Les rencontres d’al-Burhan avec les confréries soufies : de nouvelles alliances pour reconfigurer le paysage politique soudanais

Ces dernières semaines, le général Abdel Fattah al-Burhan a intensifié ses activités politiques en cherchant à consolider sa base de soutien à travers un dialogue direct avec les dirigeants des confréries soufies. Cette démarche est perçue par de nombreux analystes comme une tentative de redéfinir les alliances sociales et politiques au Soudan. Ces rencontres, organisées dans plusieurs villes et régions du pays, ne se sont pas limitées à des échanges protocolaires ou à des discussions d’ordre religieux ; elles ont porté de manière explicite sur la participation des confréries soufies aux institutions de gouvernance en contrepartie d’un soutien politique direct au chef de l’armée.
Des sources bien informées indiquent que les discussions ont abordé de façon précise la question de la représentation des confréries soufies au sein du Conseil législatif et du futur gouvernement, afin de garantir à ces entités un rôle effectif dans la prise de décision. Selon des informations exclusives, certaines figures soufies ont accueilli favorablement cette proposition, la considérant comme une opportunité de renforcer leur présence et leur influence politique et sociale. D’autres, en revanche, ont exprimé des réserves, redoutant que cet engagement n’entraîne une politisation accrue de l’institution religieuse.
Les analyses de terrain soulignent que les confréries soufies disposent d’une capacité d’influence considérable sur l’opinion publique, grâce à leur implantation profonde dans les villages et les zones rurales qui constituent la majorité de la société soudanaise. Il apparaît qu’al-Burhan cherche à capitaliser sur ce levier pour instaurer un nouvel équilibre des forces susceptible de consolider sa position face aux pressions internes des forces civiles d’opposition, ainsi qu’à l’égard de la surveillance internationale attentive au degré de légitimité sociale et politique du pouvoir en place.
Cette initiative n’a toutefois pas échappé aux critiques. Plusieurs acteurs civils et politiques estiment qu’elle traduit une tentative manifeste de contourner les revendications liées à la transition démocratique, en leur substituant des alliances traditionnelles fondées davantage sur les loyautés que sur des programmes politiques structurés. Selon eux, l’intégration des confréries soufies dans les institutions de gouvernance selon cette logique pourrait accentuer les divisions sociales et fragiliser les institutions de l’État à long terme.
Par ailleurs, des éléments d’enquête indiquent qu’à travers ce rapprochement, al-Burhan cherche à bâtir un réseau de soutien social et politique solide, susceptible de lui permettre de faire face à d’éventuels défis, qu’ils émanent de l’intérieur de l’institution militaire ou des forces civiles. Cette démarche révèle une compréhension fine de la nature du pouvoir au Soudan, où l’influence sociale et historique s’entrelace avec l’autorité politique et militaire, rendant toute analyse des dynamiques politiques indissociable de ces différentes dimensions.
En définitive, les rencontres entre al-Burhan et les confréries soufies ne relèvent pas d’une simple tactique conjoncturelle, mais s’inscrivent dans une stratégie visant à remodeler le paysage politique par des canaux non conventionnels. Le succès de cette approche dépendra largement de la capacité des parties concernées à gérer l’articulation entre influence religieuse et pouvoir politique, et à transformer le soutien social en levier politique durable, sans provoquer de tensions supplémentaires ni fragiliser les alliances existantes.
