Politique

Les divergences au sein de l’Organisation de la da‘wa islamique reflètent la fragmentation des Frères musulmans au Soudan


Plusieurs courants et groupes se disputent l’héritage organisationnel et institutionnel du mouvement islamique, dans un contexte marqué par l’absence d’une direction unifiée.

L’Organisation de la da‘wa islamique a déclaré nul et non avenu la réunion convoquée par l’ancien secrétaire général, au cours de laquelle son mandat a été renouvelé pour un nouveau cycle. Elle a souligné que le Conseil des fiduciaires est l’unique organe habilité à convoquer les réunions du conseil conformément aux statuts de l’organisation. Cette prise de position révèle une explosion des divergences internes et l’existence d’une crise plus profonde dépassant le simple cadre administratif, touchant à la nature des alliances qui ont structuré cette entité pendant des décennies, ainsi qu’au rôle des islamistes au Soudan dans une phase caractérisée par la division et la fragmentation.

Des sources internes à l’organisation ont qualifié les événements récents de « déviation de certains membres », évoquant une crise interne qui met en lumière l’ampleur des divisions qui secouent les institutions liées au mouvement islamique soudanais.

Le conflit ne semble pas se limiter à un simple différend procédural sur les mécanismes d’élection ou l’interprétation des règlements internes, mais reflète une crise plus profonde concernant l’avenir de l’organisation et la nature des alliances qui ont présidé à sa gouvernance pendant plusieurs décennies. Cette situation intervient dans un contexte de transformations politiques majeures au Soudan depuis la chute de l’ancien président Omar el-Béchir, suivie d’un recul de l’influence du courant islamiste et de la désagrégation de ses centres traditionnels.

L’Organisation de la da‘wa islamique est considérée comme l’une des principales institutions islamiques ayant joué un rôle important dans les domaines religieux, humanitaires et éducatifs, au Soudan comme à l’étranger. Elle a longtemps constitué un élément central du réseau d’influence construit par le mouvement islamique soudanais au cours des dernières décennies. Ainsi, tout conflit interne dépasse les questions de gestion pour interroger les rapports de القوة au sein du courant islamique lui-même.

Des observateurs estiment que le conflit actuel illustre l’état de fragmentation que connaissent les islamistes soudanais après des années de divisions politiques et organisationnelles. Plusieurs courants et groupes se disputent désormais l’héritage du mouvement, dans un contexte d’absence de leadership unifié capable de gérer les différends ou de proposer une vision commune pour l’avenir.

La crise révèle également une lutte entre différentes orientations au sein de l’institution : l’une attachée aux structures traditionnelles et aux procédures institutionnelles comme seule garantie de légitimité, et l’autre cherchant à imposer une nouvelle réalité fondée sur des réseaux d’influence et des alliances changeantes, profitant de la volatilité politique du pays.

Dans un contexte de guerre et de crises persistantes au Soudan, ces divergences prennent une importance accrue, car elles reflètent les difficultés des forces islamistes à se réorganiser.

La controverse autour de la légitimité de la réunion ayant renouvelé le mandat de l’ancien secrétaire général ne constitue que la partie visible d’une crise plus large liée à la reconfiguration des centres de pouvoir au sein du mouvement islamique soudanais, à un moment marqué par le basculement des équilibres et l’affaiblissement des références traditionnelles. L’apparition du cheikh Abdelrahman ben Abdullah Al Mahmoud, président démis du Conseil des fiduciaires, et sa contestation des procédures ayant conduit à son éviction, illustrent l’ampleur des fractures au sein de l’une des plus anciennes institutions affiliées au mouvement islamique. Cette situation ouvre la voie à une judiciarisation du conflit susceptible de redessiner les équilibres internes.

Son intervention lors d’une conférence de presse à Kampala, après son arrivée du Soudan du Sud, confirme que les divergences ne peuvent plus être contenues dans les cadres organisationnels. Il a évoqué sa visite précédente au Soudan en tant que président honoraire de l’organisation et sa rencontre avec le président du Conseil de souveraineté Abdel Fattah al-Burhan, indiquant l’avoir informé des évolutions consécutives aux décisions de la Commission de démantèlement et à la confiscation des biens de l’organisation.

Dans son intervention, Al Mahmoud s’est engagé à œuvrer pour une « réforme institutionnelle », l’amélioration des conditions de travail et la garantie des droits des employés, suggérant que la crise dépasse les simples luttes de pouvoir et touche également à la gestion des ressources et à la transparence.

Les origines de la crise remontent à une réunion extraordinaire du Conseil des fiduciaires tenue le 3 mai, au cours de laquelle l’ancien secrétaire général Ahmed Mohammed Adam a été démis de ses fonctions et Yahya Adam Osman élu secrétaire général pour un mandat allant jusqu’en 2030. Le conseil a justifié sa décision par la fin du mandat officiel de l’ancien secrétaire général en février 2026 et par son refus de répondre aux correspondances du président du conseil concernant la passation des responsabilités et la convocation d’une réunion ordinaire, considérant cela comme une violation des statuts.

La situation s’est toutefois compliquée lorsqu’un autre groupe a tenu une réunion parallèle le 1er mai, au cours de laquelle l’ancien ambassadeur du Qatar, Ali ben Hassan Al Hammadi, a été élu secrétaire général du Conseil des fiduciaires et le mandat de l’ancien secrétaire général prolongé. Al Hammadi est ensuite arrivé à Khartoum et a annoncé la reprise des activités de l’organisation depuis la capitale, illustrant l’existence de deux centres de décision concurrents, chacun revendiquant la légitimité.

Lors d’une conférence de presse à Kampala, le chef de l’équipe juridique de l’organisation, Aboubakar Abdelrazak, a précisé que les statuts confèrent uniquement au président du Conseil des fiduciaires le pouvoir de convoquer les réunions, et que le secrétaire général doit être informé deux mois à l’avance.

Il a ajouté que le conseil avait été surpris par une décision émanant d’un « organe non compétent » ayant révoqué Al Mahmoud, alors que son mandat court jusqu’en 2028, qualifiant toutes les décisions prises de « nulles et non avenues ». Il a également mentionné une décision judiciaire suspendant sa destitution et la nomination d’Al Hammadi, signe d’un transfert du conflit vers la sphère judiciaire.

Selon plusieurs sources, la crise est liée à des divisions plus larges au sein du mouvement islamique soudanais. Le groupe dirigé par le secrétaire général du mouvement islamique, Ali Karti, est accusé de s’opposer à Al Mahmoud, lequel aurait cherché ces dernières années à lutter contre des dossiers de corruption entourant les activités de l’organisation. Ce conflit révèle que la crise au sein de l’Organisation de la da‘wa islamique n’est pas isolée, mais s’inscrit dans une recomposition plus large des centres de pouvoir islamistes après la chute du régime d’el-Béchir et dans un contexte de guerre ayant profondément bouleversé les équilibres politiques et organisationnels.

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