Grand Maghreb

Un délai d’un mois place l’accord 4+4 à l’épreuve de la convergence politique libyenne


Khouri avertit qu’en l’absence de ratification de l’accord par la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État, la Mission des Nations unies aura recours à « d’autres mécanismes » pour le faire adopter.

La vice-représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour les affaires politiques en Libye, Stephanie Khouri, a déclaré que la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État disposaient d’un délai d’un mois, à compter de la date de signature, pour approuver l’accord conclu par la commission restreinte de dialogue. Elle a précisé que la Mission avait transmis l’accord aux présidences des deux institutions.

Cette annonce intervient alors que l’accord continue de se heurter à de profondes divergences entre les institutions et les forces rivales qui se disputent le pouvoir, ainsi qu’à des réserves susceptibles d’empêcher son passage du stade des arrangements politiques à celui de la mise en œuvre effective.

La Mission des Nations unies estime que l’accord « 4+4 » pourrait constituer un point d’entrée pour relancer le processus politique enlisée. Il comprend en effet des mesures et des jalons liés à la feuille de route lancée par la Mission en août 2025, notamment en ce qui concerne la réorganisation de certaines institutions et la mise en place du cadre juridique nécessaire au processus électoral.

Khouri considère que l’accord constitue une tentative visant à traiter plusieurs des facteurs ayant empêché la tenue d’élections nationales. Elle souligne que l’approbation par les deux Conseils constituera une étape essentielle avant l’ouverture de discussions sur les mesures ultérieures.

Elle a également indiqué que la Mission avait mené des consultations individuelles avec des membres des deux Conseils et que ces contacts avaient fait apparaître un soutien à l’accord. L’ONU considère, pour sa part, que l’unification des institutions de l’État constitue une condition indispensable pour créer les conditions politiques et sécuritaires nécessaires à la tenue des élections.

Cependant, le fait de miser sur l’accord « 4+4 » ne signifie pas que sa mise en œuvre sera aisée. Sa transmission à la Chambre des représentants et au Haut Conseil d’État le place face à une nouvelle épreuve politique, dans un contexte marqué par une longue histoire de désaccords entre les deux institutions concernant les règles de gestion de la phase de transition et les conditions d’accès aux élections.

Le principal défi réside dans la capacité des deux Conseils à transformer l’entente conclue par la commission restreinte en un engagement politique et institutionnel contraignant, d’autant plus que tout désaccord concernant l’interprétation des dispositions de l’accord ou l’ordre de mise en œuvre de ses différentes étapes pourrait reproduire le blocage qui a marqué les précédentes phases du processus politique.

Une autre réserve concerne la capacité de l’accord à obtenir une adhésion plus large de la part des institutions et des forces libyennes. En effet, parvenir à un accord entre les membres d’une commission restreinte ne signifie pas pour autant que les divergences entre les acteurs disposant d’une influence politique, institutionnelle et sécuritaire sur le terrain ont pris fin.

Cette question revêt une importance accrue alors que les Nations unies maintiennent que l’objectif ultime de la feuille de route est la tenue d’élections nationales. Tout différend portant sur les règles juridiques ou sur les institutions chargées de superviser le processus électoral pourrait ainsi être susceptible de bloquer l’ensemble du processus.

Selon Khouri, la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État sont tenus d’approuver l’accord dans un délai d’un mois à compter de sa signature, avant d’entamer des délibérations sur l’étape suivante. Ce délai représente à la fois une occasion de mesurer la volonté des institutions politiques de s’engager dans un nouveau compromis et un test de la capacité de la Mission à préserver la dynamique du processus qu’elle cherche à faire avancer.

Khouri a averti qu’en l’absence de ratification de l’accord par les deux Conseils, la Mission aurait recours à « d’autres mécanismes » pour le faire adopter, indiquant ainsi que l’ONU ne souhaite pas que l’accord devienne l’otage des différends entre les institutions politiques.

Cependant, le recours à des mécanismes alternatifs à l’approbation des deux Conseils pourrait à son tour susciter un débat sur leur degré d’acceptation par les parties libyennes et sur leur capacité à contribuer au dépassement de l’impasse politique ou, au contraire, à créer un nouveau différend concernant la légitimité du processus et les mécanismes de prise de décision.

Face aux limites de la capacité des institutions politiques à faire progresser le processus électoral, Khouri a insisté sur le rôle des Libyens eux-mêmes dans les efforts visant à faire pression pour la mise en œuvre de la feuille de route.

La responsable onusienne a toutefois reconnu dans le même temps qu’il était difficile de demander aux citoyens de s’engager dans une mobilisation politique de grande ampleur alors qu’ils sont confrontés à de fortes pressions sur leurs conditions de vie, allant des pénuries de carburant et des coupures d’électricité à la hausse des prix. Elle a donc établi un lien entre la réussite du processus politique et l’amélioration des conditions de vie quotidiennes de la population, estimant que les élections nécessitent un environnement social et politique capable de les accueillir.

Cette observation met en lumière l’un des défis plus larges auxquels l’accord est confronté : les élections ne nécessitent pas seulement un accord entre les élites politiques, mais également des institutions capables de mettre en œuvre leurs résultats, un environnement sécuritaire stable et l’acceptation, par les parties rivales, des règles du jeu ainsi que de leurs résultats.

Le processus « 4+4 » ne peut par ailleurs être dissocié des imbrications internationales du dossier libyen. Khouri a reconnu que certains États avaient des intérêts et des relations avec les autorités de fait en Libye, tout en soulignant que la feuille de route repose sur une approbation du Conseil de sécurité, ce que la Mission considère comme le fondement sur lequel elle s’appuie pour mener à bien sa mission.

Cette position traduit la prise de conscience, au sein des Nations unies, que la réussite de tout règlement politique en Libye ne dépend pas uniquement d’un consensus interne, mais qu’elle est également influencée par les positions des puissances étrangères qui disposent d’intérêts et d’une influence dans le pays.

Par conséquent, l’un des tests auxquels l’accord sera confronté consistera à déterminer dans quelle mesure la Mission pourra transformer le soutien international à la feuille de route en un appui concret à sa mise en œuvre, afin d’empêcher les acteurs locaux d’exploiter les divergences extérieures pour faire obstacle aux échéances politiques.

Les déclarations de Khouri placent l’accord « 4+4 » face à une équation claire : soit il se transforme en une étape concrète sur la voie des élections, soit il devient un nouvel épisode dans une longue série d’ententes qui n’ont pas réussi à mettre fin à la période de transition.

La Mission affirme que la réorganisation des institutions et l’achèvement du cadre juridique ne constituent pas des objectifs en soi, mais des moyens permettant de parvenir à des élections nationales susceptibles de mettre fin à la division politique. La réalisation de cet objectif restera toutefois liée à la capacité des parties libyennes à surmonter leurs réserves à l’égard de l’accord, à fournir des garanties quant à l’application de ses dispositions, à unifier les institutions et à la volonté des forces rivales d’accepter les résultats du processus électoral.

Le délai d’un mois accordé à la Chambre des représentants et au Haut Conseil d’État ne semble donc pas constituer une simple formalité procédurale. Il représente plutôt une nouvelle épreuve de la volonté politique libyenne. L’approbation de l’accord constituera la première étape, tandis que le principal défi résidera dans la manière dont il sera appliqué et dans sa capacité à s’attaquer aux racines de la division plutôt qu’à en gérer uniquement les manifestations.

Dans un contexte marqué par la persistance de la division institutionnelle, les pressions économiques et les rivalités internationales, la valeur de l’accord « 4+4 » semble davantage dépendre de ce qui suivra sa signature que de l’accord lui-même. Le passage de l’entente à la mise en œuvre, puis de la feuille de route aux élections, constituera le véritable test de la capacité de ce processus à faire avancer la Libye vers un règlement politique durable.

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