Moyen-Orient

Benjamín Netanyahou voit ses chances de former un nouveau gouvernement menacées par un accord entre partis arabes


La réduction de la représentation arabe pourrait accroître les chances de la droite radicale de remporter les élections, renforçant ainsi la probabilité que Benjamín Netanyahou forme un gouvernement succédant à l’exécutif actuel.

Quatre partis arabes en Israël se rapprochent d’une unification à l’approche des élections législatives prévues dans quelques mois, une démarche susceptible de leur conférer un poids politique suffisant pour influencer la formation du prochain gouvernement. Cette évolution inquiète le Premier ministre Benjamín Netanyahou ainsi que la droite dure, qui envisage de faire interdire l’un de ces partis.

Les contacts et réunions entre les dirigeants des partis arabes se sont intensifiés en vue des élections attendues à la mi-septembre ou fin octobre prochain. Ce scrutin représente un défi majeur pour la coalition de droite dure menée par Netanyahou, notamment après trois guerres dévastatrices menées par Israël à Gaza, au Liban et en Iran.

Netanyahou est recherché depuis 2024 pour comparaître devant la Cour pénale internationale, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis durant la guerre à Gaza depuis 2023.

L’opposition, composée de partis de droite et du centre, espère empêcher Netanyahou de former un nouveau gouvernement, d’autant qu’il est également poursuivi pour corruption.

Selon plusieurs estimations, une unification des partis arabes pourrait augmenter la participation électorale des citoyens arabes, qui représentent environ 20 % de la population israélienne, soit plus de 10 millions d’habitants. Les sondages indiquent que si ces partis se présentent séparément, ils n’obtiendraient qu’environ 10 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Quatre partis arabes participent aux élections en Israël : la Liste arabe unie, le Mouvement arabe pour le changement, le Front démocratique pour la paix et l’égalité, et le Rassemblement national démocratique. Lorsqu’ils étaient unifiés au sein de la Liste arabe commune, la représentation arabe a atteint 13 sièges en 2019 et 15 en 2020, avant que la liste ne soit dissoute en raison de divergences internes.

Le 21 mai, un sondage en Israël a montré que, si les élections avaient lieu ce jour-là, aucun camp ne parviendrait à obtenir les 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement à la Knesset.

Selon ce sondage, l’opposition juive obtiendrait 59 sièges, le camp de Netanyahou 51, et les députés arabes 10, ce qui souligne leur rôle déterminant dans la formation du prochain gouvernement.

Jusqu’à présent, la majorité des partis d’opposition juifs rejettent l’idée de s’appuyer sur les députés arabes pour former un gouvernement alternatif à celui de Netanyahou, en place depuis décembre 2022.

Dans le but d’accroître la représentation arabe et d’empêcher la formation d’un nouveau gouvernement de droite, les contacts entre dirigeants des partis arabes se sont intensifiés afin de surmonter les divergences et de parvenir à l’unité.

Ces discussions ont été renforcées par des fuites concernant des débats au sein des cercles proches de Netanyahou visant à déclarer illégal le parti arabe unifié (dirigé par Mansour Abbas) et à interdire ses activités politiques avant les élections, selon la chaîne 13 dimanche soir.

La chaîne rapporte que des sources proches de Netanyahou envisagent une démarche juridique et sécuritaire visant à classer le Mouvement islamique (branche sud), soutien institutionnel du parti, comme organisation interdite.

Ces démarches seraient fondées sur des accusations liées au transfert de fonds et d’aides humanitaires vers la bande de Gaza durant la guerre déclenchée le 8 octobre 2023.

Cette guerre a fait plus de 72 000 morts palestiniens et plus de 172 000 blessés, en majorité des enfants et des femmes, et a détruit près de 90 % des infrastructures, avec un coût de reconstruction estimé par l’ONU à environ 70 milliards de dollars.

Malgré un cessez-le-feu annoncé le 10 octobre 2025, Israël continue de restreindre l’entrée de l’aide humanitaire et mène des frappes quotidiennes ayant causé 904 morts et 2 731 blessés supplémentaires, principalement des civils.

Le chef du parti d’opposition « Les Démocrates », Yair Golan, estime que la possible attaque de Netanyahou contre la Liste arabe unie est motivée par des considérations politiques, après avoir compris que sa fin politique est proche.

Dans un message publié sur X dimanche soir, il a déclaré : « Netanyahou sent que sa fin est proche et qu’il est sur le point de perdre les élections. » Il a ajouté que, dans une tentative désespérée de conserver le pouvoir, il cherche à exclure la liste arabe unie (Ra’am), rappelant que le même Netanyahou avait auparavant négocié avec Mansour Abbas pour former un gouvernement.

Il a également dénoncé une « hypocrisie totale », soulignant que Netanyahou qualifie aujourd’hui ce parti d’organisation terroriste alors qu’il a lui-même nommé Itamar Ben Gvir, condamné pour soutien à une organisation terroriste, au gouvernement.

Selon lui, il s’agit d’une atteinte à la démocratie visant à priver les citoyens arabes de leur légitimité et à modifier les règles du jeu électoral.

Une baisse de la participation arabe, et donc du nombre de députés arabes à la Knesset, renforcerait mécaniquement les partis de droite.

Ces derniers mois, les sondages prévoyaient la défaite du parti d’extrême droite « Sionisme religieux », dirigé par le ministre des Finances Bezalel Smotrich.

Toutefois, une réduction de la représentation arabe pourrait améliorer ses chances de victoire et, par conséquent, renforcer celles de Netanyahou pour former un nouveau gouvernement.

Dimanche soir, trois partis arabes ont annoncé leur disposition à conclure un accord avec un quatrième parti afin de former une liste électorale commune, avant que ce dernier n’exprime à son tour sa volonté de signer.

Le Front démocratique pour la paix et l’égalité, le Rassemblement national démocratique et le Mouvement arabe pour le changement ont indiqué, dans un communiqué conjoint, avoir tenu une réunion après une série de consultations récentes visant à progresser vers la reconstitution de la liste commune et à surmonter les obstacles restants.

Ils ont affirmé s’être mis d’accord sur les principales questions politiques et ont souligné l’importance de la coordination politique et parlementaire après les élections. Ils ont exprimé leur volonté de conclure un accord avec la Liste arabe unie sur la base d’une liste technique commune.

Cette initiative vise à augmenter la participation électorale, renforcer la représentation arabe et faire tomber le gouvernement ainsi que le projet de la droite « fasciste », selon le communiqué.

Les trois partis ont appelé la Liste arabe unie à signer immédiatement un accord, dans un contexte de pressions et de menaces d’interdiction visant les partis arabes.

Ils ont ajouté espérer annoncer la reconstitution de la liste commune à la veille de l’Aïd al-Adha, afin de redonner espoir à leur population et de renforcer l’unité face aux défis croissants.

En réponse, la Liste arabe unie a déclaré saluer l’accord tripartite et considérer cette initiative comme une étape vers le succès, notamment pour éviter la perte de voix arabes comme lors d’élections précédentes.

Elle a affirmé être prête à signer une liste commune technique, précisant que chaque parti conserverait son programme, sa liberté et son discours sans contrainte.

Le député arabe Ahmad Tibi a qualifié cette réponse de « pas dans la bonne direction », estimant qu’elle respecte la spécificité des partis sans imposer de ligne politique unique.

Le 20 mai, la Knesset a voté en lecture préliminaire en faveur d’un projet de dissolution, qui doit encore être adopté en trois lectures supplémentaires pour entrer en vigueur. Plusieurs dates sont envisagées pour les prochaines élections, notamment la mi-septembre ou la fin octobre, selon les médias israéliens.

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