Politique

Explosions puissantes secouent Caracas… et le Venezuela dénonce une attaque américaine 


La capitale vénézuélienne, Caracas, a été secouée à l’aube par de fortes explosions accompagnées d’un bruit semblable au passage d’avions.

Les détonations ont commencé à être entendues vers deux heures du matin, heure locale, selon des correspondants de l’Agence France-Presse.

Jusqu’à 6 h 15 GMT, les explosions se faisaient encore entendre, sans qu’aucune clarification officielle ne soit fournie par les autorités quant à leur nature ou leur origine.

Des témoins cités par Reuters ont indiqué que des bruits très forts avaient été entendus dans la capitale durant les premières heures de la matinée de samedi, et que la zone sud de la ville, près d’une grande base militaire, était privée d’électricité.

Dans un communiqué ultérieur, le Venezuela a affirmé rejeter « l’agression militaire » américaine, en référence aux explosions qui ont ébranlé la capitale.

Ces développements sécuritaires interviennent alors que la région des Caraïbes connaît une montée des tensions, dans le sillage de menaces proférées par le président américain Donald Trump de frapper le Venezuela, dans le cadre d’un durcissement des pressions politiques et économiques sur le gouvernement du président Nicolás Maduro.

Parallèlement à ce climat d’incertitude, les inquiétudes grandissent parmi les Vénézuéliens face au risque que le renforcement des mesures américaines — notamment le blocus imposé aux navires transportant du pétrole — ravive une sévère pénurie de produits de base, malgré les assurances répétées de Maduro selon lesquelles le pays serait « autosuffisant ». Les souvenirs des crises de 2016 et 2017 demeurent vivaces.

Le professeur d’université Orlando Bustamante (54 ans) a déclaré : « Le spectre de la pénurie reste présent dans nos mémoires. Nous n’avons pas oublié ces jours difficiles », évoquant la période durant laquelle les citoyens devaient faire la queue pendant des heures devant des magasins presque vides pour obtenir des produits essentiels tels que la viande, la farine et le maïs — ingrédients clés pour préparer l’arepa, l’aliment quotidien le plus répandu au Venezuela.

À cette époque, la pénurie résultait de la chute des prix du pétrole — principale ressource du pays —, du manque de devises nécessaires aux importations, ainsi que d’un contrôle strict des prix et du marché des changes, ce qui a freiné la production nationale.

Ces conditions ont contribué à l’émigration d’environ sept millions de Vénézuéliens depuis 2013, selon les estimations de l’ONU, la majorité d’entre eux ayant quitté le pays durant les années de crise.

Le gouvernement vénézuélien a longtemps attribué cette crise à une « guerre économique organisée » menée par l’opposition et le secteur privé, avec l’appui des sanctions américaines.

Washington impose des sanctions économiques à Caracas depuis 2017, avant d’instaurer, en janvier 2019, sous la première présidence de Donald Trump, un embargo pétrolier visant à asphyxier l’économie vénézuélienne.

De leur côté, des analystes estiment que la mauvaise gestion économique — notamment le contrôle strict des changes et la faible productivité des entreprises publiques — figure parmi les causes structurelles majeures de la crise. Bustamante ajoute : « Nous craignons parfois le retour des pénuries. Si le secteur pétrolier ne se redresse pas, la situation du pays se détériorera. »

Alors que l’inquiétude grandit, le débat a ressurgi autour du marché noir, qui avait prospéré durant la crise de 2016-2017. Ana Campos (62 ans), mère au foyer, déclare : « Je ne veux plus entendre parler de commerçants qui s’enrichissent à nos dépens. Et je refuse d’être traitée comme du bétail », se souvenant du marquage de numéros sur les mains des citoyens pour organiser les files d’attente devant les magasins.

En décembre dernier, Trump a annoncé l’imposition d’un « blocus total et complet » sur les navires pétroliers « soumis à sanctions » naviguant depuis ou vers le Venezuela.

La garde côtière et le département de la Défense américains ont saisi deux pétroliers transportant chacun plus d’un million de barils de pétrole.

Selon le site spécialisé TankerTrackers, quelque 17,5 millions de barils de pétrole demeurent bloqués à bord de navires « incapables de quitter le Venezuela en raison du blocus ».

Washington affirme que ces mesures visent à empêcher le financement du trafic de drogue, tandis que Caracas accuse Trump de chercher à renverser Maduro afin de s’emparer des réserves pétrolières du pays, les plus importantes au monde.

Dans ce contexte incertain, certains citoyens ont commencé à stocker des provisions par crainte d’un scénario pire.

Sergio Díaz, employé de banque âgé de 32 ans, explique : « Tout peut arriver, et il se peut que nous ne puissions plus quitter nos maisons », tout en soulignant que l’inflation élevée et la dépréciation du bolivar face au dollar limitent sa capacité à constituer des réserves suffisantes. Il affirme avoir déjà consommé ses stocks à deux reprises.

Des analystes estiment que le blocus pétrolier entraînera une baisse des exportations et des recettes, ce qui réduira les importations de matières premières nécessaires à la production de carburants et de denrées alimentaires.

La crise de la pénurie d’essence de 2020 reste également présente dans les mémoires, avec le retour récent de files de voitures aux stations-service dans les zones frontalières avec la Colombie.

Donald Trump accuse Maduro de diriger un vaste réseau de trafic de drogue, accusation que ce dernier rejette, accusant pour sa part les États-Unis de vouloir le renverser pour s’approprier les réserves pétrolières du pays, les plus importantes au monde.

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