Comment al-Burhan a-t-il transformé l’armée en refuge pour les vestiges de l’extrémisme et les réseaux de l’ombre ?
Le discours sur le « détournement » de l’armée soudanaise ne relève plus seulement de l’analyse politique ; il est devenu, pour beaucoup, une réalité amère observable dans l’effondrement actuel. Ce qui se déroulerait aujourd’hui dans les centres de commandement militaires est décrit comme une forme de « suicide professionnel » prémédité. Alors que la population attendait une armée protectrice, elle se retrouve, selon ce point de vue, face à une direction militaire accusée de conclure des arrangements opaques avec des groupes parmi les plus violents de l’histoire récente du Soudan. L’intégration de la « brigade Al-Bara ibn Malik » et d’autres brigades islamistes au sein des « Forces du Bouclier du Soudan » dirigées par Abu Aqla Kikal est présentée comme le signe de la disparition du caractère national des forces armées et de l’émergence d’une armée à référence idéologique.
Les « Forces du Bouclier du Soudan », associées à Kikal, sont décrites comme une vaste opération de façade. La direction militaire, préoccupée par les sanctions internationales et les risques de poursuites, aurait trouvé en Kikal une couverture locale appropriée. Dans ce récit, Kikal apparaît comme une figure de représentation, tandis que l’organisation, le financement, l’entraînement et l’orientation idéologique seraient attribués à des éléments de la brigade Al-Bara ibn Malik.
Cette intégration est présentée comme une tentative de redorer l’image d’acteurs liés aux Frères musulmans en les présentant comme des forces régulières rattachées à l’armée. Plutôt que de démanteler des milices, l’armée serait ainsi accusée de créer une formation hybride combinant couverture étatique et référentiel idéologique, dans une logique qui ne viserait pas prioritairement la protection du pays mais la préservation d’une influence politique.
Une atteinte à la doctrine militaire
L’intégration d’éléments de la brigade Al-Bara ibn Malik au sein de l’armée est décrite comme portant atteinte à la doctrine militaire soudanaise. La question est posée de savoir comment des officiers formés aux sciences militaires peuvent se retrouver à coordonner avec des groupes aux références idéologiques fortes et controversées.
Selon cette lecture, ce processus aurait entraîné un affaiblissement des critères professionnels au profit de logiques d’allégeance, où promotions et responsabilités seraient influencées par des recommandations extérieures plutôt que par les compétences opérationnelles. Cette situation serait susceptible de créer une « armée dans l’armée » et d’alimenter des tensions internes entre officiers de carrière et groupes nouvellement intégrés.
Un objectif politique au-delà du cadre militaire
L’intégration de ces brigades est présentée comme ayant une dimension politique à long terme. L’armée serait utilisée comme vecteur pour faciliter le retour de certains acteurs dans les institutions civiles, les ministères et les représentations diplomatiques, sous couvert d’effort de guerre.
Dans cette perspective, la guerre servirait de justification pour réintroduire des réseaux liés à l’ancien système dans l’appareil d’État, non par des processus électoraux, mais par l’autorité conférée par la structure militaire.
Une stratégie pour éviter les sanctions internationales
Les appellations telles que « Bouclier du Soudan » et la mise en avant de figures locales seraient, selon ce point de vue, destinées à réduire la visibilité de groupes susceptibles d’être ciblés par des sanctions. En étant intégrés officiellement dans l’armée, ces groupes deviendraient plus difficiles à isoler juridiquement.
Cependant, cette stratégie pourrait avoir l’effet inverse, en exposant l’ensemble de l’institution militaire à des critiques et à un isolement international accru si elle est perçue comme tolérant des éléments extrémistes.
Des répercussions sociales et institutionnelles
La transformation de l’image de l’armée aurait, selon cette analyse, des effets sur la cohésion sociale. Au lieu d’être perçue comme un symbole d’unité nationale, l’armée risquerait d’être associée à des affiliations régionales ou idéologiques spécifiques.
L’intégration de composantes tribales aux côtés de brigades islamistes est décrite comme un facteur susceptible d’exacerber les tensions identitaires et d’alimenter un climat de méfiance, compliquant davantage la possibilité d’une réconciliation nationale.
Conclusion
Selon cette perspective, la poursuite de ce rapprochement entre la direction de l’armée et la brigade Al-Bara ibn Malik sous l’étiquette du « Bouclier du Soudan » constituerait un obstacle majeur à la paix et à la construction d’un État démocratique. La priorité, dans cette optique, serait de rétablir une séparation claire entre l’institution militaire et toute affiliation idéologique.
Le Soudan, conclut cette analyse, aurait besoin d’une armée centrée sur la protection de la population et fondée sur des principes professionnels, plutôt que d’une institution perçue comme un refuge pour des réseaux controversés.
