La dissolution lente… comment le risque des Frères musulmans s’infiltre-t-il au cœur de l’Europe ?
Les Frères musulmans tentent de se repositionner en Europe après les décisions d’interdiction qui les ont visés dans plusieurs pays.
Des experts français spécialisés dans l’islam politique et les organisations extrémistes estiment que le rassemblement organisé par des éléments proches des Frères musulmans en France, dans la ville du Bourget, ne peut être considéré comme une simple rencontre religieuse périodique. Il représenterait plutôt une stratégie combinant mobilisation électorale, ciblage de la jeunesse et ambition européenne.
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D’un rassemblement religieux à une plateforme politique
Bernard Rougier, professeur de sociologie politique et d’islam politique contemporain à la Sorbonne Nouvelle – Paris 3, a déclaré que ce qui se déroule au Bourget ne peut être dissocié d’une stratégie européenne plus large adoptée par les réseaux des Frères musulmans.
Selon lui, les Frères musulmans en France « ne fonctionnent plus comme une organisation traditionnelle, mais comme un réseau d’influence transnational investissant les associations civiles, les institutions éducatives et le discours des droits ».
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Du discours religieux à l’influence civique
Le chercheur a ajouté que « l’évolution la plus préoccupante réside dans le passage d’un discours religieux à un discours politico-juridique, permettant à ces réseaux de se présenter à nouveau comme des partenaires légitimes au sein des démocraties européennes ».
Rougier met en garde contre le fait que ce modèle offre aux Frères musulmans une capacité d’infiltration au sein des institutions de l’Union européenne, les transformant en acteur politique informel mais influent.
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Il souligne que ce phénomène reflète un passage de la « prédication traditionnelle » à ce qu’il appelle « l’ingénierie de l’espace public », où les réseaux ne se contentent plus d’une influence religieuse, mais cherchent à remodeler les équilibres sociaux et politiques par des moyens légaux.
De son côté, le chercheur français Laurent Bonnefoy, spécialiste de l’islam politique, affirme que ce qui se produit en Europe constitue une reproduction souple du projet des Frères musulmans par des moyens différents.
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La dissolution lente
Bonnefoy explique que les Frères musulmans s’appuient sur ce qu’il appelle « une stratégie d’adaptation graduelle, consistant à modifier le discours sans modifier les objectifs ».
Il indique que « les Frères musulmans en Europe ne se présentent pas comme un mouvement religieux, mais comme des défenseurs des minorités et des droits, tout en construisant progressivement une identité parallèle ».
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Selon lui, « le danger ne réside pas dans la confrontation, mais dans la dissolution lente au sein du système, où il devient de plus en plus difficile de distinguer l’action civique du projet idéologique ».
Le magazine français Le Point a rapporté que, dans la ville du Bourget, des réseaux liés aux Frères musulmans ont relancé leur mobilisation après une interruption de six ans. La « Rencontre annuelle des musulmans de France » a attiré de larges foules et esquissé une stratégie mêlant mobilisation électorale, ciblage de la jeunesse et ambition européenne.
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Le magazine précise que l’événement a failli ne pas avoir lieu après qu’un arrêté d’interdiction a été émis par la préfecture de police de Paris, à la demande du ministre de l’Intérieur, invoquant des « risques terroristes importants visant la communauté musulmane ». Toutefois, le tribunal administratif a finalement autorisé la tenue de l’événement, lui conférant une résonance médiatique inattendue.
Selon le magazine, ce phénomène correspond à ce que l’on appelle « l’effet Streisand », où la tentative d’interdiction a entraîné une augmentation de l’affluence, avec de longues files d’attente supérieures à celles qui auraient été observées dans des circonstances normales.
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L’événement est organisé par Makhlouf Mamèche, président de « Musulmans de France », nouveau nom de l’Union des organisations islamiques de France, considérée comme proche des Frères musulmans.
Lors de la manifestation, Abdallah Ben Mansour, ancien dirigeant de l’Union et président du Conseil des musulmans européens à Bruxelles, a annoncé la volonté des organisateurs de donner à l’événement une dimension européenne à partir de l’année prochaine.
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Mobilisation politique
Les activités de l’événement, présenté comme un simple salon du livre, ont débuté samedi dernier par une conférence intitulée « Loi sur le séparatisme : l’État de droit est-il en danger ? », avec la participation de personnalités telles que Bernard Godard, ancien conseiller au ministère de l’Intérieur, l’avocat Sefen Guez Guez, ainsi que le directeur du lycée Averroès de Lille.
La session a été marquée par des critiques des politiques gouvernementales depuis le discours du président Emmanuel Macron en 2020, notamment la dissolution d’associations et des perquisitions administratives qualifiées d’« inutiles et choquantes ».
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Le message le plus marquant fut toutefois un appel clair à la participation politique. Le directeur du lycée Ibn Rochd a exhorté l’auditoire à s’engager dans les élections en déclarant : « Nous sommes dans un système démocratique, utilisons le bulletin de vote », en évoquant la possibilité de modifier les rapports de force en 2027.
Radicalisation du discours
Au cours des séances, le sociologue Raphaël Liogier a appelé les musulmans à dépasser ce qu’il a qualifié de « réserve excessive », invitant à « descendre massivement dans la rue » et à tirer parti de la culture de la protestation en France.
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La journaliste Faïza Ben Mohamed a renforcé ces positions en critiquant la faible présence médiatique des musulmans par rapport à d’autres institutions, soulignant l’absence d’« une structure religieuse centrale » unifiant le discours.
Présence indirecte de la gauche
Le chercheur François Burgat a conclu les discussions en minimisant la notion d’« infiltration », tout en appelant à un engagement politique local et en saluant certaines figures de la gauche, notamment le parti La France insoumise.
Les organisateurs ont particulièrement ciblé la jeunesse, la « génération Z », par le recours à des influenceurs sur les réseaux sociaux, l’implication de personnalités actives et la présentation de contenus destinés aux enfants et aux jeunes.
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Selon Burgat, ce qui s’est déroulé au Bourget illustre une nouvelle phase, dans laquelle les réseaux ne se limitent plus au champ religieux, mais cherchent à remodeler l’espace public lui-même.
Il précise que ces événements ne sont plus seulement de nature prédicative, mais deviennent des plateformes multifonctionnelles (politiques, sociales, économiques). L’usage du cadre légal leur confère une légitimité institutionnelle, tandis que l’accumulation des actions permet de construire une influence durable au sein de la société.
Le chercheur avertit que cette trajectoire représente un changement progressif de la société française, passant de l’influence à une reconstruction graduelle de l’espace public selon des référentiels parallèles.
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