Une boîte pour les ossements : à Gaza, un Palestinien rassemble les restes de sa famille pièce par pièce
Au milieu des décombres devenus le tombeau de sa famille, Mahmoud Hammad creuse de ses propres mains à la recherche des ossements de ceux qu’il a perdus, s’accrochant à un reste d’espoir qui pourrait le ramener à son épouse et à ses enfants ensevelis sous les bombardements israéliens dans la bande de Gaza.
Ces derniers jours, Mahmoud affirme avoir été « chanceux ». De petits os sont apparus devant lui, qu’il pense appartenir au fœtus que portait son épouse enceinte lorsque une frappe aérienne israélienne a visé l’immeuble familial il y a plus de deux ans, tuant sa femme et leurs cinq enfants.
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Mahmoud a placé ces fragments d’os dans une boîte où il rassemble tout ce qu’il a retrouvé après des mois de fouilles solitaires dans les ruines, utilisant des pioches, des pelles et ses mains nues.
« Je ne les retrouverai pas tous », confie-t-il d’une voix brisée à l’Associated Press.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, près de 8 000 personnes demeurent ensevelies sous les décombres de leurs maisons détruites par les bombardements israéliens durant la guerre déclenchée après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui a fait plus de 70 000 morts palestiniens.
Alors que les frappes aériennes et terrestres faisaient rage, il était pratiquement impossible de récupérer la majorité des corps dans la bande de Gaza. Depuis l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre dernier, les efforts d’exhumation se sont intensifiés, malgré le manque d’équipements lourds.
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Vivre ou mourir ensemble
Vers 11h30, le 6 décembre 2023, une frappe israélienne a visé un immeuble de six étages abritant la famille Hammad et celle de son frère, dans le quartier d’Al-Sabra, à Gaza-ville.
Âgé de 39 ans, Mahmoud venait de quitter son appartement pour monter à l’étage supérieur, tandis que son épouse Naama, enceinte de neuf mois, et leurs cinq enfants, âgés de 8 à 16 ans, terminaient leur petit-déjeuner.
Les jours précédant la frappe, l’armée israélienne avait largué des tracts ordonnant aux habitants d’évacuer vers le sud du territoire. Mahmoud avait refusé de partir.
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Son épouse et ses enfants s’étaient temporairement réfugiés chez les parents de celle-ci à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, tandis qu’il restait seul dans l’appartement.
Mais Naama avait insisté pour revenir. Il avait tenté de la convaincre de renoncer, mais le 5 décembre, il les trouva devant sa porte.
« Soit nous vivons ensemble… soit nous mourons ensemble », lui avait-elle dit. « Ils sont morts… et moi je suis resté », raconte Mahmoud.
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Son frère, son épouse et leurs quatre enfants ont également été tués.
Mahmoud, quant à lui, a été transporté dans une clinique voisine, souffrant de fractures au thorax, au bassin et au genou, ainsi que d’une hémorragie interne.
Des voisins ont pu extraire le corps de son fils aîné, Ismaïl, ainsi que ceux de deux des enfants de son frère. Les autres sont restés sous les décombres.
Creuser parmi les ruines
Après une guérison partielle, Mahmoud est revenu sur les lieux dévastés et s’est construit un abri rudimentaire à proximité.
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« Je suis resté avec eux… ma femme et mes enfants… dans les ruines. Je leur parlais chaque jour. Leur odeur était encore là, et je sentais que j’étais lié à eux », dit-il.
Il a sollicité l’aide des équipes de la défense civile, mais personne n’est venu, en raison des bombardements continus ou du manque d’engins adaptés. Il a donc commencé à creuser seul.
Il a démantelé plafonds et murs effondrés en petites pierres, remplissant des dizaines de sacs désormais entassés autour du site comme un mur.
En mars 2024, il a découvert des restes qu’il pense appartenir à sa famille : « De petits os avec encore des traces de chair… certains avaient été dévorés par des animaux. »
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Fin 2024, il est parvenu à l’appartement de son frère au troisième étage, où il a retrouvé son corps et celui de son épouse. Il les a enterrés dans un cimetière provisoire créé par les habitants pendant la guerre.
Depuis octobre dernier, il a repris les fouilles, descendant à neuf mètres sous terre jusqu’à atteindre son propre appartement, situé au rez-de-chaussée. Il s’est concentré sur le côté est, là où se trouvait son épouse dans ses derniers instants.
« Ils mangeaient de la mouhalabieh dans le salon », se souvient-il.
À l’aide d’un tamis, il a trouvé de petits fragments d’os. Il en a envoyé des photos à un médecin via WhatsApp, qui lui a indiqué qu’ils semblaient appartenir à un nourrisson, notamment un fragment de mâchoire.
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Mahmoud pense qu’il s’agit des restes de la fille qu’ils attendaient et qu’ils avaient prévu de prénommer Haïfa, en hommage à l’épouse de son frère, tuée quelques semaines avant la frappe.
« Nous avions préparé ses vêtements, son berceau et sa chambre. Tout le monde attendait son arrivée », raconte-t-il.
Un mince espoir
La découverte de ces fragments a ravivé une lueur d’espoir : « C’est la preuve que je me rapproche de ma femme et de mes autres enfants. » « Quand j’aurai rassemblé suffisamment de restes, je leur offrirai une sépulture digne. »
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61 millions de tonnes de décombres
Selon Zaher Al-Wahidi, directeur des registres au ministère de la Santé, plus de 700 corps ont été extraits des décombres depuis le début du cessez-le-feu.
Chaque corps est ajouté à la liste des victimes de la guerre, qui dépasse désormais 72 000 morts selon le ministère.
La guerre a éclaté après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, qui a fait environ 1 200 morts et 251 otages, tous libérés par la suite.
Les bombardements israéliens ont détruit ou endommagé 81 % des 250 000 bâtiments de la bande de Gaza, y compris des écoles, des hôpitaux et des habitations, selon une analyse des images aériennes réalisée par les Nations unies.
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Gaza est désormais considérée comme l’un des territoires les plus dévastés au monde, avec 61 millions de tonnes de décombres — l’équivalent de 15 pyramides de Khéops ou de 25 tours Eiffel, selon l’ONU.
Les efforts de déblaiement sont entravés par l’interdiction d’entrée des bulldozers et des engins lourds.
Sur plus de la moitié du territoire, placé sous contrôle militaire israélien, les opérations de sauvetage sont impossibles, l’armée procédant à des démolitions et à des nivellements systématiques, réduisant les chances de retrouver les disparus.
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