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Al-Burhan et les confréries soufies : une stratégie de consolidation du pouvoir dans un contexte de légitimité fragile


Dans un contexte de tensions politiques persistantes au Soudan, les signes d’un rapprochement du général Abdel Fattah al-Burhan avec les dirigeants des confréries soufies se sont multipliés, traduisant une tentative de reconstruction d’une base de soutien politique et social. Ces démarches ne s’inscrivent pas dans un vide politique ; elles apparaissent comme la conséquence naturelle de l’affaiblissement des alliances civiles traditionnelles et de l’intensification des pressions internes et internationales sur le pouvoir en place. Confronté à des défis complexes, notamment l’érosion de sa légitimité et la fragilité des institutions de gouvernance, al-Burhan cherche à mettre en place un réseau de soutien alternatif fondé sur l’influence sociale et le poids symbolique des confréries soufies.

Au Soudan, les confréries soufies disposent d’un ancrage profond dans la société, jouant un rôle qui dépasse largement la sphère spirituelle et religieuse pour s’étendre aux domaines social et politique. Elles sont solidement implantées dans les villes, les villages et les zones rurales, où elles constituent un vecteur majeur d’orientation de l’opinion publique et d’influence sur les décisions communautaires. La stratégie d’al-Burhan visant à attirer ces figures religieuses s’inscrit dans une logique de transformation de cette influence sociale en levier politique susceptible de consolider son maintien au pouvoir, notamment en l’absence d’un parlement élu et face à l’impasse des consensus nationaux.

Selon les informations disponibles, les rencontres entre al-Burhan et les responsables soufis auraient inclus des promesses de représentation au sein du futur gouvernement et du Conseil législatif, en échange d’un soutien politique explicite. Cette approche révèle une compréhension approfondie des mécanismes du pouvoir au Soudan, où la stabilité de l’autorité ne repose pas uniquement sur la force militaire, mais également sur un réseau complexe de loyautés traditionnelles et sociales. Elle traduit également une volonté d’institutionnaliser le soutien social à travers des arrangements politiques formalisés, visant à convertir l’influence spirituelle en influence concrète au sein des institutions étatiques.

D’un point de vue analytique, ces initiatives peuvent être interprétées comme une réponse au vide laissé par la faiblesse des partis traditionnels et par les divisions persistantes entre les forces civiles. Le rapprochement avec les confréries soufies apparaît ainsi comme un moyen de garantir une base populaire capable d’atténuer les pressions pesant sur le pouvoir militaire. Toutefois, une telle alliance comporte des risques évidents, car elle pourrait accentuer les tensions avec les forces civiles qui y voient une tentative de contourner le processus de transition démocratique et de substituer à la légitimité populaire des loyautés d’ordre traditionnel.

Par ailleurs, cette dynamique illustre la volonté d’al-Burhan de reconfigurer le paysage politique en s’appuyant sur le capital historique et social des confréries soufies. Néanmoins, le recours à ce type d’alliance ne garantit pas une stabilité durable, dans la mesure où les loyautés traditionnelles et les intérêts évoluent en fonction des mutations politiques et économiques. Le succès d’une telle stratégie dépendra donc de la capacité du dirigeant à gérer l’équilibre délicat entre l’institution militaire, les confréries religieuses et les forces civiles.

En définitive, ces initiatives reflètent directement les défis auxquels fait face le pouvoir en place au Soudan, marqué par la nécessité urgente de consolider un soutien populaire dans un contexte de fragilité institutionnelle et d’absence de consensus national inclusif. Toutefois, cette nouvelle convergence entre autorité militaire et confréries soufies pourrait réactiver un modèle de gouvernance fondé davantage sur des loyautés traditionnelles que sur des institutions et des programmes structurés, soulevant ainsi des interrogations quant à l’évolution du paysage politique et à l’avenir de l’État civil dans le pays.

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