Grand Maghreb

Réconciliation nationale : une manœuvre des Frères musulmans de Tunisie pour briser l’isolement et échapper aux poursuites


Le mouvement Ennahdha, affilié aux Frères musulmans, a tenté de se repositionner dans la scène politique tunisienne en proposant une « réconciliation nationale », dans une démarche visant à rouvrir des canaux politiques qui lui ont été fermés.

Face à l’intensification des pressions judiciaires et politiques, et alors que son chef Rached Ghannouchi demeure emprisonné, le mouvement avance un discours qui paraît conciliant en apparence, mais qui, dans son essence, traduit une tentative de réorganiser ses cartes et d’alléger le poids de l’isolement auquel il est confronté.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte de crise depuis les mesures du 25 juillet 2021 en Tunisie, qui ont réduit la capacité du mouvement à exercer une influence directe et ont mis en lumière ses divisions internes.

Dans un communiqué, le mouvement Ennahdha a appelé à « un front intérieur unifié qui passe nécessairement par une réconciliation nationale rétablissant la confiance entre les Tunisiens et unissant leurs rangs pour faire face aux crises économiques et sociales étouffantes, au lieu de gaspiller les efforts dans des conflits à somme nulle, loin de l’intérêt supérieur de la patrie ».

Cependant, la dernière partie du communiqué a révélé des tentatives d’échapper aux voies de reddition de comptes, le mouvement exigeant la fin immédiate de la détention de son président Rached Ghannouchi et sa libération.

Le 17 avril 2023, les autorités tunisiennes ont arrêté Rached Ghannouchi, chef des Frères musulmans de Tunisie, sous des accusations de « complot contre la sûreté de l’État, atteinte délibérée visant à changer la nature de l’État, incitation des habitants à s’attaquer les uns les autres avec des armes, et provocation de troubles, de meurtres et de pillages ».

Une manœuvre des Frères musulmans

Des observateurs de la scène politique tunisienne considèrent le communiqué d’Ennahdha comme une nouvelle manœuvre des Frères musulmans visant à gagner du temps, absorber les pressions et échapper aux poursuites.

L’activiste politique tunisien Khaled Beltaaher a déclaré que l’appel du mouvement à la réconciliation nationale constitue une tentative de briser l’isolement politique qui lui est imposé, expliquant que le mouvement manœuvre en internationalisant l’affaire de son président détenu et en utilisant la carte de la réconciliation pour échapper à la reddition de comptes.

Il a affirmé que les autorités tunisiennes refusent tout dialogue avec les dirigeants d’Ennahdha en raison de leur implication dans des affaires graves en cours devant la justice, notamment « complot contre la sûreté de l’État », « envoi de terroristes vers des zones de conflit », « appareil secret », corruption financière et assassinats politiques, et considèrent toute réconciliation politique comme une forme d’impunité.

Il a indiqué que les tentatives des Frères musulmans de chercher un appui extérieur pour faire pression sur l’État tunisien sont condamnables et inacceptables, précisant que le mouvement a intensifié son activité extérieure à travers « l’Instance internationale de soutien à Rached Ghannouchi » pour exercer une pression internationale sur le gouvernement tunisien.

Il a souligné que les Frères musulmans cherchent, par ces méthodes, à garantir leur maintien sur la scène politique.

Politiquement terminé

L’analyste politique Ziad Kessimi indique que Ghannouchi fait face à plusieurs condamnations judiciaires totalisant 45 ans de prison et que « tout appel à la réconciliation est rejeté par les autorités tunisiennes ».

Il ajoute que le mouvement Ennahdha « est politiquement terminé et ne dispose plus d’aucune présence dans la scène politique actuelle en Tunisie, ses sièges étant fermés et le parti n’étant plus légalement habilité ni en mesure de mener des activités publiques ».

Il souligne que « toutes les mobilisations de protestation menées par les Frères musulmans pour obtenir la libération de leurs dirigeants, dans une tentative de mobiliser la rue contre la trajectoire actuelle, ont échoué », affirmant que le peuple tunisien est désormais conscient de ces manœuvres.

Ghannouchi avait auparavant été condamné à mort sous le régime de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba au milieu des années 1980, mais il avait été libéré dans le cadre d’un accord politique lors de l’arrivée au pouvoir de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali. Il a ensuite été de nouveau arrêté au début des années 1990, avant de quitter le pays dans le cadre d’un autre accord.

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