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La classification américaine scelle leur fin : qui sont les Frères musulmans de Jordanie ?


Les États-Unis ont inscrit les Frères musulmans de Jordanie sur la liste des organisations terroristes, dans un coup qui s’ajoute aux mesures prises par Amman et signe la conclusion du mouvement dans le royaume.

Mardi, l’administration du président américain Donald Trump a classé trois branches des Frères musulmans au Moyen-Orient comme organisations terroristes, imposant des sanctions à ces groupes et à leurs membres.

Les ministères américains des Affaires étrangères et du Trésor ont annoncé ces mesures visant les branches des Frères musulmans au Liban, en Jordanie et en Égypte, au motif qu’elles « représentent une menace pour les États-Unis et leurs intérêts ».

Le département d’État a classé la branche libanaise comme organisation terroriste étrangère, la désignation la plus sévère, faisant de tout soutien matériel au groupe un crime pénal.

Quant aux branches jordanienne et égyptienne, elles ont été inscrites par le département du Trésor sur la liste des organisations terroristes mondiales spécialement désignées, en raison de leur soutien au mouvement Hamas.

Cette décision américaine fait suite à l’interdiction imposée par Amman aux activités du groupe sur son territoire au printemps dernier.

Ces coups successifs écrivent la dernière page de l’histoire des Frères musulmans en Jordanie, qui remonte aux années 1940. Ils coupent ses sources de financement et révèlent également son visage terroriste.

Des projets terroristes

Ces mesures sont intervenues après que les autorités jordaniennes ont déjoué des projets attribués aux Frères musulmans visant à « porter atteinte à la sécurité nationale », incluant la « fabrication de missiles et la possession de matières explosives », et ont arrêté 16 personnes impliquées.

Ces projets comprenaient la fabrication de missiles à l’aide d’outils locaux et d’autres importés de l’étranger à des fins illégales, la possession de matières explosives et d’armes à feu, la dissimulation d’un missile prêt à l’emploi, un projet de fabrication de drones, ainsi que le recrutement et l’entraînement d’éléments à l’intérieur du royaume, avec leur envoi à l’étranger pour des formations supplémentaires.

Ce n’était pas la première fois que le groupe était impliqué dans des actes de terrorisme direct. Il y a quelques années, quatre députés du Front d’action islamique avaient fait l’éloge du terroriste irakien Abou Moussab al-Zarqaoui, l’un des dirigeants d’Al-Qaïda, alors même que 59 % des Jordaniens le considéraient comme un terroriste.

Des coups successifs

En novembre 2014, les autorités jordaniennes ont arrêté 31 personnes accusées d’appartenir à une cellule affiliée aux Frères musulmans, impliquée dans le transfert d’armes et de fonds vers des terroristes présumés en Cisjordanie. Les suspects ont également été accusés d’avoir mis en place une branche armée secrète des Frères musulmans en Jordanie.

Ces complots contre l’État ont fait perdre au groupe toute sympathie populaire en Jordanie, d’autant plus que la population du royaume est attachée à sa stabilité et la considère comme une ligne rouge infranchissable pour quelque acteur que ce soit.

Le roi Abdallah II de Jordanie a même accusé publiquement les dirigeants des Frères musulmans d’être des « loups déguisés en agneaux », dans une interview accordée au magazine The Atlantic en 2013.

Histoire des Frères musulmans

La première apparition des Frères musulmans en Jordanie remonte aux années 1940. Le gouvernement leur a accordé une licence l’année suivante en tant qu’association caritative affiliée aux Frères musulmans égyptiens.

En 1953, le gouvernement leur a octroyé une seconde licence leur permettant d’opérer en tant qu’organisation religieuse islamique.

L’ancien ambassadeur des États-Unis à Amman, Edward Gnehm, a indiqué dans un câble rédigé il y a plus de vingt ans que « les Frères musulmans jordaniens ont été fondés en 1945 comme une extension des Frères musulmans égyptiens ».

Concernant les circonstances de leur création, il a écrit dans un câble daté d’août 2003 que « le roi a autorisé les Frères musulmans à se définir comme une institution islamique à une période où les partis politiques étaient interdits en Jordanie ».

Il a ajouté : « De cette manière, les Frères musulmans ont pu développer leur structure organisationnelle et leur influence, tandis que les autres mouvements politiques étaient contraints d’agir dans la clandestinité ».

Au cours des quarante dernières années, le groupe a promu ses convictions politiques en contrôlant des associations professionnelles, à travers des activités sociales, des programmes d’assistance relativement modestes et des efforts médiatiques.

Le principal tournant dans le parcours du groupe en Jordanie est intervenu au début des années 1990, lorsqu’il a fondé son parti politique, le Front d’action islamique. Des figures affichant une image plus modérée ont alors émergé, dans une tentative d’élargir son assise sociale, selon l’ouvrage La confrérie hésitante publié il y a plusieurs années.

Cependant, cette phase n’a pas duré longtemps. Des divisions internes ont frappé le groupe, tandis que l’ascension du Hamas en Palestine a contribué à exacerber ces fractures, qui se sont poursuivies jusqu’à la fin des années 1990.

Structure et ramifications

Actuellement, le mouvement islamique en Jordanie est représenté par les Frères musulmans et leur parti politique, le Front d’action islamique. Chacun dispose d’une structure de direction distincte, mais tous deux relèvent du Conseil de la choura.

Le Conseil de la choura se compose de 50 membres : entre 33 et 35 sont élus par les branches locales des Frères musulmans, 12 sont élus par les Frères jordaniens à l’étranger, et cinq autres sont désignés comme observateurs par les 45 membres, l’ensemble du Conseil votant pour déterminer la direction du mouvement.

Au fil des décennies, les Frères musulmans ont exploité des causes sensibles pour les Jordaniens, telles que les attaques israéliennes à Gaza, afin de gagner leur soutien.

De plus, le groupe dispose de plusieurs canaux de financement. Il y a vingt ans, l’ambassadeur américain à Amman, David Hale, écrivait dans un câble confidentiel que « les institutions de l’association des Frères musulmans sont estimées à environ 700 millions de dollars américains ».

Il précisait qu’elles « fournissent aux Frères musulmans et au Front d’action islamique une source de soutien et une profondeur institutionnelle ».

La confrérie des Frères musulmans en Jordanie a été dissoute par décision judiciaire de la Cour de cassation, la plus haute juridiction du pays, en 2020. Depuis lors, son activité est principalement portée par le Front d’action islamique, tandis que les structures du mouvement opèrent en arrière-plan.

À la suite d’une décision gouvernementale prise en avril dernier, le groupe a été définitivement interdit, et ses biens ont été saisis par l’État, mettant un terme définitif à sa présence dans le pays.

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