L'Europe

Les frappes européennes contre les Frères musulmans : réseaux interdits, mesures financières et sécuritaires


La lutte contre les Frères musulmans en Europe connaît un regain de dynamisme, après une série de mesures cumulées dans plusieurs pays au cours des dernières années, contribuant à restreindre l’organisation.

Les Frères musulmans, qui ont longtemps trouvé en Europe un refuge sûr, se retrouvent aujourd’hui au bord d’une phase décisive, sous l’effet de pressions politiques, médiatiques et sociétales croissantes visant à les interdire, assécher leurs sources de financement, marginaliser leurs figures et renforcer la surveillance de leurs dirigeants.

De l’Autriche à l’Allemagne, en passant par l’Irlande, la France, la Belgique et la Suisse, les initiatives contre l’organisation se sont multipliées, plaçant ses réseaux sous un contrôle renforcé et les privant progressivement de leurs outils de collecte de fonds et de diffusion de propagande.

Selon une étude publiée en 2023 par le Centre d’étude de l’extrémisme de l’Université Georgetown, rédigée par le chercheur Lorenzo Vidino, spécialiste du dossier des Frères musulmans, l’Union européenne et les services de sécurité de ses 27 États membres placent l’organisation et les associations qui lui sont liées sous surveillance et adoptent une vision globalement négative à son égard.

Allemagne

Depuis plusieurs années, la pression s’intensifie sur les Frères musulmans et leurs réseaux en Allemagne, que ce soit au Parlement, dans les cercles politiques, devant les tribunaux ou encore au sein de l’Office fédéral de protection de la Constitution.

Dans la dernière évolution en date, le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), deuxième force au Bundestag, a soumis une question urgente au gouvernement sur le financement public accordé à certains projets gérés par des associations liées à l’organisation, notamment l’ONG “Klein”, et a demandé l’ouverture immédiate d’une enquête parlementaire.

Une semaine auparavant, une décision judiciaire avait visé Saad Al-Jazzar, président du centre culturel et éducatif “Marwa Al-Sherbini” à Dresde, reconnu coupable d’avoir détourné des dons des fidèles à des fins personnelles, pour plus de 13 000 euros.

La position centrale d’Al-Jazzar dans le réseau des Frères musulmans en Allemagne, et son influence sur les centres communautaires de Saxe, reflètent l’importance de la réponse judiciaire face à la mainmise des réseaux sur les communautés musulmanes et leurs contributions financières.

Au début du mois, les autorités ont également interdit l’organisation “Muslim Interaktiv”, active principalement dans la propagande en ligne, et mené des perquisitions pour recueillir des preuves.

Ces actions s’inscrivent dans une série de propositions déposées ces dernières années par l’opposition pour interdire les Frères musulmans et l’islam politique, ainsi que dans le cadre de la préparation d’un plan gouvernemental de lutte contre l’islam politique, présenté dans l’accord du gouvernement en mai dernier.

L’Office de protection de la Constitution place depuis des années les principaux

réseaux de l’organisation, notamment la Communauté musulmane d’Allemagne, sous surveillance, et publie des rapports réguliers sur ses activités.

Autriche

L’Autriche a été secouée ces dernières semaines par la révélation de la présence d’un espion affilié aux Frères musulmans au sein de l’Office de protection de la Constitution. L’affaire a intensifié les appels à interdire l’organisation et ses réseaux.

À la suite de cette découverte, le Parti de la liberté, principale force politique du pays, a demandé une enquête approfondie pour déterminer si cet espion avait alerté des extrémistes ou entravé des opérations antiterroristes.

Cette affaire a également dévoilé l’existence d’enquêtes en cours contre des membres de l’organisation au sein même des services de renseignement, puisque l’espion transmettait des informations confidentielles aux Frères musulmans.

Ces investigations s’ajoutent aux procédures judiciaires engagées depuis novembre 2020 par le parquet de Graz, à la suite de vastes perquisitions ayant visé des dizaines de sites liés à l’organisation.

En février dernier, le Parti de la liberté a soumis un projet de loi visant à interdire l’islam politique, en regroupant divers textes pénaux et administratifs dans un cadre législatif global destiné à contrer ce courant.

En 2020, l’Autriche a fondé le Centre de documentation de l’islam politique, chargé d’étudier les activités de ces mouvements, et a organisé deux conférences européennes consacrées à leur lutte.

L’année précédente, le pays avait interdit les symboles et drapeaux des Frères musulmans, imposant des amendes de plus en plus lourdes en cas de récidive, tout en renforçant la surveillance de leurs réseaux.

Irlande

En Irlande, la sénatrice indépendante Sharon Keogan a récemment interpellé le gouvernement en demandant une enquête sur l’activité de l’organisation dans le pays.

Ses déclarations interviennent quelques mois après la fermeture du centre culturel islamique de Clonskeagh, le plus grand lieu de culte de Dublin, en raison de soupçons concernant les orientations idéologiques de certains responsables et de possibles irrégularités financières.

France

En France, les autorités ont décidé en juin dernier de dissoudre l’Institut européen des sciences humaines (IESH), considéré comme l’un des plus anciens centres de formation des imams, en raison de ses liens présumés avec les Frères musulmans.

Cette décision a suivi la publication d’un rapport des services de sécurité mettant en garde contre l’activité de l’organisation et la menace qu’elle représenterait pour la cohésion nationale. Selon le rapport, 7 % des lieux de culte musulmans dans le pays seraient liés aux Frères musulmans.

Le débat sur la lutte contre leurs réseaux se renforce, dans un climat médiatique dénonçant l’influence de l’organisation sur certains partis politiques, notamment La France insoumise.

Suisse

En Suisse, la décision française a servi d’avertissement : la parlementaire Jacqueline de Quattro a demandé un rapport détaillé sur les activités de l’organisation dans le pays, une demande qui bénéficie d’un large soutien politique.

Les autorités envisagent un examen approfondi du mouvement dans les domaines religieux, éducatifs, sociaux et numériques, sous la supervision du Département fédéral de justice et police.

Belgique

En Belgique, les services de renseignement ont émis en 2020 un avertissement concernant une association soupçonnée de liens avec les Frères musulmans, au moment où celle-ci sollicitait un financement public.

La révélation de ce rapport par le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin a relancé le débat politique sur l’organisation.

D’autres documents renseignés ont décrit l’association comme un groupe de pression inspiré de l’idéologie des Frères musulmans, une organisation classée comme extrémiste dans plusieurs pays.

Suède

En Suède, un rapport d’investigation a révélé l’ouverture d’une enquête de sécurité concernant des réseaux liés à l’organisation, soupçonnés de détournement massif de fonds publics via des écoles et garderies.

Les organisations concernées auraient reçu des milliards de couronnes en financements publics, dissimulant des transferts suspects et des opérations de fraude.

Selon le rapport, certains responsables ont rapidement quitté la Suède pour échapper aux enquêtes, laissant derrière eux des dettes fiscales considérables.

La plupart des institutions impliquées ont fermé ces dernières années, tandis que les investigations se poursuivent pour déterminer l’existence éventuelle de réseaux plus larges.

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