Sommets au vert : les dirigeants européens se retranchent dans des châteaux en temps de crise
Les dirigeants de l’Union européenne ont souvent profité des périodes difficiles — de l’attaque russe contre l’Ukraine au Brexit — comme prétexte pour se retirer à la campagne.
Selon le magazine américain Politico, les responsables du bloc ont pris l’habitude de se cloîtrer derrière des murs fortifiés en milieu rural lorsque la situation se complique.
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Cette semaine ne fait pas exception. Les dirigeants se réunissent jeudi au château d’Alden Biesen, en Flandre, pour mener des discussions particulièrement sérieuses, alors que le débat s’intensifie sur l’avenir de l’Union européenne dans un monde instable.
Situé près de Bilzen, dans la province belge du Limbourg, le château d’Alden Biesen est l’un des plus vastes ensembles castraux entre la Loire et le Rhin. Il est même doté de douves destinées à empêcher l’intrusion d’éventuels visiteurs indésirables.
Selon Enrico Letta, ancien président du Conseil italien et invité à la réunion, la mission confiée aux participants est particulièrement ambitieuse : sauver l’Europe.
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Cette rencontre devra démontrer si « l’Europe est capable de changer de cap et de devenir véritablement unie, mature et pleinement indépendante », tout comme la signature du traité de Maastricht en 1992 a façonné « l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui », a déclaré l’ancien chef du gouvernement italien.
« Nous devons désormais refaire la même chose », a ajouté Letta.
Les dirigeants cherchant à relancer la compétitivité de l’Union pourront s’appuyer sur les rapports de Letta et d’un autre ancien président du Conseil italien également invité, Mario Draghi, ou se laisser inspirer par les hauts plafonds voûtés, les tapisseries anciennes et les vastes salles du lieu de réunion.
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Selon Luuk van Middelaar, historien et directeur de l’Institut de géopolitique de Bruxelles, « les salons fermés des palais européens constituent depuis longtemps les lieux de prédilection de l’élite politique de l’Union européenne », car ils « offrent l’isolement nécessaire pour travailler à l’abri des regards et du tumulte des grandes villes ».
Il a ajouté : « Les châteaux apportent ce qui manque souvent à la prise de décision européenne : l’intensité et la grandeur. »
Depuis octobre 2003, toutes les réunions officielles du Conseil européen se tiennent à Bruxelles.
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Auparavant, elles avaient souvent lieu dans le pays exerçant la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.
Lorsque António Costa a pris ses fonctions de président du Conseil européen, il a évoqué des « retraites » informelles, c’est-à-dire des réunions destinées à permettre aux dirigeants d’échanger des idées sans la pression d’aboutir immédiatement à des conclusions.
L’idée était simple : quitter Bruxelles pour réfléchir, a expliqué l’équipe de Costa à Politico.
La première retraite de ce type, consacrée à la défense, a été organisée dans l’urgence. Faute de temps pour rechercher des châteaux prestigieux, le Conseil a opté pour le palais d’Egmont à Bruxelles, siège du ministère belge des Affaires étrangères — un lieu tout à fait approprié, mais qui n’est pas un château.
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Les responsables du Conseil ont ensuite examiné plusieurs sites à travers la Belgique avant de choisir Alden Biesen, qui répondait à toutes les exigences : sécurité pour 27 dirigeants, espace pour la presse et un équilibre adéquat entre fonctionnalité et murs de pierre.
Cette semaine n’est pas la première fois que l’Union européenne adopte une telle approche.
Regards historiques
En mars 2022, quelques jours après le lancement de l’offensive russe contre l’Ukraine, les dirigeants européens se sont réunis au château de Versailles, à l’invitation du président français Emmanuel Macron.
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En septembre 2016, ils s’étaient rendus au château de Bratislava, surplombant le Danube en Slovaquie, pour leur première réunion après le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit.
À la suite des attentats du 11 septembre, le Conseil européen s’était réuni en décembre 2001 au château de Laeken, résidence officielle de la famille royale belge. Le site isolé offrait la sécurité nécessaire pour des discussions sensibles sur le terrorisme.
En remontant plus loin dans le temps, en décembre 1991, le sommet du Conseil européen ayant ouvert la voie au traité de Maastricht s’est tenu au Provinciehuis du Limbourg, et non dans un château.
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Cependant, un événement parallèle avait conduit les dirigeants au château voisin de Neercanne, où ils avaient symboliquement apposé leurs signatures sur la paroi d’une grotte lors d’un déjeuner organisé par la reine des Pays-Bas de l’époque, Beatrix.
L’historien médiéviste Matt Lewis explique : « Les châteaux sont apparus en Europe en grande partie à la suite de l’effondrement de l’Empire de Charlemagne. Ils constituaient une réponse à l’incertitude née du vide de pouvoir et à la crainte de ses conséquences pour ceux qui détenaient une autorité. »
Il ajoute : « Organiser d’importants événements internationaux dans des châteaux et des palais demeure aujourd’hui encore attrayant. Les responsables politiques contemporains utilisent, au moins en partie, les mêmes méthodes que leurs prédécesseurs médiévaux. En même temps, ce refuge reflète un certain degré de fragilité, que renforcent les défenses séculaires du château. »
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