Moyen-Orient

Rues désertes et commerces fermés : Hassaké dans l’attente des forces du gouvernement syrien


La province de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, accueille ce lundi les forces gouvernementales, tandis que les Forces démocratiques syriennes ont imposé un couvre-feu jusqu’à 18 heures.

Les rues de Hassaké apparaissaient désertes et sans passants, alors que les forces kurdes se sont déployées en prévision de l’entrée de forces de sécurité, conformément à un accord ayant reçu le soutien des États-Unis entre le gouvernement syrien et les Kurdes, visant à entamer l’intégration des institutions de l’administration autonome au sein de l’État.

Vendredi, les autorités de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont parvenues à un accord global prévoyant l’intégration des institutions civiles et militaires de l’administration autonome kurde dans l’État syrien, après plusieurs semaines d’affrontements entre les deux parties. À l’issue de ces combats, Damas a pu rétablir son contrôle sur de vastes zones du nord et de l’est du pays.

Dans un communiqué publié dimanche, les forces de sécurité kurdes ont annoncé l’instauration d’un couvre-feu à Hassaké lundi, de 6 heures du matin (03h00 GMT) jusqu’à 18 heures, précisant que la même mesure serait appliquée à Qamichli mardi.

Le commandant des Forces démocratiques syriennes, Mazloum Abdi, a déclaré que l’accord commencerait à être appliqué sur le terrain dès lundi. Il a précisé que ses forces ainsi que les forces gouvernementales se retireraient des lignes de contact dans le nord-est et dans la ville de Kobané (Aïn al-Arab), tandis qu’une force de sécurité limitée entrerait à Hassaké et à Qamichli.

Il est également prévu que les forces gouvernementales entrent dans la ville de Kobané, qui occupe une place symbolique particulière pour les Kurdes de Syrie, considérée comme un emblème de leur résistance et de leur victoire face à l’organisation État islamique, qui avait assiégé la ville en 2015.

Le commandant de la sécurité intérieure de la province d’Alep, le colonel Mohammad Abdel Ghani, a annoncé dimanche avoir rencontré les forces de sécurité intérieure kurdes à Kobané afin de coordonner les modalités et de préparer l’entrée des forces du ministère de l’Intérieur, sans préciser la date de mise en œuvre.

Il a indiqué que la mise en application dépendait encore de certains aspects techniques, soulignant la réaction positive de la partie kurde.

L’accord prévoit le retrait des forces militaires des points de contact et l’entrée de forces de sécurité relevant du ministère de l’Intérieur dans les centres de Hassaké et de Qamichli. Il stipule également l’intégration progressive des forces militaires et des institutions administratives kurdes au sein de la structure de l’État syrien.

Il prévoit en outre la création d’une division militaire comprenant trois brigades issues des Forces démocratiques syriennes au sein de l’armée syrienne dans le nord-est du pays, ainsi que la formation d’une autre brigade pour les forces de Kobané.

Dans les faits, cet accord constitue un coup dur pour les Kurdes, qui aspiraient à préserver les acquis de l’administration autonome construits au fil des années de conflit. Ces acquis comprenaient des institutions civiles et militaires organisées et formées, ayant administré de vastes territoires dans le nord et l’est de la Syrie.

L’accord entre les FDS et Damas

L’accord comprend 14 clauses, réparties en quatre phases dont la mise en œuvre s’étendra sur un mois, en plus d’une cinquième phase portant sur des engagements permanents entre les deux parties. Voici le texte du projet d’accord :

  1. Proclamation d’un cessez-le-feu permanent et global, arrêt de toutes les opérations d’arrestation et de perquisition, tout en maintenant la responsabilité des Forces démocratiques syriennes dans la protection des prisons de l’organisation État islamique.

  2. Retrait militaire des Forces démocratiques syriennes des villes de Hassaké et de Qamichli vers des casernes militaires convenues, en contrepartie du retrait immédiat de l’armée syrienne vers la ville de Chaddadi, au sud de la province de Hassaké.

  3. Création par le ministère syrien de la Défense d’une division militaire spécifique à la province de Hassaké, avec l’intégration des Forces démocratiques syriennes au sein de trois brigades.

  4. Intégration de la force militaire de la ville de Kobané (Aïn al-Arab) au sein d’une brigade relevant d’une division militaire de la province d’Alep.

  5. Entrée de 15 véhicules de sécurité dans chacune des villes de Hassaké et de Qamichli afin de renforcer la sécurité et la stabilité, et lancement du processus d’intégration des forces de sécurité des FDS au ministère de l’Intérieur.

  6. Nomination des responsables locaux comme suit :

    • Nomination du gouverneur de la province de Hassaké et d’un adjoint au ministre de la Défense sur proposition des FDS.

    • Nomination du chef de la sécurité de la province sur proposition du gouvernement syrien.

  7. Remise par les Forces démocratiques syriennes au gouvernement syrien des champs pétroliers de Rumeilan et de Soueidiya, ainsi que de l’aéroport de Qamichli.

  8. Envoi d’une équipe de l’Autorité des passages terrestres aux postes-frontières de Semalka et de Nusaybin.

  9. Remise au gouvernement syrien de l’ensemble des institutions civiles de la province de Hassaké.

  10. Interdiction de l’entrée de forces militaires dans les villes et localités par toutes les parties.

  11. Régularisation et reconnaissance de tous les diplômes éducatifs délivrés par l’administration autonome dans le nord-est de la Syrie.

  12. Autorisation de toutes les organisations locales, culturelles et des institutions médiatiques conformément aux lois en vigueur édictées par les ministères compétents.

  13. Coopération avec le ministère de l’Éducation afin de discuter du parcours éducatif spécifique à la communauté kurde.

Garantie du retour de tous les déplacés dans leurs villes et villages, notamment à Afrine, Cheikh Maqsoud et Ras al-Aïn.

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