Trump et le combustible nucléaire iranien : une option stratégique pour trancher la guerre
La mission visant à contrôler ou détruire le combustible nucléaire iranien pourrait constituer l’une des opérations militaires les plus dangereuses de l’histoire américaine contemporaine.
Ces derniers jours, le président américain Donald Trump a réaffirmé que la guerre contre l’Iran avait été lancée parce que ce dernier était sur le point d’acquérir une arme nucléaire, qu’il aurait, selon lui, utilisée d’abord contre Israël, puis contre les États-Unis.
D’après le New York Times, les déclarations de Trump laissent entendre qu’il envisage de lancer ce qui serait la plus vaste opération jamais menée contre l’Iran : la saisie des matières nucléaires iraniennes, dont la majeure partie serait stockée dans les profondeurs d’une montagne à Ispahan.
Le journal estime qu’une telle opération serait, à tous égards, l’une des plus audacieuses et des plus périlleuses de l’histoire militaire américaine récente. En effet, personne ne connaît avec certitude l’emplacement exact du combustible. En cas de perforation des conteneurs, le gaz qui s’en échapperait serait à la fois toxique et radioactif. À l’inverse, si ces conteneurs étaient rapprochés de manière inappropriée, il existerait un risque de réaction nucléaire incontrôlée.
Il y a quelques semaines, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait déclaré devant le Congrès qu’une telle opération ne pourrait être réalisée qu’en donnant l’ordre à des forces spéciales d’intervenir et de prendre le contrôle de la situation. Trump a, pour sa part, affirmé mardi que les opérations terrestres ne l’inquiétaient pas.
Il apparaît que Trump envisage sérieusement cette option, qu’il avait auparavant conditionnée à un affaiblissement significatif de l’armée iranienne, au point de ne plus être en mesure de mener des combats terrestres.
Toutefois, le président américain semble également préoccupé par la question de la fin du conflit. Matthew Bunn, spécialiste des questions nucléaires à l’université Harvard, a estimé que si Trump interrompait l’opération, il laisserait derrière lui « un régime affaibli mais profondément irrité, potentiellement encore plus déterminé à développer une arme nucléaire, tout en disposant toujours des matériaux, des connaissances et des équipements nécessaires ».
Dans ses déclarations répétées sur la menace nucléaire, Trump semble exagérer la rapidité avec laquelle les matières stockées sous terre pourraient être transformées en arme. Il a ainsi affirmé mardi que l’Iran n’était qu’à « un mois » de se doter de l’arme nucléaire avant les frappes menées contre trois sites nucléaires en juin 2025.
Avant le déclenchement du conflit actuel, la plupart des responsables du renseignement estiment qu’il n’existait pas de menace imminente significative quant à une course accélérée de l’Iran vers l’arme nucléaire.
Après 18 jours de bombardements américains et israéliens, qui ont détruit une grande partie des capacités balistiques conventionnelles de l’Iran, les matières nucléaires apparaissent désormais comme l’un de ses derniers leviers stratégiques.
George Perkovich, chercheur principal à la Carnegie Endowment for International Peace, a déclaré : « Ils estiment en avoir plus besoin que jamais et pourraient être prêts à les protéger activement. »
Il a ajouté : « Les Iraniens savent qu’Israël et les États-Unis cherchent à détruire ces matériaux ou à les extraire du pays. On peut donc supposer l’existence de nombreux conteneurs dissimulés, de sorte que lorsque les forces spéciales arriveront sur place, elles pourraient se retrouver face à des centaines, voire des milliers de conteneurs, au lieu d’une vingtaine. Ils feront tout leur possible pour entraver toute tentative d’accès. »
Les États-Unis planifient ce type d’opérations depuis des années, notamment à travers la mise en place d’unités de forces spéciales formées aux opérations nucléaires, entraînées à neutraliser des armes, à démanteler des centrifugeuses et à manipuler des matières radioactives.
Un haut niveau de secret entoure ces opérations, au point que même les questions les plus élémentaires — comme celle de savoir si les États-Unis détruiraient les conteneurs ou tenteraient de les exfiltrer — restent sans réponse.
Il demeure également incertain que Washington opte pour une opération discrète et limitée ou qu’il décide de déployer un contingent plus important, assorti d’une couverture aérienne. Il est toutefois probable que les forces américaines soient contraintes d’inspecter plusieurs sites à la recherche des matériaux nucléaires.
Perkovich souligne que, bien qu’une grande partie du stock se trouve à Ispahan, il est raisonnable de supposer qu’une partie est dispersée ailleurs, notamment dans des tunnels situés sur un site informellement appelé « la montagne de la pioche », ainsi que dans les installations d’enrichissement endommagées de Fordo et Natanz.
Face à ces complexités, l’administration Trump pourrait être amenée à reconsidérer une proposition formulée par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, peu avant l’attaque. Celui-ci avait suggéré que l’Iran était prêt à diluer l’ensemble de ses matières nucléaires à un niveau adapté aux réacteurs civils, sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique, tout en refusant leur transfert hors du territoire national.
Cette proposition avait été rejetée par les négociateurs américains, Jared Kushner, gendre du président, et Steve Witkoff, son envoyé spécial, qui ont affirmé qu’il était inacceptable de laisser l’Iran conserver des stocks de combustible nucléaire. Ils ont proposé, en alternative, que les États-Unis fournissent à l’Iran de l’uranium faiblement enrichi destiné à un usage civil, de manière permanente et gratuite — une offre que Téhéran a refusée, selon des sources proches des négociations.
Toute guerre finit par trouver une issue. Dans le cadre de futures négociations de cessez-le-feu, une nouvelle opportunité pourrait émerger pour discuter du sort des matières nucléaires. L’accès des États-Unis à ce combustible, et éventuellement sa neutralisation ou sa dilution, pourrait constituer un élément d’un accord — bien que cette perspective demeure, à ce stade, peu probable.
