaire et les industries de défense, et un partenariat israélo-grec qui élargit ses capacités défensives avancées. Entre ces deux dynamiques se dessine une lutte d’influence qui ne repose plus uniquement sur les alliances politiques, mais également sur la capacité à produire, développer et exporter des technologies militaires, ainsi qu’à construire des réseaux de défense communs.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page