Trump cherche à conclure un accord nucléaire avec l’Arabie saoudite sans garanties de non-prolifération
Washington lèverait des restrictions relatives à l’enrichissement de l’uranium et aux inspections inopinées de l’ONU.
Le président américain Donald Trump a informé le Congrès qu’il cherchait à conclure un accord de coopération nucléaire civile avec l’Arabie saoudite ne comportant pas de garanties spécifiques de non-prolifération, alors que les États-Unis ont longtemps affirmé que de telles mesures constituent la garantie empêchant le royaume de développer des armes nucléaires, selon une copie d’un document transmis au Congrès.
Le républicain Trump, ainsi que son prédécesseur démocrate Joe Biden, ont travaillé avec l’Arabie saoudite sur des projets visant à construire la première centrale nucléaire civile du royaume.
Cette évolution intervient dans un contexte de craintes croissantes d’une nouvelle course mondiale aux armements nucléaires, après l’expiration, plus tôt ce mois-ci, du dernier traité de limitation des armes stratégiques entre la Russie et les États-Unis, ainsi qu’au moment où la Chine poursuit l’expansion de son arsenal nucléaire.
Des groupes de contrôle des armements, de nombreux démocrates et certains républicains influents, dont Marco Rubio lorsqu’il était membre du Sénat, ont insisté pour que tout accord inclue des garanties et des restrictions strictes, notamment l’absence pour l’Arabie saoudite de capacité d’enrichissement de l’uranium ou de retraitement du combustible nucléaire usé, deux procédés pouvant ouvrir la voie à la fabrication d’armes. Les administrations américaines successives ont maintenu ces exigences.
Ils ont également souligné la nécessité pour l’Arabie saoudite d’accepter le protocole additionnel à l’Accord de garanties, qui accorde à l’Agence internationale de l’énergie atomique, organisme relevant des Nations unies, des pouvoirs de surveillance étendus et lui permet d’exercer un contrôle accru sur les activités nucléaires du pays, y compris la possibilité de mener des inspections inopinées sur des sites non déclarés.
L’Association pour le contrôle des armements, un groupe de pression spécialisé, a déclaré jeudi que l’administration Trump avait transmis en novembre un rapport préliminaire aux dirigeants de certaines commissions du Congrès, rapport qu’elle est tenue de soumettre si elle ne cherche pas à appliquer le protocole additionnel.
Kelsey Davenport, directrice des politiques de non-prolifération au sein de l’Association pour le contrôle des armements, a écrit dans un article publié jeudi que ce rapport « suscite des inquiétudes quant au fait que l’administration Trump n’a pas soigneusement évalué les risques de prolifération que pourrait entraîner l’accord de coopération nucléaire proposé avec l’Arabie saoudite, ni le précédent qu’un tel accord pourrait créer ».
Le rapport de Trump au Congrès indique que le projet d’accord américano-saoudien sur l’énergie nucléaire civile, connu sous le nom d’Accord 123, place l’industrie américaine au cœur du développement du programme nucléaire civil saoudien, ce qui impliquerait, selon lui, l’existence de garanties destinées à empêcher la prolifération des armes nucléaires.
Toutefois, le document ouvre également la possibilité pour l’Arabie saoudite de disposer d’un programme d’enrichissement, puisqu’il évoque des « garanties et mesures de vérification supplémentaires dans les domaines les plus sensibles de la coopération nucléaire potentielle » entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, notamment l’enrichissement et le retraitement.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume, a déclaré que son pays chercherait à développer des armes nucléaires si son rival régional, l’Iran, venait à le faire.
Il avait affirmé à Fox News en 2023 : « S’ils l’obtiennent, nous devrons l’obtenir », ajoutant qu’une telle arme serait nécessaire « pour des raisons de sécurité et pour établir un équilibre des forces au Moyen-Orient, mais nous ne souhaitons pas en arriver là ».
Kelsey Davenport a estimé que « le Congrès doit examiner attentivement l’autorité de l’administration à conclure un accord avec le royaume » et « considérer non seulement les implications pour l’Arabie saoudite, mais aussi le précédent qu’un tel accord établirait, en examinant rigoureusement les termes de l’Accord 123 proposé ».
Selon l’Association pour le contrôle des armements, l’administration Trump pourrait soumettre l’Accord 123 au Congrès d’ici le 22 février, étant donné qu’elle dispose d’environ 90 jours après la transmission du rapport pour le présenter officiellement. Si ni le Sénat ni la Chambre des représentants n’adoptent de résolutions d’opposition dans un délai de 90 jours, l’accord entrerait en vigueur, ouvrant la voie à un programme nucléaire civil saoudien.
